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«Mon cancer m'a donné une nouvelle énergie»

Corinne Sporrer

La première fois que je suis rentrée à la maison avec ma perruque, je n’osais pas l’enlever, tellement j’avais peur. Finalement je l’ai fait, en leur disant: «Maman a fait une bêtise, elle est allée chez un mauvais coiffeur.»

© Corinne Sporrer

Pour faire court, disons que pas mal de choses se sont passées ces dernières années! En 2016, je commençais un nouveau boulot, dans le domaine de la réinsertion. On fabriquait des sacs, des trousses, on était entre guillemets les petits concurrents genevois de Freitag! Mais assez rapidement, je suis tombée enceinte pour la deuxième fois. Vers la fin de ma grossesse, j’ai dû baisser mon taux d’activité car j’avais des soucis de tension qui pouvaient se révéler dangereux pour le bébé.

Après mon accouchement, en décembre 2017, j’ai pris 5 mois de congé maternité avant de retourner au travail… mais pas pour longtemps. En janvier 2019, j’ai appris que j’avais un cancer du sein. Comme mon fils avait tout juste un an et que je venais d’arrêter de l’allaiter, je suis allée faire un contrôle et voilà! Dix jours plus tard, je commençais la chimiothérapie, car ma tumeur faisait 18 millimètres et menaçait de se propager.

Comme Angelina

Bon, je n’ai pas vraiment été surprise. J’avais fait un test de dépistage au service d’oncogénétique de Genève, car plusieurs femmes du côté de la famille de mon père sont mortes du cancer du sein. J’ai une mutation sur le même gène qu’Angelina Jolie, le fameux BRCA. On m’avait donc dit que j’avais quelque chose comme 85% de risque de développer un cancer. Du coup, je devais faire des contrôles tous les 6 mois, mais voilà, avec la grossesse et l’allaitement, j’avais fait une pause.

Je savais qu’un bouleversement hormonal – tel qu’une grossesse – pouvait provoquer un cancer, je savais que j’avais cette menace génétique au-dessus de la tête. Je pensais d’ailleurs me faire opérer d’une double mastectomie rapidement, mais les événements ont décidé pour moi.

Le 8 février 2019, j’ai donc eu ma première chimio. Très agressive. J’ai pas mal gonflé à cause de la cortisone. Le comble, c’est que je ne mangeais rien et je grossissais. Au final, j’ai perdu des cheveux, mais pas de poids. Heureusement, j’étais super bien entourée par mon papa, mon compagnon, et mes deux petits chouchous.

Ces six premiers mois ont été intenses et intensifs, car en plus du cancer et de tout ce que ça impliquait, j’ai continué à m’occuper de ma famille. De plus, je venais de démarrer une formation, à Berne, pour obtenir un brevet fédéral de créatrice de vêtement, formation que je termine théoriquement en novembre. Jusqu’à présent, je suis fière de dire que je n’ai loupé que 3 jours: deux parce que j’étais hospitalisée et le premier, qui fut le jour où on m’a annoncé mon cancer.

La maladie en elle-même ne fait pas mal, mais les traitements oui. Et comme ils détruisaient mon système immunitaire, j’attrapais tout ce qui passait. Au début, je ne faisais pas attention. Par exemple, je m’étais légèrement abîmé le bout du doigt alors que je cousais, dans le train, en route pour ma formation et, au final, je me suis retrouvée à Berne avec un panaris et 40 degrés de fièvre. Or, sous chimio, dès qu’on a un peu de température, il faut aller aux urgences…

Ces agaçantes pertes de mémoire

Aujourd’hui, je suis encore sous chimio, mais médicamenteuse. C’est un tout petit peu plus light, mais ça reste costaud. Les effets secondaires sont gratinés et comprennent pertes de mémoire – c’est très agaçant –, syndrome pied-mains-bouche et autres petites choses pas très sympas. Sans parler des crises d’angoisse! J’ai des vertiges suite à l’arrêt d’un médicament? On m’envoie faire une IRM pour s’assurer que je n’ai pas de métastases au cerveau! Et ce n’est qu’un exemple. Enfin, en août 2019, j’ai subi une double mastectomie, suivie d’une reconstruction mammaire.

Mais voilà, malgré tous ces petits pépins, tout va bien aujourd’hui. Je reste en super forme, j’ai encore de l’énergie à revendre et – c’est hyper important pour moi – je n’ai pas perdu ma motivation. Je fais toujours plein de choses et n’ai jamais été abattue durant ma maladie. Une seule fois, je n’ai pas pu tenir debout, mais autrement, je me suis toujours levée pour préparer le petit-déjeuner de mes enfants. Ils me boostent énormément. Curieusement, j’avais surtout peur de la perte de cheveux et de leur réaction, moi qui avais une longue chevelure lisse descendant presque jusqu’aux fesses.

Essais de perruque en famille

Je leur ai lu le livre «La maman de Léon est malade», qui raconte comment une maman girafe qui a un cancer perd ses taches. La première fois que je suis rentrée à la maison avec ma perruque, je n’osais pas l’enlever, tellement j’avais peur.

Finalement je l’ai fait, en leur disant: «Maman a fait une bêtise, elle est allée chez un mauvais coiffeur.»

On a rigolé, les enfants ont essayé la perruque, mais au final ils m’ont dit qu’il fallait que je «remette mes cheveux». Je m’étais un peu angoissée pour rien.

En parallèle à tout ça, j’ai reçu ma lettre de licenciement juste avant Noël, lié à la fermeture de l’entreprise, mais là encore, je ne me suis pas laissée abattre. J’ai créé ma petite marque, L’Enigme, et je vends des sacs, des petits accessoires. Vu ce par quoi je suis passée, j’ai décidé de créer une gamme de produits qui aident les personnes malades, comme des sacs dans lesquels glisser ses drains. Je reverse 20% des ventes à la Ligue genevoise contre le cancer, qui m’a beaucoup aidée. J’ai d’ailleurs pu faire mes premiers dons, c’est tellement valorisant. J’en suis très fière et c’est un sentiment plutôt rare chez moi. Aujourd’hui, je me concentre sur le positif. J’ai rencontré plein de gens tellement généreux dans cette aventure, ça m’a donné beaucoup d’énergie pour aller de l’avant. Je ne suis plus tout à fait la même qu’avant, je crois que j’ai trouvé un sens, une envie de faire quelque chose. Me rendre utile, quoi.

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