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Nida-Errahmen Ajmi, féministe et héroïne de série

Nida-Errahmen Ajmi, féministe, voilée et héroïne de série

«Je milite pour qu'en tant que femme, dans ma singularité, je puisse avoir le choix de donner sens à ce que je porte et porter ce que je désire. Cela signifie également le droit de retirer mon voile ou d'en changer le sens.» - Nida-Errahmen Ajmi

© SANDRINE LAGNAZ

«On voit mes jambes, peut-être parce que j'ai des jambes! [...] Entre les musulmans extrémistes qui veulent nous dire comment vivre, les fachos racistes qui veulent pas qu'on vive? Mangez votre seum, c'est tout ce que vous aurez. On va continuer à vivre.» Nida-Errahmen Ajmi pose le décor. Son compte TikTok, suivi par plus de 131'000 personnes, s'ouvre sur cette vidéo aux 2 millions de vues. Une réponse irritée à un internaute jugeant que sa pratique de l'Islam n'est pas compatible avec l'une de ses nombreuses passions: la moto.

@nidonite Répondre à @im_siowei vidéo la plus virale de 2021. Je crois que depuis le buzz de cette vidéo ma vie a changé 😂 #moto #biker #switzerland #pourtoi ♬ son original - Nidonite

Nidonite - c'est son pseudo sur les réseaux sociaux - est explosive. Une bombe à construction massive, du slogan qu'elle aime répéter. La jeune femme défend ardemment ses positions féministes tout en racontant avec humour son quotidien. Sur Instagram, où elle partage essentiellement ses illustrations, la communauté de Nidonite atteint presque 60'000 abonné-e-s. Parce que oui, la bikeuse est également artiste autodidacte.

Les mille vies de Nida

Née en 1995 à Fribourg de parents d'origine tunisienne, Nida-Errahmen Ajmi a étudié l'ethnologie et la science de l'information à l'Université de Neuchâtel, et suit actuellement un Master en sciences des religions à Fribourg. C'est sur les bancs de l'université qu'elle dessine le plus. Quand elle a «les mains qui démangent». Et ça l'aide à écouter en cours. Hormis des mandats d'illustratrice indépendante, elle a publié un Webtoon - une BD sur le web séquencée en épisodes - qui conte la relation mouvementée de Chocolat et Piment. Aujourd'hui, elle prépare sa prochaine publication. «Cette nouvelle bande dessinée me prend plus de temps que prévu, soupire Nida, perfectionniste. Je veux un scénario parfait.»

Parallèlement à son cursus, la jeune femme travaille pour l'Armée suisse. «J'ai fait mon école de recrue en 2019, comme soldat du train, raconte Nida-Errahmen Ajmi. Il s'agit d'une fonction passionnante: on travaille avec les chevaux sur des terrains difficiles, comme la montagne.»

«J'ai fait l'armée pour gagner de la discipline, mieux connaître cet aspect de mon pays et rencontrer des gens que je n'aurais jamais croisés autrement.»

De cet engagement, dont elle partage des extraits sur TikTok, la soldate retire de nombreuses connaissances sur elle-même, apprend à penser en collectif et à poser ses limites. Loin de lâcher sa tenue de camouflage, Nida travaille désormais à temps partiel pour un service créé en janvier 2022: Femmes dans l'armée et diversité (FdAD). «Notre objectif est d’améliorer l’inclusion et d'augmenter le nombre de recrues féminines de 10% en 2030. Nous travaillons sur la conciliation du service et de la vie privée et nous promouvons la diversité linguistique, religieuse, ethnique, de genre et d'orientation sexuelle, et bien plus encore», précise-t-elle.

L'armée, un truc de mecs? Pas pour Nida, qui se passionne également pour la moto, un loisir stéréotypé masculin, ou encore le fitness. «Je fais les trucs que j'aime sans me poser de question. Longtemps je ne me suis pas rendu compte que j'évoluais dans des milieux dits masculins. D'ailleurs, j'ai d'autres intérêts qu'on pourrait décrire comme "féminins", par exemple le dessin.» Comme l'armée, c'est sur un coup de tête qu'elle porte son intérêt sur les deux roues. «L'univers des bikers m'attirait. Il y a trois ans, j'ai obtenu mon permis et la moto de mes rêves dans la foulée: une Yamaha MT-07 Cage de 2015, c'est une édition spéciale.» Sur sa bécane, Nida vole.

«Avec le matos qu'on porte, on ne nous reconnaît pas forcément, remarque-t-elle. Les gens me saluent sans savoir qui se trouve derrière le casque, sans a priori à mon égard.»

«Parce qu'on roule toutes et tous sur le même béton, et que pour un laps de temps, seule importe la passion», poursuit la bikeuse.

Pour les cercles qu'elle fréquente et sa présence sur les réseaux sociaux, Nida-Errahmen Ajmi reçoit son lot de remarques quotidiennes. «Parce que je suis une femme musulmane, on va s'attendre doublement de moi que je sois soumise, explique-t-elle. Ce sont le plus souvent des hommes qui m'écrivent des messages violents: ils semblent heurtés que je fasse des activités "viriles" qu'eux-mêmes ne pratiquent pas.»

Musulmane et féministe

Nidonite noue son voile avec fierté. Son foulard ne la quitte pas depuis ses 12 ans, mais sa manière de le porter a changé depuis son adolescence. «Plus jeune, je l'ai choisi parce que j'aime Dieu, pour être une bonne musulmane.» Puis elle a découvert une représentation des femmes dans l'Islam à travers un livre rempli d'injonctions sur leur apparence et leur comportement. «Ma perception a alors changé: j'ai décidé de me documenter et de construire mon image en respectant ma foi, mes croyances et mon environnement, c'est-à-dire la Suisse.»

«Je milite pour qu'en tant que femme, dans ma singularité, je puisse avoir le choix de donner sens à ce que je porte et porter ce que je désire.»

«Cela signifie également le droit de retirer mon voile ou d'en changer le sens.» D'après Nida, c'est là le pouvoir qu'on retire aux femmes: le sens qu'elles donnent à ce qu'elles portent. Elle ne sait pas si elle portera toujours son foulard. «Le voile n'est pas un symbole religieux acquis. Il l'est de la perspective de certaines personnes, mais pas de la mienne», complète-t-elle.

Parfois, l'instrumentalisation la pèse. «C'est lourd d'être ramenée à des facettes de moi-même qui ne me définissent pas entièrement, comme le voile. On me fige dans un personnage, alors que je suis humaine, j'évolue. Je me suis demandée si je vivrais la même chose si je ne portais pas le foulard, et je crois que oui: en tant que femme, je serais ramenée à mon physique, figée dans la sexualisation de mon corps», analyse Nida avec philosophie.

Un événement fondateur a marqué le tournant féministe dans la vie de la jeune femme.

«J'ai vécu des abus. Avant cela, j'avais intégré la misogynie. Mais lorsque je me suis sentie coupable suite à des violences sexuelles, j'ai réalisé l'arnaque!»

«Par la suite, je me suis intéressée à diverses formes de féminisme. Les personnes capables de parler d'intersectionnalité m'inspirent particulièrement. Malheureusement, on ne discute pas assez des abus dans les cercles musulmans, alors que ça existe aussi.»

Après la mort choquante de l'Iranienne Mahsa Amini, le 23 septembre 2022, parce que sa tête n'était pas correctement couverte d'après la police des mœurs de Téhéran, Nida a répété une nouvelle fois, sur Instagram et TikTok, qu'elle revendique la liberté de choix pour les femmes. «Le foulard est à nous. On va décider du sens qu'il a, comment on veut le porter et quand. Ou pas!», réagit-elle sur TikTok, le 23 septembre 2022.

@nidonite Y en a c’est “libre de porter mon foulard” mais quand c’est la liberté de l’enlever y a plus personne 👀 aucune différence avec ceux qui veulent imposer le fait de le retirer aux femmes !! Cessez les violence please #fyp #fy #switzerland #suisse #pourtoi #foryou #mahsaamini ♬ son original - Nidonite

L'humour et la haine sur les réseaux sociaux

Sur TikTok, il y a le militantisme. Mais l'influenceuse fribourgeoise a une arme peut-être encore plus aiguisée: l'humour. «J'adore rigoler, je vis pour ça, soutient la jeune femme. C'en est devenu tellement extrême que quand j'ai l'air sérieuse, je rigole: un jour on ne me comprendra plus», plaisante-t-elle. Ce qu'elle consomme le plus sur internet? Les contenus de motos, de chats, de muscu et d'humour. Malgré le rire qui colore bon nombre de ses vidéos, c'est malheureusement les vagues de haine qui marquent les réseaux de Nidonite. «J'ai appris à m'en protéger. Par des filtres, déjà, et grâce au fait que je me suis bâtie solidement, au fur et à mesure», raconte Nida.

«Sur Snapchat, je reçois énormément de contenus à caractère sexuel non sollicités, donc mes messages sont d'abord ouverts par un ami.»

Si l'influenceuse concentre son énergie sur les personnes respectueuses et ouvertes à l'échange, les vagues de haine parviennent parfois à la déstabiliser. Dans ces cas, elle se recentre sur elle-même et ce qu'elle vaut. «J'évite également de partager mon intimité avec ma communauté, je ne dévoile jamais ce qui me rend vulnérable.»

Héroïne de série, une nouvelle corde à son arc

Futura!, c'est le dernier projet de cette influenceuse hyperactive. La websérie documentaire, présentée en avant première au Zurich Film Festival le 28 septembre 2022, est une carte blanche offerte à de jeunes cinéastes suisses. Chacun des 10 épisodes sont réalisés par des personnes différentes, et chaque histoire a son héros ou son héroïne. Des personnages qui racontent la diversité de la Suisse à travers des récits kaléidoscopiques et inspirants. «Le réalisateur Basil Da Cunha m'a contactée sur les réseaux sociaux, se souvient Nida. Je ne sais même pas comment j'ai vu son message dans la masse de mes DM. Je me suis dit: «Ouah, ça n'arrive que dans les films!». Il m'a parlé de son projet, et j'étais partante. Quand on me propose une expérience unique de ce genre, je fonce!» L'épisode Nida était le projet pilote, celui qui devait convaincre les producteur-ice-s avant que les 9 autres tranches de vie ne soient tournées. «Quand j'étais petite, j'ai un jour rêvé d'être actrice. Et aujourd'hui, je peux cocher ce rêve de ma liste», souligne la jeune femme avec malice, jamais fermée à rien dans la vie. Parce que son objectif, c'est de s'amuser.

Nida (15 min.), réalisé par Basil Da Cunha. Un épisode de la série Futura!, coproduite par AKKA Films, Cinédokké, Dschoint Ventschr Filmproduktion et la SSR. Les épisodes sont disponibles sur Play Suisse.

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