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A 10 ans, je me suis acheté mon premier appareil photo et ne l’ai plus vraiment lâché. J’ai immortalisé tous mes proches et gardé cette activité comme un «à-côté» durant des années. Pendant mon apprentissage de bibliothécaire-documentaliste, j’étais aussi correspondante pour la presse locale.

Après un souci de santé important, j’ai décidé de profiter de la vie et de partir 5 mois en Amérique du Sud, toujours avec mon appareil photo. Il me permet de raconter des histoires, de rencontrer des gens et de voyager, les choses que j’aime le plus au monde. A mon retour, j’ai repris mon travail de bibliothécaire et monté en parallèle des expositions pour présenter mes clichés sud-américains.

Le choix de suivre sa vocation

J’ai su à 26 ans, après 10 ans de carrière en tant que bibliothécaire que je voulais vivre pleinement et me consacrer entièrement à la photographie. Ça a été comme un déclic. Je me suis installée à Paris et me suis inscrite en section de photojournalisme à l'«Ecole des métiers de l'information» (EMI). A la fin de ma formation en 2012, j’ai remporté le 1er Prix Paris Match étudiant pour mon reportage «Convertie».

j’ai alors œuvré en tant que photojournaliste indépendante et travaillé pour des magazines parisiens. En parallèle, je suis engagée pour des mariages, je fais prendre la pose à des familles, des femmes enceintes ou des nouveau-nés. J’aime les gens, l’échange, et pour cette raison j’affectionne tout particulièrement les portraits.


Une marchande haïtienne traverse la frontière sur la rivière massacre entre Haïti et la République dominicaine, à Ouanaminthe.

Et puis, il y a eu Haïti

La grande voyageuse que je suis a déjà eu l’occasion de réaliser des reportages en Tunisie, en Albanie, au Kazakhstan et à Cuba, entre beaucoup d’autres. Et en 2014, un séjour en République Dominicaine m’a fait découvrir les tensions entre dominicains et haïtiens. Cette rivalité m’a intriguée, je voulais connaître l’autre version des faits et me suis donc rendue à Haïti. Là, j’ai fait la connaissance du «Kolektif 2D» et ce fut un véritable coup de cœur. Je suis tombée amoureuse de ce pays, de sa culture et aussi de ce collectif de photographes et journalistes, dans lequel j’ai été si vite intégrée. L’esprit de partage et la collaboration qui y règnent m’ont plu tout de suite, d’ailleurs j’ai rapidement appris à me débrouiller en créole.


Valérie, entourée d'une partie de ses collègues du «Kolektif 2D», qui compte 19 membres.

Au travers des reportages que je réalise là-bas, notamment pour le «Nouvelliste» (un quotidien haïtien, ndlr), je souhaite montrer un autre visage de cette contrée qu’on associe trop souvent à la misère et aux catastrophes naturelles.


Chaque année à Pâques se déroulent des festivités vaudou à Lakou Souvenance, Gonaïves.

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Des conditions parfois difficiles

Mais vivre là-bas n’est de loin pas simple. C’est tout autre chose que d’y passer des vacances. Il a fallu apprendre la langue, s’habituer à cette culture bien différente de la nôtre et s’adapter à la chaleur tropicale. Dans l'appartement que je loue, près de Port-au-Prince, il n’y a pas d’eau courante, il faut aller la chercher au puits. Et il n’y a pas de l’électricité tous les jours, il faut faire avec ces contraintes. Mais j’apprécie d’autant plus ces petits luxes lorsque je rentre en Suisse, et je réalise que ce n’est pas une évidence de tourner un robinet et de boire un verre d’eau.


Camps d'Anse-à-Pitres, pour une série documentaire sur les tentes et leur "design/construction".

Il n’y a pas tellement de touristes à Haïti, et ils se contentent habituellement des «chemins balisés», on ne les voit donc que très peu au quotidien. Les Blancs (terme qui là-bas désigne les étrangers en général) travaillent souvent dans les nombreuses ONG qui œuvrent sur place et ne restent en principe sur le terrain que quelques mois.


Rencontre avec des habitants d'Abricots, petite ville située dans le département de Grand'Anse, arrondissement de Jérémie.

La situation politique est très compliquée, le pays est en attente d’un nouveau gouvernement depuis des lustres et la vie quotidienne des Haïtiens en est lourdement affectée. Le Pont 9 près de Cité Soleil, par exemple, s’est presque entièrement effondré il y a trois mois, le 18 mars 2016. Malgré l’extrême danger de la situation, des milliers d’habitants de la région se voient contraints de continuer à le traverser tous les jours et risquent ainsi leur vie.


Travail en cours sur le système de soins en Haïti.

La pauvreté fait que 80% des haïtiens ne mangent pas à leur faim. La majorité des produits de première nécessité, puisqu’ils sont importés, sont extrêmement chers: une boîte de céréales peut coûter jusqu’à CHF 10.-!

Musique d’avenir

Je ne sais pas exactement de quoi ma vie sera faite à long terme, mais je souhaiterais partir quelques mois à New York, pour améliorer mon anglais et peut-être y suivre un autre cursus de photojournalisme, ou y travailler comme assistante auprès d’un photographe de mode pour diversifier mes compétences.

Je retournerai vivre à Haïti à la fin du mois d’octobre, dès que la saison des épousailles en Suisse sera terminée, pour finaliser un projet de livre sur les mariages haïtiens, dont la publication est prévue dans le courant de 2017.

Valérie photojournaliste

Valérie photographe de mariage

Valérie à Haïti

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