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Interview: Julie et Camille Berthollet, les nouvelles reines de la musique classique

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© Warner Classics

Elles sont deux et en même temps ne font qu’une. Julie, l’aînée, ne compte que dix-neuf printemps, mais réclamait déjà le violon à deux ans et demi. Elle a les cheveux châtains coupés courts et un sourire éblouissant, le même que sa sœur. Camille, d’un an et demi sa cadette, est la gagnante de la première édition de l’émission «Prodiges», concours musical destiné aux jeunes et diffusé sur France 2 en 2014. Sa flamboyante crinière rousse et bouclée la différencie de sa sœur; mais plus on les observe, plus ces deux jeunes femmes se ressemblent. Aujourd’hui, leurs carrières parallèles se sont rejointes dans un disque qui leur appartient autant à l’une qu’à l’autre.

Lorsqu’elles jouent à deux, leurs archets dansant avec fougue sur les cordes de leurs violons, quelque chose de magique semble se produire. En osmose totale, elles n’ont qu’à se regarder pour se comprendre, telles des jumelles. Nous les rencontrons lors de ce qui ne devait être qu’un fugace entretien, rythmé par le rire des deux jeunes filles. Habituées aux interviews, ces dernières se concertent parfois du regard avant de répondre à une question. Enthousiastes, sincères et particulièrement humbles pour avoir accompli tant de choses, elles évoquent leurs choix musicaux, leurs carrières à présent unies et leurs rêves pour un futur qui s’annonce radieux.


© Warner Classics

FEMINA Comment réalise-t-on un album à deux? Le choix des pièces musicales ou des tenues de scène s’est-il révélé compliqué?

Camille Berthollet Pour les tenues, c’est facile, car on adore le shopping! Souvent, on aime les mêmes choses et on les achète en double. On s’entend tellement bien, c’est plutôt naturel de faire ces choix ensemble.

Julie Berthollet Pour ce qui est des pièces, nous avons choisi tous les duos à deux, en très peu de temps. Les idées, nous les avions déjà, car cela faisait un moment qu’on avait envie de faire un album. Le disque contient surtout des coups de cœur: on n’est pas d’accord sur tout bien sûr, mais c’est plutôt dans l’interprétation que dans le choix des morceaux que nos avis peuvent différer.

Que ressentez-vous lorsque vous jouez toutes les deux ensemble?

Camille Berthollet En fait, on n’a pas besoin de parler pour se comprendre: on parvient à savoir ce que l’autre pense rien qu’en se regardant. Nous avons eu un fou rire de cette manière une fois pendant un concert, simplement parce que l’une avait deviné ce que l’autre pensait.

Julie Berthollet Oui, d’ailleurs on a mis trois morceaux à s’en remettre! (Elles rient) C’est un peu comme des jumelles finalement, on a tellement vécu toutes les deux! Parfois on essaie de se désynchroniser un petit peu…

Justement, vous ne vivez plus vraiment ensemble actuellement…

Camille Berthollet Oui, j’ai déménagé à Bruxelles ou j’étudie à la Chapelle Musicale reine Elisabeth (auparavant, Camille était en Licence à la Haute Ecole de Musique de Genève, comme sa sœur, ndlr). Nos parcours scolaires nous ont donc séparées, mais grâce à la tournée, nous allons passer trois semaines ensemble pour présenter l’album. Et également pour les concerts; cela commence à bien s’enchaîner, nous avons pas mal de dates en cette fin d’année et en 2017.


© Warner Classics

Comment parvenez-vous à concilier études et tournée?

Camille Berthollet
On fait du mieux qu’on peut. De temps en temps nous sommes obligées de faire des choix et de manquer certains cours, mais à l’Université, tous les cours ne sont pas obligatoires de présence.

Julie Berthollet C’est ce qu’on a toujours fait et cela nous paraît plutôt naturel.

Et ce n’est pas comme si vous manquiez les cours pour aller vous reposer en vacances! D’ailleurs, revenons-en à cet album. Comment s’est déroulée sa réalisation?

Julie Berthollet
La préparation a été assez intense, car ce deuxième album est arrivé rapidement après le premier (le disque qui a suivi la victoire de Camille à «Prodige» et qui comprend plusieurs duos avec Julie, ndlr) L’enregistrement s’est déroulé en cinq jours: deux avec piano et deux avec l’orchestre avec lequel on n’avait encore jamais travaillé auparavant.

Camille Berthollet Nous étions quand même bien fatiguées à la fin des journées. Mais l’enregistrement s’est déroulé à Monaco! Le cadre était superbe, nous avions même la vue sur la mer depuis le bâtiment.

Le résultat vous plaît-il ou êtes-vous de grandes autocritiques?

Camille Berthollet Nous sommes très critiques dès qu’il s’agit de nos propres performances, on trouve toujours quelque chose qu’on aurait pu faire mieux. Et puis on a beaucoup de mal à se réécouter! On adore écouter les autres, mais alors se réécouter soi-même c’est vraiment une corvée… mais une corvée constructive.

Julie Berthollet Oui, si on est trop vite satisfaites de ce qu’on fait, on n’apprend plus, on n’avance plus. Mais au moins nous sommes très franches entre nous, on n’hésite jamais à se dire les choses.


© Warner Classics

Pourquoi ne pas avoir réalisé un album à deux dès le départ?

Julie Berthollet Le premier disque répondait à la victoire de Camille à «Prodiges», et il s’agissait donc également d’une demande des maisons de disque. Mais cet album à deux nous apparaissait clairement comme une suite logique.

Camille Berthollet J’ai participé à «Prodiges» en violon par pur hasard, car en prenant connaissance de mon dossier, le jury n’avait pas ouvert la pièce jointe qui indiquait ma pratique du violoncelle… Ils avaient aussi demandé la participation de Julie, mais malheureusement, elle avait 3 mois de trop. A la base, la violoniste de la famille a toujours été Julie. Notre premier concert toutes les deux a eu lieu quand nous avions huit ou neuf ans.

Comment vit-on le succès à un aussi jeune âge?

Julie Berthollet Nous sommes très heureuses de tout ce qui nous arrive et n’aurions jamais imaginé que le public soit aussi réceptif. On profite simplement de tout ce qui se présente à nous, en sachant que tout cela peut retomber n’importe quand. Nous essayons toujours de ne pas se cantonner à quoi que ce soit, car il faut évoluer. Et dans la vie de tous les jours, nous sommes restées exactement pareilles: rien n’a changé avec notre famille et nos amis.

Pensez-vous que votre travail peut inciter les jeunes à découvrir la musique classique?

Camille Berthollet Parfois, des petits viennent à nos concerts et nous disent «je t’ai vue à la télé!» C’est très mignon et cela casse un peu le cliché selon lequel les jeunes n’aiment pas la musique classique. Toutes les pièces ne peuvent pas plaire à tout le monde, c’est sûr, mais nous connaissons tous des classiques sans le savoir; par les musiques passées dans l’ascenseur, dans le supermarché, les au téléphone quand on attend un correspondant…

Quel est votre rêve pour le futur?

Julie Berthollet Pouvoir continuer ce qu’on fait en développant toujours davantage notre travail, collaborer avec plus d’artistes, sur des grandes scènes…

Camille Berthollet… avec de grands orchestres, enregistrer d’autres albums – toujours continuer à faire plein de choses à deux, tout en ayant chacune sa carrière de soliste. Et avant tout, je dirais préserver le partage avec le public. Pendant la tournée on rencontre les gens pour de vrai, on voit vraiment qui nous écoute. C’est de ce partage-là que vient toute la magie.

Une photo publiée par Femina (@feminasuisse) le


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