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«La vie est un cadeau, il faut en profiter»

Temoignage la vie est un cadeau il faut en profiter

«Une fois le choc [du diagnostic] passé, j’ai décidé de réagir. Alors, je me suis mise en mode combat. Symboliquement, je me suis rasé la tête, j’ai enfilé des bottes de cuir et j’ai annoncé le début de ma guerre personnelle sur Facebook.»

© Sophie Brasey

On n’a qu’une vie, il faut donc en profiter. Je sais, ça fait cliché et bateau, mais aujourd’hui, à 59 ans, après m’être battue comme une guerrière contre un cancer du sein, c’est vraiment et profondément ce que je ressens. Pour moi, tout a commencé en 2013. J’étais allée plutôt sereine et confiante chez mon gynécologue. Parce que ce sein qui se modifiait, c’était sûrement une histoire d’âge, non? Evidemment, non! Si bien que quand le diagnostic est tombé, j’ai d’abord vu mon monde s’effondrer. Surtout que quelques minutes plus tard, ma sœur m’a téléphoné pour m’apprendre que mon père venait de mourir. Ça faisait un peu beaucoup à avaler en une seule fois…

Pourtant, une fois le choc passé, j’ai décidé de réagir. Alors, je me suis mise en mode combat. Symboliquement, je me suis rasé la tête, j’ai enfilé des bottes de cuir et j’ai annoncé le début de ma guerre personnelle sur Facebook.

Ce qui m’a valu non seulement un soutien qui me surprend encore, mais aussi permis de rencontrer d’autres guerrières. L’une d’elles m’a d’ailleurs envoyé une figurine de petit soldat, comme emblème de la lutte et de la résistance. Ça peut paraître anecdotique, mais ça m’a aidée et aujourd’hui, c’est moi qui en envoie un quand j’apprends qu’une connaissance est touchée. Bref, je me suis donc lancée à fond: opération, chimio, rayons… c’était bien entendu psychologiquement hyper-violent. N’empêche que pendant les traitements, j’étais très solide et je dois dire que l’amour de mon compagnon m’a donné énormément de force. Et ça a fonctionné. Ce que je ne soupçonnais pas, en revanche, c’est l’emprise que ce cancer, même vaincu, allait garder sur moi.

Physiquement, d’abord. J’avais mis tellement d’énergie dans cette bataille que j’en suis sortie épuisée, complètement paumée et lessivée à tous points de vue. Sans compter qu’au vu de la nature de ma maladie, je devais – et dois encore! – suivre une hormonothérapie – ce qui n’est pas anodin côté effets secondaires: maux de dos, douleurs articulaires, prise de poids… c’est comme si j’étais en ménopause perpétuelle!

Ce n’est toutefois pas le pire. Parce que si je ne me suis pas trop pris la tête en cours de traitement, la suite s’est révélée très lourde. A toutes sortes de niveaux, comme l’image de moi, qui a été totalement bouleversée.
Jeune, j’avais franchement une belle poitrine. Ça peut paraître dérisoire et présomptueux, mais elle me faisait me sentir femme, elle me permettait d’avoir une espèce de confiance en moi, comme une sorte de pouvoir.

Spirale de culpabilité

Or, après l’opération… catastrophe. Je n’ai pas subi une ablation complète et ce qui reste de mon sein droit est – je ne trouve pas d’autre terme – tout tordu; l’autre vit sa vie, mais il tombe car l’intervention n’a pas été un grand succès sur le long terme. Passer une nouvelle fois sur le billard? Pour le côté droit, ce n’est médicalement pas envisageable à cause d’autres problèmes annexes. A gauche, oui, bien sûr, je pourrais, mais ce n’est pas donné financièrement parlant, le résultat n’est pas garanti et… j’en ai marre de passer sur le billard!

Autrement dit, il me faut accepter de vivre une nouvelle forme de féminité avec ces seins moches et estropiés par la maladie. Ce n’est pas simple, car même quand on a conscience de la bêtise des injonctions sociales liées aux seins, on les a tellement intégrées qu’on en reste tout de même victime et c’est très difficile de réussir à s’en ficher.

En fait, je suis tombée dans une spirale de culpabilité et j’en suis même arrivée à la conclusion que ce cancer était une punition, qu’il était survenu par ma faute. Ce ressenti auto-destructeur était encore renforcé par différents facteurs. D’une part, je viens d’un milieu italo-valaisan pétri de catholicisme et même si je n’ai pas ces croyances-là, j’en suis imprégnée.

D’autre part, non seulement j’étais la première à souffrir de ce type de pathologie dans ma famille, mais de plus, tout ce que je lisais et entendais sur la survenue d’un cancer me pointait du doigt comme responsable, car les messages étaient très culpabilisants: si le foie, l’estomac ou les reins sont touchés, c’est parce qu’on n’a pas réglé ceci ou cela; quant aux seins, si c’est le droit, c’est lié à tel ou tel truc, le gauche c’est encore autre chose… à vrai dire, au lieu de me rassurer et de me faire comprendre que ça pouvait aussi être simplement la faute à pas de chance, tout ça me confortait vraiment dans l’idée que j’étais coupable… sans savoir de quoi!

Vivre à fond

Ainsi, pour essayer de comprendre et de donner du sens à tout ça, j’ai commencé à me questionner, à passer mon histoire en revue, à convoquer les fantômes du passé. J’avais aimé mes seins? Pas bien! Ils n’avaient pas servi à nourrir un enfant puisque je n’en avais pas eu? Pas bien! Je n’avais jamais osé exprimer telle ou telle frustration? Pas bien! En clair, je suis tombée dans un maelström émotionnel. Je me débattais entre ces questions et la peur. Car oui, même quand on s’en sort, on a la trouille et la maladie vous accompagne en permanence. On se demande si ça va revenir, où, comment, pourquoi…
Petit à petit, notamment grâce à une psychothérapie, j’ai repris du poil de la bête, retrouvé un peu d’énergie; mieux: j’ai même pu recommencer à travailler un peu, ce qui était très important pour moi, pour mon équilibre.

Aujourd’hui, tout n’est pas encore résolu, notamment question image, mais quitte à me répéter, j’ai tout de même compris qu’il fallait vivre à fond. Je milite pour l’acceptation de l’autre: on est comme on est, on fait comme on peut, on se bat avec les moyens qu’on a. Point barre.

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