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Martha Gellhorn, une rebelle parmi les hommes

Martha gellhorn une rebelle parmi les hommes VICTORIA DUCRUET

En juin 1944, Martha Gellhorn se déguise en infirmière et monte sur un navire-hôpital suivant les soldats du D-Day. Elle est la première femme journaliste à fouler le sable rougeoyant de sang des plages normandes, et à en ramener un récit.

© VICTORIA DUCRUET

Elle ne s’était jamais laissé posséder par quiconque, n’avait pas une seule fois accepté d’être vaincue au cours de sa vie, alors ce n’est pas le cancer qui aura sa peau. Avant que cette satanée maladie ait la moindre chance de l’emporter, Martha Gellhorn vient de décider que c’est elle-même, et rien ou personne d’autre, qui lui donnera la mort.

On est en février 1998, l’hiver est là depuis trop longtemps. Derrière la façade en briques rouges du 72 Cardogan Square, à Londres, dans cet appartement qu’elle avait acheté en 1970 après la mort de sa mère, la dame de désormais 89 ans a fait le choix des armes: c’est la capsule de cyanure, posée devant elle sur la table, qui la tuera une fois ingérée. Violent, radical, direct. Comme sa vie et comme sa façon d’écrire.

MeToo avec un siècle d'avance

Il n’y a pas si longtemps, la journaliste était encore sur le terrain, à l’ancienne. En 1990, déjà octogénaire, elle écumait les rues au Panama pour documenter l’invasion américaine. Rien, ou presque, de toute manière, ne lui fait peur.

Au début de sa carrière au tournant des années 20 et 30, alors qu’elle fait des piges pour United Press, entre Paris et la côte est américaine, elle, la grande blonde du Missouri, facilement convoitée par les mâles dominants de la Grande Pomme, se souvient avoir osé porter plainte contre un collègue qui la harcelait. Démarche quasi inédite et ô combien téméraire pour l’époque.

Son boss, furieux, l’avait convoquée fissa dans son bureau pour la virer. Sa carrière aurait pu en pâtir, mais c’est bien l’inverse qui arrive. Martha a l’intuition que ce sont les mecs qui font et défont le monde. Et elle compte bien examiner les rouages de cette mécanique toxique venue du fond des âges. «J’ai toujours aimé la truculente remarque de Tolstoï disant que les gouvernements sont une collection d’hommes qui exercent leur violence contre le reste d’entre nous», expliqua-t-elle un jour.

En Europe avec Hemingway

La journaliste se penche sur les ravages de la Grande Dépression en compagnie de la photographe Dorothea Lange, puis part pour Paris, comme le font nombre d’intellectuels états-uniens en vogue à ce moment. Elle écrit, beaucoup, de tout, publie un premier roman, pas le dernier.

En 1936, lors d’un séjour en Floride, elle croise le regard d’une sorte de dandy rustique, l’air d’un chercheur d’or du Yukon qui aurait été déposé par un cyclone au bord d’un lagon, un cocktail à la main. Ernest Heming­way, coup de foudre. Le couple s’envole pour l’Espagne et la guerre civile qui ensanglante le pays. La voilà qui débarque à Barcelone, quelques dizaines de dollars en poche, vaguement mandatée par le magazine Collier’s Weekly pour raconter ce qu’elle peut sur les horreurs qu’elle voit.

C’est une révélation pour son employeur, qui découvre une reporter au regard acéré, au style percutant, attrapant le lecteur pour le jeter dans l’enfer de la vérité crue, une fille qui décoiffe et n’en a que faire de «toute cette objectivité de merde» censée guider tout travail journalistique, comme elle l’assuma plus tard.

Une vie au milieu des bombes

La Seconde Guerre mondiale éclate. Martha dépeint le conflit depuis différents points de vue, baroudant en Chine, en Finlande, en France, en Tchécoslovaquie et enfin au Royaume-Uni, depuis lequel elle compte s’incruster dans les troupes allant débarquer en Normandie, en juin 1944. Bien trop dangereux pour une femme, donc non, lui fait comprendre avec paternalisme l’état-major. Vraiment?

La reporter se déguise en infirmière et monte sur un navire-hôpital suivant les soldats du D-Day. Elle est la première femme journaliste à fouler le sable rougeoyant de sang des plages normandes, et à en ramener un récit. Ce sera tout aussi éprouvant lorsqu’elle accompagne les troupes libérant le camp de concentration de Dachau, près de Munich.

Sur tous les fronts

La guerre se termine et son couple aussi. Elle largue Ernest et se fâchera ensuite à chaque fois qu’un interlocuteur aura le malheur de la réduire au détail qu’elle fut un jour l’épouse du grand Hemingway. «J’étais écrivaine avant de le rencontrer, et je suis écrivaine depuis 45 ans. Pourquoi devrais-je être une note de bas de page dans la vie de quelqu’un d’autre?»

Puis il y a le Vietnam, le conflit israélo-palestinien, l’URSS… 50 pays au total qu’elle couvre pour le magazine The Atlantic, jusqu’à ce qu’elle ralentisse le rythme dans les années 70. «Je suis trop privilégiée. J’ai eu une vie merveilleuse. Je ne le méritais pas mais je l’ai eue.» Une vie à laquelle seul le cyanure, ce 15 février 1998, met brutalement fin.

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