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«Je suis pilote d’avion ambulance»

Vecu Rega Alessandra Leimer

Travailler à la Rega demande certaines qualités, comme la capacité de s’autoévaluer, l’esprit d’équipe, de la flexibilité et une certaine résistance, autant physique que psychologique.

© Alessandra Leimer
Devenir pilote n’a jamais été un rêve, ça s’est vraiment fait par hasard.

Après la maturité, je ne voulais pas aller à l’université tout de suite, j’avais besoin de travailler, d’avoir une expérience professionnelle. J’ai alors décidé de devenir hôtesse de l’air. J’ai adoré ça et j’ai développé une réelle fascination pour l’aviation! J’ignore totalement d’où ça m’est venu, aucun membre de ma famille ne travaille dans ce secteur. D’ailleurs, lors de mes premiers vols, ma maman était plutôt anxieuse. Depuis, elle s’est habituée. Il faut dire que ça fait 15 ans que je passe une bonne partie de ma vie dans les airs, car dès que j’ai pu goûter à cet intense sentiment, il a été impossible de m’en passer.

J’ai tout de même tenté l’université par la suite… je n’ai tenu que deux semestres. L’aviation me manquait beaucoup trop, mon futur devait y être lié d’une manière ou d’une autre. Par contre, je savais que je ne voulais plus être hôtesse de l’air. Travailler en cabine, c’est un super apprentissage et je ne le regrette absolument pas. Toutefois, je ne me voyais pas faire ça toute ma vie. Il ne me restait donc qu’une seule option: devenir pilote.

Intéressant et stimulant

Il existe deux façons de se former: être embauché par une compagnie aérienne et y effectuer sa formation, tant théorique que pratique, ou suivre les mêmes cours au sein d’une école de pilotage privée, puis rechercher un emploi. J’ai opté pour cette seconde voie, commençant par la licence de pilote privé, puis celle de pilote commercial et enfin celle qui permet de travailler pour une compagnie aérienne. J’ai réalisé ma première licence au Canada, puisqu’il fallait voler 200 heures pour l’obtenir et que c’était plus accessible à l’étranger. Ce fut aussi une formidable expérience. Basée à Vancouver, j’en ai profité pour apprendre l’anglais.

J’ai ensuite travaillé 3 ans pour la compagnie Skywork, avant d’arriver à la Rega, il y a 5 ans. Désormais, je pilote des avions-ambulance qui rapatrient des personnes malades ou blessées jusqu’en Suisse. Je n’ai jamais douté de ce choix, les aspects positifs sont si nombreux! On fonctionne avec un système de piquet et on ne sait jamais de quoi la journée sera faite. Parfois, nous ramenons un blessé depuis un pays d’Europe, d’autres fois c’est depuis l’autre bout du monde. Il y a vraiment de tout, c’est très intéressant et stimulant.

Je ne pense pas que je pourrais travailler pour une compagnie aérienne traditionnelle aux destinations fixes. Ici, on fait le tour du monde au secours des patients, on peut arriver et décoller de plus de 400 aéroports différents. Lors de mon premier jour à la Rega, nous avons par exemple dû atterrir à deux reprises en Espagne, sur de très petits aéroports qui n’ont pas de contrôleurs aériens. c’est très excitant et intense, mais ça requiert énormément de concentration. Il nous arrive de demander des priorités aux aiguilleurs pour pouvoir voler plus vite, de façon plus directe, mais nous le faisons uniquement lorsqu’il s’agit d’une question de vie ou de mort. Ces cas particuliers ne sont pas très fréquents, car les patients doivent être dans un état stable avant de pouvoir monter dans l’avion.

Je ne trouve pas ma profession difficile, au contraire. Le seul aspect parfois dur à gérer, c’est le fait de transporter des malades, des personnes qui souffrent. J’essaie de mettre une barrière, de me protéger un peu, mais je ne peux pas m’empêcher d’être touchée par le vécu de certains passagers.

Si je vois une personne dont la vie va être totalement chamboulée suite à un tragique accident, je ne peux pas bloquer mes émotions, cela me touche tellement! Toutefois, pouvoir aider ainsi les gens me donne énormément de satisfaction. Je ne me considère absolument pas comme une héroïne. Pour moi, c’est un travail comme un autre, avec ses avantages, ses inconvénients et qui requiert un grand professionnalisme. Les médecins et les infirmiers s’occupent des patients, ils sauvent des vies. Nous, nous ne sommes que des chauffeurs chargés d’emmener patients et équipage à bon port en toute sécurité. C’est gratifiant, certes, mais notre rôle s’arrête là.

Je ne m’en lasserai jamais

Parfois, ce peut-être un peu compliqué pour organiser ma vie privée. Lors des jours de congé, il n’y a pas de souci. Par contre, lorsque je travaille, je ne sais jamais quand je terminerai. Les rendez-vous agendés sont souvent décalés. Difficile d’être présente à tous les barbecues et impossible de m’inscrire à un cours de yoga ou de chant! Mes proches doivent vivre un peu en fonction de la Rega, mais j’ai de la chance, mes amis et ma famille le comprennent.

Actuellement, nous sommes 4 femmes sur 25 pilotes. J’espère que nous serons de plus en plus nombreuses à l’avenir! On dit parfois que c’est une profession masculine, mais ce n’est pas vrai, un métier n’a pas de sexe, il est accessible à toutes. Les aspects techniques ne devraient freiner aucune vocation. Travailler à la Rega demande certaines qualités, comme la capacité de s’autoévaluer, l’esprit d’équipe, de la flexibilité et une certaine résistance, autant physique que psychologique.

Je n’ai jamais eu de plan B. Honnêtement, si je n’avais pas pu devenir pilote, je ne sais pas du tout ce que j’aurais fait de ma vie. Un problème de santé pourrait me faire perdre ma licence, mais je préfère ne pas penser à cette éventualité. Je crois que je ne me lasserai jamais de ce métier, ni de voler. La vue depuis le cockpit, c’est quelque chose de vraiment magique. Surtout lorsqu’on rentre de nuit, qu’on survole les Alpes et que le soleil se lève… c’est la plus belle chose que j’aie eu l’occasion de contempler.

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