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Interview

Paléo 2019: Notre rencontre avec Chris(tine and the Queens)

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«Avec Chris, je relève de nouveaux défis. J’ai trouvé davantage de confiance en moi et de puissance depuis la sortie de "Chaleur humain", je me sens plus émancipée. J’ai envie de raconter des histoires de peau et de désir.»

© Paléo / Ludwig Wallendorff

Sur la porte de sa loge, derrière la Grande scène du Paléo, une personne aussi bien intentionnée que mal informée a inscrit «Christine and the Queens». Peu après, un long trait de stylo est venu biffer les quatre dernières syllabes du pseudonyme, pour ne laisser apparaître que le nom «Chris». Car c’est ainsi qu’elle se prénomme à présent, depuis la sortie de son album éponyme, en septembre 2018.

Quelques heures avant d'enchanter la plaine de l'Asse (on vous en dit plus un peu plus bas) ce 23 juillet 2019, l'artiste française de 31 ans, déjà vêtue de sa tenue de scène, nous ouvre la porte de sa loge: «Climatisée!», rigole-t-elle, en voyant nos mines déconfites par la chaleur caniculaire de ce début de festival. On aimerait lui poser soixante mille questions, mais d'autres journalistes attendent déjà leur tour, des gouttes de sueur perlant sur leur front (et le nôtre). Il va falloir faire vite.

Chris, l'émancipation de Christine

Si des dizaines de théories ont été émises sur la transformation musicale et personnelle qu'incarne ce second opus, Chris la décrit d’une façon assez simple:

«C’est un peu comme dans un jeu vidéo, nous explique-t-elle. Au fur et à mesure qu’on passe des niveaux, on rencontre des nouveaux méchants à affronter. Et avec Chris, je relève de nouveaux défis.

J’ai trouvé davantage de confiance en moi et de puissance, je me sens plus émancipée, j’ai envie de raconter des histoires de peau et de désir.»

Aussi affirme-t-elle souvent que cet album est plus «suintant» que le premier. Littéralement: «Ah, mais on est en nage dès le deuxième titre!». Chris ne plaisante qu’à moitié: «Le spectacle est plus physique, car cet album est fait pour être interprété par le corps. Les quatre musiciens et les six danseurs ne sont pas là pour enjoliver la chanteuse: ça se touche, ça se déchire… J'ai aussi choisi une lumière inspirée des spectacles de danse contemporaine, qui dessinent mieux la forme du muscle. Il ne fallait pas que ce soit trop lisse, car la sensualité ne l’est pas. Et puis ce qui est trop lisse, ça m’ennuie un peu.»

L’écriture dans la peau

Si le nom de scène a changé, la passion pour l’écriture reste intacte, presque sacrée: «J’ai passé ma vie à écrire, résume Chris. À douze ans, je rédigeais déjà des poèmes et des romans, que je n’ai jamais relus, ni publiés. En revanche, j’ai l’impression d’avoir commencé à composer bien trop tard: j’avais déjà 21 ans et me suis demandé pourquoi j’avais attendu si longtemps.

Aujourd’hui, c’est comme respirer, je ne peux plus vivre sans. Parfois je me fais peur: je vais jusqu’à comparer mon besoin d’écrire à une maladie. Mais on s'y fait, on apprend à devenir spectateur de ce qu’il se passe, quand on transforme ce qu’on ressent en musique.»

Pour l'amour de la scène

Et Chris n’a pas fini de créer, ni de se produire sur scène, où elle se sent mieux que nulle part ailleurs:

«Cet espace carré dans lequel on peut occuper la place qu'on veut est l'un des seuls endroits où je me sens vraiment à ma place. Je crois que j'ai un rapport un peu enfantin à la scène, car j'y trouve toujours beaucoup d'émerveillement.»

Stressée avant un concert? Non, pas vraiment: Chris ressent davantage de hâte que de peur, bien qu'elle se trouve dans un état de «stand-by» et de concentration intense durant les heures qui précèdent le show.

«J'ai vécu des drôles de journées et même des drôles d'années, dans ma vie, raconte-t-elle. Mais si je peux monter sur scène, le soir venu, alors je sais que ça va aller.»

Des choix musicaux libres

Après deux albums et un succès fou, auprès des francophones comme des anglo-saxons, que dirait-elle à l'adolescente qu'elle a été? La réponse est troublante:

«Tout ce que je fais maintenant, c'est un peu pour lui parler. Je prends des décisions artistiques qui font peur, je demande à ce que mes clips ne soient pas retouchés, par exemple. Mais je me dois de le faire, et je le lui dois aussi.»

Une confiance en elle trouvée, une nouvelle coupe de cheveux (qui a suscité des tas de questions, à son grand agacement), de la musique qui évoque le désir, une sensualité assumée, la libération... Sachant que ce second album a été accueilli de façon «asymétrique», à la fois par des applaudissements ravis et de l'incompréhension totale, Chris affirme que certaines conversations se sont tenues sans elles. On pense notamment au «queer», dont elle est devenue une sorte d'«espace de projection», un peu malgré elle.

«C'était lourd au début, concède-t-elle. J'ai compris que la liberté a son prix, mais je ne m’empêcherai jamais de faire des choix artistiques libres. Vous le verrez encore, dans dix ans!»

On se réjouit déjà terriblement de connaître la suite de l'histoire, et de découvrir les prochains chapitres du roman signé Chris. Mais d'abord, on vous parle de son concert!

L'heure du concert: une «réincarnation de Michael Jackson»

Au moment de voir Chris apparaître sur scène, il est difficile de croire que nous lui avons parlé, il y a quelques heures seulement.

Parfois, lorsqu'on rencontre un artiste très médiatisé, un mur mirifique semble se briser, alors que l'image personnelle que nous en avions mentalement constituée se heurte à la réalité de la personne, de ce qu'elle dégage lorsqu'elle n'est pas sur scène, ni en couverture d'un magazine. Avec Chris, rien de tel ne s'est produit: la personne que nous avons rencontrée en coulisses est incroyablement cohérente avec la chanteuse charismatique que nous avons vu apparaître sur la Grande scène.

Et alors que Chris se déchaîne sur la musique (semblant effectivement en nage dès le second morceau), déclare que la plaine de l'Asse est désormais un «espace de liberté», et invite le public à «économiser sa transpiration» en l'appelant Chris, plutôt que Christine and the Queens, nous repensons à ce qu'elle nous disait plus tôt:

«Quand je regarde un film qui me plait énormément, je sors du cinéma avec le sentiment que des choses sont devenues possibles. Avec une envie, un appétit de faire. Ce serait génial si mon concert pouvait déclencher quelque chose de similaire chez le public.»

On dirait bien que ça a fonctionné, Chris. Certains festivaliers sont allés jusqu'à comparer l'artiste à une réincarnation de Michael Jackson, dans sa veste rouge et pantalon noir.

Sans doute que ce compliment (pertinent) la flatterait. Mais il semble tout de même bien dommage d'établir n'importe quelle comparaison, lorsqu'il s'agit d'une artiste aussi unique que celle-ci.



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