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Mon amour de la vie est plus fort que le cancer

Mon amour de la vie est plus fort que le cancer

C’est l’idée de ne plus pouvoir avoir d’enfant qui a été le plus dur.

© Sandra Garrido Campos

J’ai appris que j’avais le cancer du sein début 2011, à la fin de mon congé maternité. J’avais alors 28 ans, la tête pleine de projets professionnels, galvanisée par une année 2010 durant laquelle mon mari et moi avions non seulement construit une maison, mais aussi donné naissance à une petite fille. Une belle période, emplie de vie.

Lorsque mon gynécologue m’a appris la nouvelle, le monde s’est effondré. Je ne comprenais pas ce qui m’arrivait. Trois mois auparavant, j’étais allée le consulter à cause d’un kyste. Les résultats de la ponction avaient été rassurants, c’était bénin. Soulagée et confiante, j’avais continué d’allaiter. Et là, lors de cette visite qui n’aurait dû être qu’un contrôle de routine, on me lâchait le mot cancer. Autant dire une bombe! La tumeur ayant grossi et changé de forme, je devais être opérée d’urgence. J’ai pensé: ce n’est pas vrai, ça ne peut pas m’arriver! Je viens de donner la vie et on reprendrait la mienne? Si j’étais sonnée, mon mari était en colère contre le gynécologue. Pour lui, c’était trois mois de perdu. On aurait pu agir avant.

Opération et chimio, une période éprouvante

Une semaine après, je me suis fait retirer la tumeur, mais j’ai pu garder mon sein. J’ai enchaîné avec six mois de chimio. Une période éprouvante sur le plan physique comme psychique: j’ai eu de violents vomissements, une grande fatigue et j’ai perdu mes cheveux. Côté émotionnel, je suis passée par toutes les phases. Allais-je voir ma fille grandir? Qu’allait-il advenir de mon travail d’éducatrice de la petite enfance? Je n’avais plus aucun contrôle. Quant à l’entourage, si j’ai été soutenue par mon mari et ma famille, j’ai dû faire le deuil de nombreuses relations. Certains proches se sont éloignés, ma maladie faisant trop écho à la peur de leur propre mort.

Malgré tout, pendant cette période, j’ai vu la vie avec une nouvelle acuité. Pour tenir le coup, je me suis fixé de menus objectifs, tels que préparer des bouillies de légumes pour ma fille ou nager une heure, quand mon état me le permettait. J’ai également fait de magnifiques rencontres: Maryline, une jeune amie de galère, m’a prodigué de précieux conseils. La marraine de ma fille m’a, quant à elle, accompagnée à chaque chimio, me faisant don de sa présence et de son indéfectible écoute. Elle a accepté mes coups de gueule, mes joies, mes tristesses, en me disant à chaque fois: «Oui, tu as le droit d’éprouver tout ça.» Ça a été une leçon de vie énorme pour moi.

J’étais en colère!

Après un curage ganglionnaire – il restait encore des cellules cancéreuses au terme du traitement –, suivi par un mois et demi de radiothérapie, j’ai enfin pu souffler. Pas longtemps. Inquiète pour l’avenir de ma fille, j’ai demandé un test génétique.

A la surprise générale – il n’y a aucune prédisposition au cancer dans ma famille –, il s’est avéré que j’étais porteuse du gène BRCA1, autrement dit que je présentais un risque élevé de développer un cancer du sein et de l’ovaire au cours de ma vie, et qu’il y avait de fortes chances que ma fille, adulte, développe à son tour la maladie. Pour éviter toute récidive, j’ai décidé de me faire enlever les deux seins. Au mois de septembre 2012, quelques jours après notre mariage, je rentrais à l’hôpital pour une double mastectomie avec reconstruction mammaire. J’ai à nouveau mis du temps pour me remettre de cette opération. Il y avait le deuil de l’allaitement et de la féminité, et un regain de colère: si j’avais fait ça plus tôt, je n’aurais pas dû endurer la chimio et toutes ces opérations.

Penser à ma reconversion

A suivi un moment d’accalmie durant lequel j’ai commencé à penser à ma reconversion professionnelle. Au fil des recherches, je suis tombée sur une école d’animation en atelier (Créavie). Ancienne éducatrice de la petite enfance, passionnée par la peinture, j’avais la possibilité de concilier mes deux passions, le social et la créativité, tout en élargissant mon champ d’action à un public plus large que les enfants. C’était idéal!

J’ai suivi dans un premier temps un module sur six mois axé sur la créativité artistique. L’occasion de me remettre dans le bain et de confirmer mon choix. Je me souviens encore de ma fierté le jour où j’ai commencé. L’horizon s’ouvrait à nouveau à moi! J’ai renoué avec émerveillement avec la peinture que j’avais laissée de côté à cause de la maladie et repris contact avec mon «moi enfant». Ça m’a fait un bien indicible. Alors que je faisais parallèlement un travail d’animation dans un home pour personnes âgées, j’ai même eu l’opportunité d’ouvrir mon propre atelier de peinture créatrice, que j’ai baptisé La boîte à couleurs.

Tout allait bien. Mais les problèmes de santé ont resurgi à l’été 2014. Le corps médical suspectant un nouveau cancer, j’ai dû me faire enlever les ovaires le 6 octobre. Si j’ai eu la chance de ne pas devoir passer par une deuxième chimio, je me suis retrouvée ménopausée à l’âge de 32 ans. Plus que la perte de libido et le sentiment d’avoir le corps d’une femme de 70 ans, c’est l’idée de ne plus pouvoir avoir d’enfant qui a été le plus dur.

Je fais confiance malgré tout

Mais j’ai tenu bon. J’ai profité de ces semaines de convalescence pour me concentrer sur mon atelier, réfléchir à mon public cible et à mon logo. J’ai choisi de travailler avec des enfants, car ils m’apportent de la joie. Quand je suis avec eux, j’oublie tout. Je suis dans une bulle, un temps suspendu, où seuls le jeu et le plaisir ont leur place. J’ai voulu également élargir mon offre aux femmes souffrant du cancer du sein, car la créativité est un outil magnifique pour pouvoir les accompagner.

Accepter la vie telle qu’elle est et rester positive. C’est ce que j’ai acquis durant ces quatre années. Bien sûr, parfois, j’ai envie de passer ma journée sous ma couette, car la maladie n’est jamais loin. Mais continuer, c’est ma manière de montrer que je ne pose pas les armes. Grâce au cancer, j’ai acquis une sorte de lâcher-prise, une capacité à faire confiance malgré tout. Un de mes mantras est: ça vient comme ça doit. J’accueille ce qui arrive et j’en fais une richesse. La créativité en est une, car c’est la vie. Elle permet de nous mettre en mouvement tout en étant ancré dans le présent. Ce qui reste finalement la meilleure arme pour aller de l’avant.

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