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Pourquoi «Little Women» de Greta Gerwig est une pure réussite

Critique les filles du docteur march greta gerwig 2019 cinema

Basé sur le célèbre roman de Louisa May Alcott (1868-1869), le film raconte les histoires de quatre sœurs aussi différentes que talentueuses: Jo (Saoirse Ronan), Meg (Emma Watson), Amy (Florence Pugh) et Beth (Eliza Scanlen).

© DR

Jo, Meg, Amy et Beth. Ces quatre prénoms, rendus célèbres par l'auteure américaine Louisa May Alcott, appartiennent aux filles du Docteur March, de pétillantes jeunes femmes dont l'histoire débute en pleine guerre de Sécession, dans la Nouvelle-Angleterre des années 1860.

Remanié par la réalisatrice Greta Gerwig («Lady Bird»), ce classique de la littérature est rafraîchi, dynamisé et affranchi du caractère moralisateur que lui reprochaient de nombreux lecteurs. D'ailleurs, le ton est donné dès la première scène, lorsque Jo (Saoirse Ronan), écrivaine en herbe, présente l'un de ses textes à un éditeur: «La morale ne fonctionne plus, de nos jours», lui répond ce dernier. Ainsi le scénario s'offre-t-il un souffle de liberté, sans perdre une miette de son charme initial. Les personnages sont tout aussi altruistes et généreux que dans le roman, mais plus flexibles, plus malicieux peut-être. Plus réalistes.

Un «Girl Power» façon 1860

La fameuse Jo, impétueuse et farouche, se distingue par son envie de se suffire à elle-même, animée d'une vive colère à l'égard des inégalités entre les genres. Un mari? Jamais de la vie!

La jolie Meg (Emma Watson) est tout aussi déterminée, mais un peu moins sauvage. Contrairement à Jo, elle rêve du grand amour et ne s'imagine pas mener une existence d'artiste: aussi prend-elle consciemment cette décision, prouvant à sa sœur incrédule qu'on peut être une femme forte tout en choisissant de mener une vie de famille modeste.

La fougueuse Amy (Florence Pugh), très douée en dessin, supporte mal de vivre dans l'ombre de ses grandes sœurs, auxquelles la vie offre tout avant elle. Rêvant de célébrité et de richesse, elle est la petite «star» de la famille.

Enfin, Beth (Eliza Scanlen) est la plus discrète du quatuor: dotée d'un grand talent musical, elle souffre malheureusement d'une santé fragile et préfère se faire toute petite, en applaudissant les progrès de ses frangines.

Toutes les quatre ont une forte personnalité, un bon sens de l'humour, une imagination débordante et des rêves qu'elles sont bien décidées à réaliser. Le film brosse ainsi le portrait de femmes têtues, indépendantes et courageuses, à une époque où on ne demandait à la gent féminine que d'être jolies et de se taire. Les filles du Docteur March, elles, ne se taisent quasiment jamais: elles ont trop de choses à dire, trop d'histoires à inventer, trop de blagues à raconter. Leurs disputes sont bruyantes et leurs rires encore plus.

Dans un chassé-croisé habile entre passé et présent, les quatre sœurs savourent le crépuscule de l'enfance avant d'entrer courageusement dans l'âge adulte, qui leur réserve des obstacles aussi différents que leurs caractères. Ambition, problèmes financiers, principes, jalousie, amour... elles grandissent sans changer et évoluent sans laisser leurs défauts dicter leurs choix.

J'ai aimé:

La performance de Saoirse Ronan

Petite protégée (et prodige) de Greta Gerwig, l'actrice irlando-américaine de 25 ans crève l'écran dans le rôle de Jo. Son jeu est énergique, ses réactions sont vives et elle adopte à la perfection les humeurs orageuses de son personnage. Ce rôle lui va comme un gant, tant dans les moments de furie que dans les rares aperçus de vulnérabilité.

Le phénomène Emma Watson

Certains comédiens ne parviennent jamais à se défaire du rôle qui a lancé leur carrière. Ce n'est absolument pas le cas d'Emma Watson: on ne retrouve la moindre trace d'Hermione Granger dans Meg March, très attendrissante en grande sœur, puis folle amoureuse d'un homme relativement pauvre qu'elle ne regrettera jamais d'avoir choisi. Elle incarne donc un féminisme moins sensationnel et moins «coup de poing» que celui de Jo, mais reste tout de même résolument féministe.

La complicité entre les héroïnes

Le thème principal du film: la force caractéristique de ses personnages féminins. Ainsi que le décrète Jo, dans un moment de combativité, les femmes ne sont pas faites uniquement pour être belles et donner de l'amour. Elles ont des âmes, des espoirs et des batailles, que l'on aperçoit très facilement dans les protagonistes du film. Unies par ces traits, que la société du XIXe préférerait qu'elles camouflent, les sœurs se soutiennent, s'encouragent et se détestent parfois. Droites et authentiques, elles ne font jamais les choses à moitié.

Même leur maman (surnommée «Marmee») est drôle et vive, beaucoup moins stricte que dans le texte d'origine. Ses principes sont les mêmes, mais sa personnalité plus attachante. Et on n'oublie pas Meryl Streep, très drôle dans le costume de l'acariâtre Tante March.

Le rythme insufflé par Greta Gerwig

Alterner les flashbacks tirés de l'enfance et les scènes de l'âge adulte, afin que le passé et le présent fusionnent naturellement vers les deux tiers du film, n'était pas un défi aisé pour la réalisatrice. L'histoire de Louisa May Alcott est très fournie en détails et en personnages, mais Greta Gerwig est parvenue à garder les plus importants, sans égarer le public à mi-chemin. On ne se demande jamais si on se trouve dans le passé ou dans le présent, tant la chronologie est habilement établie. Et de cette façon, il est impossible de s'ennuyer.

Et les personnages masculins?

Timothée Chalamet dans le rôle de Laurie, le meilleur ami (et voisin) des quatre sœurs, signe également une belle performance, que j'ai parfois trouvée un tantinet excessive. Le fameux Docteur March, quant à lui, est campé par Bob Odenkirk (l'avocat Saul Goodman dans la série «Breaking Bad»). On retrouve même l'acteur français Louis Garrel dans le rôle de Friedrich, le prétendant de Jo.

Mais la majorité du spotlight est évidemment laissé aux filles.

J'ai moins aimé:

Les petites incohérences entre «présent» et «passé»

Il ne s'agit que de détails, mais un peu dommages quand même. Puisque les sœurs «jeunes» et les sœurs «adultes» sont incarnées par les mêmes actrices, leur âge n'est pas toujours crédible. C'est le cas dans les premières scènes d'Amy, censée être âgée de douze ou de treize ans: Florence Pugh est clairement dans la vingtaine, ce qui gâche un peu ses premières apparitions, malgré les effets de contre-plongée et les deux petites tresses enfantines dont elle est affublée au début. Un peu gênant, parfois.

Par ailleurs, les accents des quatre héroïnes (censées être américaines) sont un peu trop différents, malgré un effort perceptible de la part des actrices. Mais il s'agit de chipotage pur et dur, puisque cela ne se remarque presque plus au bout de quinze minutes de film.

En bref: un triomphe!

Je n'ai pas vu passer les deux heures de film, tant le rythme de l'intrigue et le tissage des flashbacks sont réussis. Les personnages de Jo et de Meg, portés par d'excellentes actrices, esquissent deux définitions complémentaires du féminisme qui nourrissent la réflexion: toutes deux choisissent leur chemin et l'assument avec bonheur.

L'immense complicité entre les quatre héroïnes réchauffe les cœurs, tandis que le film contient juste assez de romantisme pour faire légèrement valser la fleur bleue qui sommeille en chacun d'entre nous. Pas trop mièvre, ni trop gentillet. En sortant de la salle obscure, quelqu'un m'a demandé comment je l'avais trouvé. Encore un peu sonnée, j'ai répondu par un simple «super» un peu hébété. Avec le recul, je me dis que j'aurais dû ajouter «moderne, émouvant et encourageant». J'ai déjà envie de le revoir.

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