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«Je n’ai pas à choisir entre hockey et carrière»

Carola Saletta ne veut pas choisir entre passion du hockey et carrière

«Beaucoup de filles se dévouent corps et âme et je ne connais pas beaucoup de gens qui feraient autant de sacrifices juste pour le fun. Certaines doivent arrêter le haut niveau, car elles sont obligées de choisir entre sport et carrière professionnelle. C’est l’un ou l’autre. Pas pour moi.»

© Corinne Sporrer

Je viens de Torre Pellice, un village près de Turin. Comme les montagnes sont toutes proches, petite, je faisais du ski. Mais un jour, j’ai dit à mon père que je n’aimais plus skier. Comme tous les enfants de la région, je savais patiner, c’est une tradition dans mon village. Toutefois, comme mon père jouait au hockey, c’est tout naturellement que je me suis mise à ce sport, à l’âge de 9 ans. J’étais presque même un peu âgée pour commencer, car les champions débutent plutôt vers 6 ans. Peu importe, à peine avais-je fait mes premiers essais sur la glace, canne en main, que j’ai adoré. Pour moi, c’était le meilleur sport qui existait. Il fallait être rapide, physique et stratégique. Alors que je trouvais le ski trop individuel, le hockey m’offrait un esprit d’équipe qui me convenait parfaitement. En plus, j’avais des copines et des copains d’école qui jouaient aussi, c’était le bonheur.

L’avantage, quand on commence jeune, c’est qu’on joue d’abord avec les garçons. J’adorais être en compétition avec eux. Ça m’a appris à me faire ma place, à être une des leurs sans distinction de sexe une fois sur la glace. Seule la performance comptait et chercher à être aussi bonne qu’eux était pour moi très motivant.

Pour ma première saison en équipe féminine, j’ai commencé à jouer à Turin. En 2012, l’équipe de Bolzano, une ville de l’autre bout de l’Italie, m’a appelée pour rejoindre l’European Women Hockey League. Un an après, j’ai été contactée par l’équipe nationale italienne et j’ai joué mon premier championnat du monde avec la senior team. J’avais 16 ans. Ma carrière a commencé là. J’ai joué dix championnats du monde depuis et je suis devenue capitaine de l’équipe nationale de hockey féminine en 2016. Même si c’était ma passion, tout ça ne s’est pas fait sans sacrifices. En parallèle, j’ai mené des études de droit à l’Université de Turin. Pendant cinq ans, tous les week-ends, j’ai fait cinq heures de route en voiture de Turin à Bolzano pour aller m’entraîner avec l’équipe. J’arrivais, on allait sur la glace, le samedi on jouait un match et le dimanche aussi. Quand tout allait bien, je rentrais chez moi le dimanche soir. Mais souvent, comme on affrontait des équipes européennes, j’arrivais le vendredi pour repartir le lendemain jouer dans des villes comme Vienne, pour les plus lointaines. C’était épuisant et sûrement un peu fou, mais j’adorais ça. Pendant que mes camarades d’université révisaient, je patinais. Pendant qu’ils dormaient, je révisais. J’ai mis entre parenthèses vie privée et sorties sans aucun regret. Mon but était d’aller toujours plus loin, toujours plus haut. Ce que j’ai fait.

Une passion qui ne paie pas

Un des seuls sports véritablement professionnels en Italie, c’est le football. Aujourd’hui, j’ai 27 ans et j’ai joué au hockey toute ma vie par passion, sans être proprement payée pour ça. J’adore ce sport. Malgré tout, on y investit presque autant de temps que pour un vrai boulot. En plus des week-ends, il faut compter trois entraînements par semaine, le soir, après sa journée de travail. Certains vont au fitness trois fois par semaine, moi je vais sur la glace. J’arrive avec mon gros sac sur le dos, je mets trente minutes pour m’équiper, je patine pendant une heure et je mets trente minutes pour enlever mon équipement.

Beaucoup de filles se dévouent corps et âme et je ne connais pas beaucoup de gens qui feraient autant de sacrifices juste pour le fun. Certaines doivent arrêter le haut niveau, car elles sont obligées de choisir entre sport et carrière professionnelle. C’est l’un ou l’autre. Pas pour moi.

Même si les équipes féminines n’ont pas la même exposition et la même mise en valeur que celles des hommes, je l’ai fait pour moi. J’ai accompli mes projets et atteint mes objectifs. Ça ne s’est pas fait sans remarques sexistes. Pour certains, être une grande blonde est incompatible avec le fait d’être capitaine de l’équipe de hockey nationale. On me voyait plutôt faire du volley-ball. Toutefois, au lieu de m’offusquer, ces commentaires ont renforcé ma confiance en moi: ce n’est pas parce que je suis une femme que je ne peux pas jouer au hockey! Les mentalités changent, mais très lentement.

Deux rêves à réaliser en parallèle

Faire bouger les mentalités et encourager les jeunes filles à se mettre au hockey fait partie de ce que j’aimerais développer aujourd’hui, notamment dans le cadre de mon engagement cette année dans l’équipe féminine du LHC, qui évolue en 3e ligue . Ce nouveau défi est pour moi idéal, car il me permet en parallèle de continuer mon stage en droit international à l’ONU, à Genève. Travailler pour une organisation internationale est un rêve de petite fille. Alors si, en plus, je peux continuer à jouer au hockey, mais aussi transmettre ma motivation et mon expérience aux plus jeunes, c’est tout bénéfice. Je ne pourrais plus vivre comme je le faisais durant mes études, en conduisant tous les week-ends pour jouer des matches.

Aujourd’hui, j’ai mes médailles, j’ai fait ma part, même si j’ai encore beaucoup à vivre avec le hockey, mais différemment. Je dois aussi penser à la suite.

La seule chose qui manquerait à ma carrière de sportive serait de jouer avec l’équipe nationale lors des Jeux olympiques 2026… en Italie. J’aurai 33 ans, mais ce serait une forme de récompense pour tous les sacrifices concédés à ce sport. Même si je ne sais pas où je serai dans six ans, cette idée me trotte dans la tête. Ce serait un rêve qui deviendrait réalité et qui couronnerait mes efforts, tout en étant une juriste confirmée, car je suis déterminée à faire ma place dans ce milieu des relations internationales, qui est aussi compétitif que le sport de haut niveau.

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