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L'histoire de Nellie Bly, pionnière du journalisme en immersion

Nelly bly journaliste portrait histoire

La journaliste américaine Nellie Bly a été la première à mener des enquêtes en immersion. Pour dénoncer les pratiques honteuses d'un hôpital psychiatrique, elle est même allée jusqu'à s'y faire interner.

© VICTORIA DUCRUET

New York, 27 janvier 1922. Terrassée par une pneumonie, Nellie Bly, 57 ans, s’éteint doucement. Elle est en paix. Parce qu’à l’heure du bilan, elle sait qu’elle a fait de son mieux, que ses enquêtes en immersion et ses articles chocs sur l’injustice sociale, le sexisme, la corruption, les préjugés et l’ordre établi de cette Amérique puritaine et patriarcale ont permis de faire évoluer les mentalités. Pas assez, évidemment, mais quand même…

Tandis que le corps médical s’agite autour d’elle, Nellie se repasse le film.

Flash-back…

Une colère qui change tout

L’enfance, d’abord. Déroulement accéléré — elle n’a pas envie de revivre la mort de son père, en 1864, la tristesse, les galères financières qui s’en sont suivies. Positive — rester toujours positive… Ah, là, c’est mieux. Arrêt sur image. Elle a 16 ans, s’appelle encore Elizabeth Jane Cochrane et se rêve poétesse ou écrivaine — au grand dam de sa mère qui la veut gouvernante. Le journal de Pittsburgh froissé dans une main, du papier et une plume dans l’autre, elle fulmine: la lecture de l’article «Ce à quoi sont bonnes les jeunes filles» l’a mise dans une telle rage…

Elle se revoit écrire au rédacteur en chef de la revue, George Madden, et balancer d’un jet tout le mal qu’elle pense des inepties sexistes et misérabilistes développées dans ce texte.

Regard tendre sur l’adolescente qu’elle était alors… et qu’elle reste, dans le fond: cette lettre, elle la resignerait des deux mains.

Fondu enchaîné — la voilà quelques jours plus tard dans le bureau de Madden. Elle n’est pas sûre des mots exacts qu’il a prononcés mais, en gros, elle se rappelle qu’il a été si impressionné par ses qualités argumentaires et littéraires qu’il lui a proposé un poste. Et dans la foulée, sûr qu’elle va faire des étincelles, lui a suggéré de prendre le pseudonyme Nellie Bly pour la protéger des critiques et ripostes que ses écrits vont immanquablement susciter… Un vague sourire se dessine sur ses lèvres blanches. Oui, elle en a provoqué, des réactions. Beaucoup. C’est que ses méthodes encore inédites d’enquêtes et de reportages en immersion lui ont permis de signer des articles explosifs.

Pulitzer à nous deux!

Nellie entrouvre les yeux, distingue une infirmière. Instantanément, par flashes, la voilà replongée en mai 1887: son arrivée à New York, la difficulté de trouver un travail intéressant quand on est une femme… les bureaux du «New York World» qu’elle a assiégés pour obtenir un entretien avec le patron… Joseph Pulitzer qui finit par accepter de l’engager à la condition expresse qu’elle infiltre l’institut psychiatrique Blackwell’s Island Hospital pour voir ce qui s’y passe…

Le rythme de ses pensées ralentit. Elle se souvient avoir songé que le défi était de taille mais que, dans la fraîcheur et l’insolence de ses 23 ans, portée par des idéaux de justice et de vérité, elle n’a pas hésité une seconde à s’inventer une maladie mentale pour se faire interner. Là encore, elle a eu raison, bon sang!

Car le récit glaçant de ses dix jours d’enfer — méthodes barbares, maltraitances et pratiques inhumaines — a soulevé un tel scandale qu’il a permis des réformes radicales. Alors oui, elle peut être fière d’elle!

Tout comme elle peut être fière d’avoir battu, en 1889, le record du Phileas Fogg de Jules Verne en bouclant en solitaire le tour du monde en… 72 jours! Europe, Afrique, Asie… que de moments délirants, drôles, inattendus… Et puis mince… une femme seule en voyage, à l’époque, il fallait le faire!

Mais le temps presse, elle le sent. Mode rush… Son mariage en 1895 avec Robert Seaman, un septuagénaire qui a fait fortune en fabriquant des bidons à lait en métal? Sans intérêt particulier. Son veuvage, en 1904? Ah oui, lourd, tout de même. Ce d’autant qu’elle n’a pas su gérer l’entreprise et, ruinée, a filé en Grande-Bretagne pour se faire un peu oublier. Bonne idée, tout de même, puisque c’est là qu’elle a pu renouer avec son seul véritable amour, le journalisme. Que ce fut compliqué d’expliquer aux Américains les horreurs de la Première Guerre mondiale… Puis son retour à New York, ses engagements plus forts que jamais, le bonheur de voir le droit de vote enfin accordé aux femmes — j’y suis aussi pour quelque chose, quand même… Soupir de satisfaction. Le dernier.

Clap de fin.

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