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Grand Corps Malade: «L’étiquette de féministe, je la considère comme un compliment»

Grand Corps Malade: «L’étiquette de féministe, je la considère comme un compliment»

Fabien Marsaud a collaboré avec Louane, Laura Smet, Véronique Sanson, Suzane, Camille Lellouche, Julie et Camille Berthollet, Alicia, Manon et Amuse Bouche pour son album intitulé Mesdames.

© Getty Images

FEMINA Dans une précédente interview, vous avez déclaré: «On ne met pas assez les femmes à l’honneur dans notre société». Est-ce également le cas dans le milieu artistique? Cela vous a-t-il poussé à réaliser l’album Mesdames?
Grand Corps Malade Oui, entre autres. Mais avant tout, il y a l’envie et le plaisir purement artistiques de collaborer avec des artistes féminines que j’aime, de mélanger ma voix grave avec leurs voix à elles. C’est un album de duos inédits, écrire des textes pour chaque interprète a été un bonheur. Sur le sens féministe de ce projet, il y a l’envie de mettre à l’honneur les femmes, effectivement. C’est ainsi l’occasion d’aborder le fait qu'on vit dans une société très inégalitaire, malheureusement. Cela se reflète dans tous les milieux, notamment le milieu artistique. Il y a autant de femmes artistes que d’hommes au niveau des chanteuses, des chanteurs, heureusement.

Mais lorsque l’on s’intéresse aux producteurs, aux patrons de maison de disque, aux techniciens, aux musiciens, il y a encore beaucoup plus d’hommes, et il n’y a aucune raison à cela.

Vous considérez-vous comme féministe?
Ce mot est compliqué, car il recoupe une multitude de définitions. Je le vois comme un compliment lorsqu'on me considère comme tel, mais je ne me suis jamais revendiqué féministe. Je ne suis pas militant. Mais dans les valeurs familiales qui m’ont été transmises, dans celles que je porte aujourd’hui, je suis certainement féministe.

Ces valeurs vous ont-elles été transmises par votre mère?
Pas seulement: toute la famille y a contribué, ma mère, ma sœur, mon père. Je n’ai pas attendu les mouvements #MeToo ou Balance ton porc pour me rendre compte des inégalités qui pèsent sur les femmes. Et c’est grâce à l’éducation que j’ai reçue, mes parents m’ont élevé loin du machisme primaire.

Le fait que les Françaises aient dû attendre jusqu’en 1944 pour voter vous a beaucoup choqué. Sachez qu’en Suisse, nous avons dû patienter jusqu’en 1971 pour que le suffrage féminin soit introduit…
1971? C’est impensable. Ça fait partie des trucs les plus choquants pour moi. J’ai également été abasourdi, ado, lorsque j’ai découvert que les femmes avaient dû attendre les années 60 pour avoir le droit d’avoir un compte en banque. Cela m’avait profondément marqué, c’est tellement injuste.

C’est complètement dingue: qui a décidé, à un moment donné, que les femmes n’étaient pas assez raisonnables et intelligentes pour décider de la vie politique, pour être des citoyennes à part entière? 

Grand Corps Malade

Auteur, compositeur, interprète

Quelle est, selon vous, la plus grande injustice qui touche les femmes aujourd’hui?
La pire, c’est la violence. Les violences faites aux femmes me révoltent. Beaucoup de femmes se sentent prisonnières, n’ont pas les moyens de quitter leur domicile. Chaque année, le nombre de femmes tuées par leur conjoint est hallucinant (ndlr: en France, en 2019, 146 femmes ont été ainsi assassinées. Par rapport à 2018, les violences conjugales sont en hausse de 16% en 2019). Le petit machisme sournois, présent partout, est également dangereux. On ne l’entend pas, mais il est totalement intégré dans nos coutumes, dans nos mœurs. C’est celui qui banalise les phrases sexistes que les femmes entendent à longueur de journées, qui tolère le fait qu'elles soient encore et toujours payées au moins un tiers de moins. Ces choses pourrissent tellement le quotidien, la société toute entière.

Pensez-vous que le mouvement #MeToo a eu un impact sur ces faits que vous dénoncez?
Je ne sais pas. Mais personnellement, je le vois d’un très bon œil. Il a probablement amélioré les choses, car on en parle enfin. Et le fait d’en parler, d’afficher les inégalités, ça ne peut être que positif. J’ignore si les effets sont déjà visibles, mais j’ai le sentiment qu’on avance dans le bon sens.

Le changement passera-t-il par l’éducation, notamment celles des garçons? Comment le mettez-vous en pratique avec vos fils?
J’y crois complètement: tout part de là. Si j’ai cette part de féminisme en moi, c’est grâce à ma famille. Cela se travaille dès le plus jeune âge, j’en fais l’expérience tous les jours avec mes deux petits garçons. Je ne leur donne pas des cours magistraux de féminisme, j’en serais bien incapable. Mais au détour d’une conversation, d’une remarque, d’un film à la télévision, on évoque le sujet et on leur inculque des valeurs humanistes, féministes.

Durant le confinement, vous vous êtes beaucoup occupé de vos enfants, alors que votre conjointe télétravaillait. Avez-vous réussi à répartir équitablement la charge mentale?
J’essaie, j’ai bien conscience de cette charge mentale qui pèse sur les femmes. Je pense faire partie des papas «nouvelle génération». Je m’occupe d’eux, je fais la cuisine, même si je ne suis pas du tout un bon cuistot! Mais je travaille sur plein de petites choses pour équilibrer les tâches familiales.

Sur les réseaux sociaux, on vous accuse parfois de «sexisme bienveillant», de ne considérer les femmes qu’en tant qu’objets, et non pas en tant que personnes à part entière. Que répondez-vous à ces critiques?
Je suis très étonné, cela n’est jamais arrivé jusqu’à moi. Mon album, c’est justement tout le contraire: je ne considère absolument pas les femmes comme de simples muses, je ne parle pas d’elles comme si elles n’existaient pas. Le but de Mesdames, c’est justement de leur donner la parole. Toutes les femmes qui ont participé sont tout sauf des objets, elles ont des caractères bien trempés! Véronique Sanson, Manon, Laura Smet, Louane, Suzane… J’ai eu la chance incroyable de collaborer avec de très belles et grandes artistes!

Selon vous, pourquoi le duo que vous interprétez avec Camille Lellouche, Mais je t’aime, a-t-il immédiatement séduit et remporté le succès qu’on lui connaît?
On l’a mis en avant deux mois avant le lancement de l’album. On pressentait que ce titre pouvait plaire, mais je n’aurais jamais pensé dépasser les 40 millions de vues sur YouTube! On sentait que ce morceau avait quelque chose de spécial. C’est assez inexplicable, la magie d’une chanson.

Elle reste en tête, il y a une alchimie particulière entre nos deux voix, des textes qui font que les gens se l'approprient. On a immédiatement senti l’émotion qui s’en dégageait.

Ce que vous appréciez par-dessus tout dans votre métier, c’est le fait de partir en tournée. Envisagez-vous de le faire ces prochains mois, malgré la situation sanitaire?
On voulait démarrer dès le mois de janvier 2021, mais cela paraît de plus en plus compromis. On va devoir décaler certaines dates. Mais j’espère bien que cela pourra se faire dès février-mars, lorsqu'on sera sorti de cette période. On se tient prêt, on va faire une grande et belle tournée. Le contact avec le public, c’est l’essence même de mon métier. Mes albums, ce sont des excuses pour faire de la scène! J’espère avoir le plus souvent possible des invitées pour interpréter ce dernier album. Lorsque cela ne sera pas le cas, nous sommes en train de mettre en place un système avec un écran géant ainsi que des collaborations avec d’autres musiciens. Et de toute façon, on passera par la Suisse: je n’ai jamais fait de tournées sans y faire escale. A bientôt, sur scène!

Grand Corps Malade, Mesdames. Disque de platine.

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