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Ma femme me battait

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Echanger avec d’autres pères en détresse m’a beaucoup aidé.

© Getty Images/EyeEm

Grand, bien bâti, cultivé, sportif, je n’ai pas vraiment le profil d’un homme susceptible d’être victime de violence de la part d’une femme. Qui pourrait se douter en me voyant que mon ex-compagne a levé la main sur moi?

Tout avait pourtant commencé comme dans un conte de fées: un de mes amis m’avait présenté Carole*, une trentenaire active et célibataire. Elle avait toutes les qualités pour me plaire: belle, brillante, indépendante et épanouie dans son travail. Notre histoire a démarré sur les chapeaux de roue. Cela collait à merveille entre nous. J’ai pensé que j’avais enfin trouvé la perle rare, la femme qui allait me donner la ribambelle d’enfants dont je rêvais depuis toujours. J’ai donc été ravi quand j’ai appris que Carole était enceinte après six mois de relation. Nous avons commencé à nous projeter dans l’avenir et à chercher un petit nid d’amour pour abriter notre future progéniture. Au fur et à mesure de sa grossesse, ma compagne, très svelte, a pris beaucoup de poids. Elle a cessé de travailler les trois derniers mois. L’accouchement a été long et difficile, mais quel bonheur quand j’ai vu la frimousse de mon petit bonhomme et que j’ai pu le tenir dans mes bras!

Lorsque nous nous sommes retrouvés tous les trois dans la villa que nous venions d’acheter, j’étais persuadé que c’était le début d’un bonheur au long cours. Mais l’image idyllique de famille unie a malheureusement très vite volé en éclats. Le bébé pleurait beaucoup et nous réveillait la nuit, ce qui exaspérait Carole. Elle avait de la peine à supporter ses cris et me demandait de m’occuper de lui, ce que je faisais avec grand plaisir car j’étais déjà un «papa gaga» avec son fiston.

Du jour au lendemain, le comportement de ma compagne a complètement changé. J’avais l’impression d’avoir une autre personne en face de moi. La jeune femme charmante et souriante que je connaissais avait laissé place à une étrangère sujette à des sautes d’humeur. La naissance de notre fils semblait l’avoir métamorphosée. Compréhensif – les premières semaines avec un nourrisson sont épuisantes – je l’ai aidée de mon mieux, notamment en me levant la nuit pour lui amener l’enfant au lit pour les tétées.

Une étrangère en face de moi

Après ses trois mois de congé maternité, Carole a recommencé le travail avec soulagement. J’espérais que le fait de reprendre un rythme normal allait nous permettre de retrouver notre relation harmonieuse des débuts. Mais la situation ne s’est pas améliorée, bien au contraire. Le soir, elle se montrait agressive avec moi en me faisant des remarques désobligeantes et me donnant des ordres comme si j’étais son larbin. J’étais très perturbé par ce changement d’attitude. Est-ce que j’étais en train de découvrir sa véritable personnalité? Je me suis mis à redouter les vendredis soir, car je savais qu’elle allait chercher un prétexte pour que cela dégénère et que cela finisse en dispute. S’ensuivait alors un week-end sous tension, où je tentais de calmer le jeu comme je pouvais. Les menaces de séparation sont devenues de plus en plus fréquentes. Ce à quoi je m’opposais car je ne souhaitais pas être éloigné de mon fils qui avait à peine 1 an. Carole m’a lancé, sûre d’elle: «Je suis une femme, la loi est de mon côté.» Et elle savait très bien de quoi elle parlait puisqu’elle était employée dans un cabinet juridique.


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Un jour, dans un accès de colère, ma compagne m’a tout bonnement jeté hors de la maison. Avant que je ne passe le pas de la porte, elle m’a donné un coup de pied. J’étais abasourdi. Ces violences physiques se sont répétées à plusieurs reprises. J’ai reçu des claques, des coups de poing, mais je n’ai jamais riposté. Car ce n’est pas dans mon éducation ni dans mes principes de violenter une femme. Une fois, Carole s’est jetée sur moi et m’a frappé en présence de notre enfant. J’étais très choqué qu’elle ose faire ça devant lui. Il était hors de question pour moi qu’il assiste à ce genre de scène. J’ai réalisé alors que la séparation était inéluctable.

Un sentiment de honte à surmonter

Je suis retourné vivre chez ma mère. Dans un état lamentable. Car après les humiliations répétées et les coups, j’avais perdu toute estime de moi. Mais le pire était encore à venir: je n’ai pas pu voir mon bout de chou durant plusieurs semaines. Une éternité pour un papa. Mon ex-compagne, sûre de son droit, exigeait une pension alimentaire exorbitante, sans quoi je ne verrais plus mon fils. Je me sentais au bout du rouleau. Vers qui me tourner pour trouver de l’aide? Les quelques amis à qui j’avais tenté de parler de ma situation avaient pris la fuite. Quand j’avais évoqué les violences physiques dont j’étais victime, on ne m’avait pas pris au sérieux. Certains amis que je pensais proches m’ont ri au nez ou accablé de reproches alors que j’avais juste besoin d’être entendu.

En désespoir de cause, je me suis adressé à une organisation de soutien aux pères, ce qui m’a permis d’intégrer un groupe de parole. Je me suis alors rendu compte que je n’étais pas le seul à subir de la pression psychologique et économique. Echanger avec ces autres pères en détresse m’a beaucoup aidé. Certains d’entre eux font d’ailleurs partie de mon cercle d’amis aujourd’hui. L’association m’a aiguillé vers un psychologue spécialisé dans l’accompagnement d’hommes victimes de violence conjugale. Un sujet tabou dans notre société et pourtant plus fréquent qu’il n’y paraît. Le fait que ce spécialiste reconnaisse ce que j’avais subi m’a soulagé. Jusque-là, je n’avais jamais osé dénoncer ces faits, même si j’avais songé une ou deux fois à porter plainte après avoir été brutalisé. Mais j’ai toujours renoncé, par crainte de ne pas être cru. J’ai surmonté mon sentiment de honte pour écrire une longue lettre au juge afin d’expliquer ce que j’avais vécu. Je n’ai jamais eu de réponse. Je n’ai pas non plus obtenu une garde alternée de mon fils, comme je le souhaitais. Je le vois un week-end sur deux, et je dois faire avec cette «petite place» qu’on m’a accordée. Je regrette que les pères ne soient pas plus écoutés lors de divorces ou de séparations. Et que la violence faite aux hommes ne soit pas plus reconnue, car elle est aussi destructrice que celle que subissent les femmes.

* Prénom d’emprunt

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