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J’ai grandi en banlieue parisienne dans un climat familial tendu. Fille unique, je me faisais la plus petite possible car j’avais le sentiment d’être de trop. Ma mère, négligente, ne m’accordait que très peu d’attention, et mon père faisait régner un climat de terreur. Une fois où j’avais eu une mauvaise note en maths, il m’a fait refaire les calculs. A chaque erreur, il me balançait une gifle. Il a arrêté quand j’ai commencé à saigner de l’oreille. Ma mère faisait aussi les frais de sa violence. Souvent couverte de bleus, elle prétendait être tombée dans l’escalier.

Gruyère et la solitude

Ma seule bulle d’oxygène était les vacances en Normandie, dans ma famille paternelle. Ma mère, passionnée d’équitation, m’emmenait dans un centre équestre. La première fois que je suis montée sur un cheval, j’ai ressenti un immense bonheur et une sensation de liberté que je n’avais jamais éprouvée jusque-là.

A 12 ans, ma vie a pris un nouveau départ. Ma mère avait décidé de quitter mon père et d’habiter en Suisse. Nous étions délivrées de notre bourreau et nous allions pouvoir nous retrouver toutes les deux pour bâtir notre petit cocon! Mais les retrouvailles dont je rêvais n’ont pas duré puisque nous avons emménagé chez son nouvel ami, en Gruyère. Une trahison pour moi. J’avais envie de lui crier: «On s’est sorties d’un truc terrible, et de nouveau tu me fais le coup, tu me lâches!» Je savais maintenant où elle était partie quand elle m’avait laissée seule durant une semaine avec 10 euros en poche.

Rejetée de tous

En tant que petite nouvelle, Parisienne de surcroît, il n’a pas été facile de m’intégrer dans mon école fribourgeoise. Encore une fois – alors que je commençais tout juste à sortir de ma coquille – j’étais victime de rejet. Je me suis demandée si j’avais vraiment ma place dans ce monde… personne ne voulait de moi. Aux yeux de ma mère, j’étais inexistante. J’ai commencé à avoir des idées noires. D’autant plus qu’à la maison, ma présence posait aussi problème.

Je me suis demandée si j’avais vraiment ma place dans ce monde… personne ne voulait de moi.

Très maniaque, mon beau-père ne supportait pas que je fasse le moindre bruit ou que je touche quoi que ce soit. J’en voulais terriblement à ma mère de ne pas prendre ma défense. Une fois où il a arraché la connexion wi-fi alors que j’étais en train de faire mes devoirs sur internet, celle-ci a réagi en rebranchant la prise. Quand il a levé le bras sur elle, mon sang n’a fait qu’un tour. J’ai empoigné cet homme. C’était la première fois que j’osais me rebeller. Et que je découvrais cette violence latente en moi.

L’été de mes 16 ans, j’ai fait un stage de deux mois dans un centre équestre. Je m’y sentais à ma place. Passer du temps avec les chevaux m’apaisait, car il faut mériter leur confiance et leur respect. En tant que sauvages, nous nous comprenions. Ne m’imaginant plus retourner à l’école, j’ai obtenu un préapprentissage dans ce manège, puis un apprentissage l’année suivante.

Livrée à moi-même

Entre-deux, ma mère avait trouvé un nouveau compagnon, lui aussi féru d’équidés. Ils vivaient dans une grange et avaient acheté une ancienne écurie, en France, qu’ils souhaitaient transformer en pension pour chevaux. Dans le but de l’aider dans ce projet, j’ai lâché ma formation.

C’était la vie de bohème: je dormais dans le foin, à ciel ouvert, dans ce bâtiment sans commodités. Mais les choses se sont envenimées car il n’était pas facile de vivre dans ces conditions précaires. J’ai décidé de prendre le large en partant en Californie, chez ma grand-mère maternelle, avec l’idée de trouver un job en lien avec mes compagnons à 4 pattes. Je suis rentrée après trois mois, pleine de désillusions.

Neuchâtel et les chevaux

Ma mère, qui s’apprêtait à partir pour commencer les travaux de son projet, m’a signifié que je ne faisais plus partie du voyage. Alors que j’avais à peine 18 ans, je me suis retrouvée livrée à moi-même. J’ai survécu en travaillant dans une menuiserie, mais avec mon salaire de misère, je n’arrivais pas à subvenir à mes besoins.

Des amis ont alors accepté de m’héberger et j’ai déménagé du côté de Neuchâtel. En quête de boulot, j’ai appelé un manège de la région où on m’a répondu qu’il fallait passer. Je me suis donc pointée un matin à 6 h 30. Je tombais à pic car la gérante s’était cassé un doigt. Ni une ni deux, j’ai enfilé une combinaison et j’ai nettoyé les box. Je suis revenue le lendemain car on avait besoin de moi.

Accepter les regards sur soi

Le jeune couple qui dirige cette école d’équitation et de cirque m’a intégré à son équipe. En plus de m’occuper des entraînements et des soins aux animaux, j’ai commencé à donner des cours aux enfants. Un exercice qui a nécessité que je développe ma douceur. Un aspect inconnu, n’ayant connu que la violence et le rejet.

Dans cet environnement, j’ai aussi découvert l’univers du cirque. Après de longues journées de travail, je me suis exercée sans relâche aux tissus aériens, à la corde lisse, à l’acrobatie, et à la voltige. Etre occupée à des activités physiques m’empêchait de ressasser mon passé douloureux.

Je donne le meilleur

Quand j’ai commencé à prendre part aux spectacles équestres, j’ai cru défaillir au moment d’entrer en piste. Comment, moi qui avais toujours été mise de côté, j’allais pouvoir accepter le regard des gens? J’ai dû apprendre à gérer mon stress. Et à encaisser les compliments sur mes performances d’écuyère et d’artiste de cirque.

Peu à peu, grâce à ces expériences et à la bienveillance d’Aurélie et de Yann, les patrons du manège, j’ai pris confiance en moi. Pour la première fois, j’ai l’impression d’être là où je dois être. Ma relation avec les chevaux m’apporte beaucoup car ils m’obligent à être centrée et à donner le meilleur de moi-même. Comme un fil rouge dans ma vie, ils m’ont permis de ne jamais rien lâcher.

L'équilibre

Actuellement en cours d’apprentissage de professionnelle du cheval, j’aspire simplement à être heureuse en faisant ce que j’aime. Plus que n’importe quel diplôme ou reconnaissance, c’est le plus bel aboutissement pour moi.

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