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«A 13 ans, j’ai tout quitté pour le foot»

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Déborah a la passion du ballon rond depuis qu'elle est toute petite.

© Corinne Sporrer

«Faire du foot, c’est ma passion. C’est pour ça que j’y ai consacré toute mon adolescence et que j’ai passé deux ans en Suisse allemande, loin de ma famille et de mes copains. Et même si j’ai dû renoncer à une carrière de footballeuse de haut niveau, ça ne change rien à mon amour pour ce sport. Il a été fondateur de qui je suis, il fait partie de moi et de ma vie. J’en ai besoin pour mon équilibre et j’ai toujours autant de bonheur à le pratiquer!

A vrai dire, je ne sais pas trop comment ce goût est né. Peut-être parce que mon papa et mon grand-papa regardaient pas mal de matches à la TV? Ce qui est sûr, c’est que vers 6-7 ans, très spontanément, j’ai eu envie d’essayer. Alors sans hésiter, ma maman m’a inscrite au FC Lonay (VD).

Aujourd’hui, le foot se féminise sensiblement, on commence à en parler, à voir de plus en plus de gamines sur les terrains – et des événements comme la Coupe du monde, qui se tient actuellement à Paris, sont un peu moins pris par-dessus la jambe qu’avant. Il y a une quinzaine d’années, ce n’était pas encore ça… et j’étais la seule fille de l’équipe! Je le suis restée longtemps.

Arrive pourtant un moment où la mixité devient plus compliquée, bêtement à cause des différences physiques qui apparaissent quand on grandit. On a un peu moins de puissance, de force et de vitesse. Bref, vers 12 ans, j’ai rejoint l’équipe féminine de Team Vaud – qui s’entraînait à Renens, à l’époque.

Gardienne de but

Jusque-là, j’étais en défense, mais comme il leur manquait une gardienne, je me suis portée volontaire. Visiblement, c’était une bonne idée: j’ai trouvé mon poste puisque j’ai assez rapidement été remarquée par l’Association suisse de football, qui repérait des espoirs féminins pendant des matches de recrutement. En clair, on m’a proposé de suivre le cursus sport-études de Huttwil (BE), qui est le seul endroit de Suisse à offrir une formation footballistique pro aux filles.

J’avais 13 ans et j’étais tiraillée. D’un côté, je ne me sentais pas prête et j’avais peur de quitter le nid familial, de l’autre, j’avais quand même terriblement envie d’y aller – surtout en sachant que j’avais la chance de faire partie des 10 candidates de l’année, choisies dans tout le pays. Heureusement, j’ai pu en parler à cœur ouvert avec mes parents. Ils m’ont soutenue… et je suis donc partie.

Entre les rythmes à prendre, le fait de ne connaître personne, d’avoir à suivre des cours et faire des devoirs dans une langue qu’on ne parle pas et de loger dans une famille d’accueil 5 jours par semaine (je rentrais le week-end),

j’avoue que les premiers temps ont été rudes émotionnellement parlant et j’appelais ma maman tous les soirs.

Toutefois, les choses bougent vite. Au début, on pleure quand le week-end est terminé et qu’on doit retourner à Huttwil et ensuite, on pleure le vendredi parce qu’il faut rentrer chez soi!

Trop petite

Après deux ans en Suisse alémanique, à 15 ans, je suis revenue à Lausanne pour finir ma scolarité avec des horaires aménagés pour que je puisse continuer à m’entraîner. Car si j’étais toujours avec Team Vaud, parallèlement, j’ai joué 3 ans en équipe nationale, en M16 et M17. Je dois dire que porter le maillot suisse pour un match, même quelques minutes, ça a été fantastique: c’est une émotion et une fierté très agréables à vivre!

J’aurais évidemment bien continué mais… à cause de ma taille (je mesure 1,60 m), j’ai été considérée comme trop petite pour être gardienne à ce niveau-là, et je n’ai donc pas été gardée dans l’équipe.

C’est d’autant plus frustrant que je n’y peux rien!

Maintenant, j’ai décidé de changer d’optique et je relativise. Au fond, c’est vraiment assez dur d’être sportif d’élite! Etre en permanence dans la compétition implique non seulement que vous êtes sous pression et sous la surveillance des responsables qui veulent s’assurer de votre bonne forme, mais aussi que vous devez faire toutes sortes de concessions pratiques: sorties, alimentation, suivi des entraînements. Franchement, ce n’est pas tous les jours facile de savoir que vos copains vont se faire une bouffe ou une sortie alors que vous, vous devez vous coucher tôt, manger ceci plutôt que cela pour être au top. Pour le coup, même si je me donne à fond pour mon club actuel, le Pied du Jura, et que je fais ce qu’il faut avant les matches, j’ai moins besoin d’être dans le super contrôle tout le temps. C’est plus équilibré et… je me sens bien comme ça!

Plus riche

Cela dit, j’ai énormément retiré de cette expérience en Suisse allemande. A tout point de vue. Sportivement, évidemment. D’ailleurs, à ce propos, certaines des filles avec qui j’étais au Centre ont percé et évoluent dans des clubs en France, en Allemagne et sont titulaires en équipe de Suisse A et ça, ça me fait hyperplaisir pour elles! Toutefois, c’est surtout humainement que ça m’a enrichie.

Sur place, on était toutes dans le même bateau, on se serrait les coudes.

J’ai toujours eu le respect de l’autre et l’esprit d’équipe (je n’aurais jamais pu faire un sport individuel), mais là, ça s’est encore renforcé. Il y a une espèce de chaîne de solidarité magnifique entre plus grandes et plus petites, entre celles qui vont tout bien et celles qui ne sont pas à 100%… une vraie entraide!

En plus de ces rencontres et des liens qui se sont créés, ça m’a aussi permis de comprendre des tas de choses. D’un point de vue familial, par exemple, la distance nous a énormément rapprochés. Et puis, à titre personnel, en dehors du fait que je suis pratiquement bilingue, ce qui m’est très utile dans mon métier, au service clients d’une grande assurance. J’ai aussi beaucoup mûri, je crois. Dans les faits, partir de la maison à 13 ans m’a permis d’apprendre à me débrouiller seule, à planifier, à gérer mon temps, à définir mes priorités et discerner ce qui est urgent ou important, ainsi qu’à assumer mes responsabilités…

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