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«Je fais de la lutte suisse et j’en suis fière»

Photo Zoe Jobin yolanda lutteuse

Lutter me permet de tout relâcher et, en même temps, de bouger, de me défouler et de laisser parler mon sens de la compétition (je déteste perdre, ça me met en rage!).

© Zoé Jobin

Certaines personnes ont du mal à accepter des filles dans la lutte suisse? Tant pis pour elles. Moi, même si je n’en fais que depuis dix ans (j’ai 20 ans), je ne m’imagine pas vivre sans. C’est ma passion et j’en suis fière!

Ça n’a absolument rien à voir avec du féminisme, c’est juste que j’aime ce sport et qu’il me satisfait complètement, à tous points de vue.

D’un côté, lutter me permet de tout relâcher et, en même temps, de bouger, de me défouler et de laisser parler mon sens de la compétition (je déteste perdre, ça me met en rage!). En plus, niveau vie privée, ce n’est pas spécialement contraignant. Je continue avec le même plaisir l’accordéon (j’en joue depuis l’âge de 4 ans), je vais au gymnase (je veux être infirmière), je sors le soir de temps à autre… bref, je vis normalement. Evidemment, il faut du physique alors je m’entraîne (alternativement à Fleurier, dans le Val-de-Travers, et à Estavayer-le-Lac, qui est mon club), mais je ne dois rien m’interdire ni faire attention en permanence à ceci ou cela. Je fais comme je le sens. Quant au mental… je sais que la confiance en soi et y croire sont deux choses fondamentales pour avancer en général – et dans ma discipline en particulier. Mais là encore, je ne fais rien de spécial.

Quand je veux me calmer, me recentrer et me concentrer, avant un combat, par exemple, je me mets des écouteurs et j’écoute du Rammstein pour entrer dans ma bulle!

D’un autre côté, la lutte correspond parfaitement à mes valeurs. Je l’apprécie autant pour son aspect cadré et traditionnel que pour le respect de l’autre qu’elle implique. Sans compter l’ambiance des Fêtes de lutte! Tout le monde connaît tout le monde, on a du plaisir à se retrouver. Même si on est parfois adversaires dans le rond ou qu’il y a la barrière de la langue (je ne parle pas suisse allemand), ça ne change rien, on arrive toujours à blaguer ensemble et à se comprendre. Il y a vraiment une belle cohérence et je ressens de la fierté d’appartenir à ce monde-là.


Toutefois, je dois dire que tout n’a pas toujours été aussi simple à assumer. Pendant deux-trois ans, à l’adolescence, j’avais un peu peur des moqueries et je n’osais pas dire que je faisais de la lutte. J’avais même pensé arrêter, mais ma mère m’a énormément soutenue et poussée. Parallèlement, j’ai rencontré un entraîneur extraordinaire qui a su trouver les mots pour me remotiver et me redonner l’envie. C’est d’ailleurs à partir de là que j’ai commencé à faire des résultats (je suis la mieux classée de la famille au niveau fédéral et j’ai 6 couronnes!) et que j’ai pu constater que ma discipline était plus appréciée dans mon entourage que je ne le pensais avant. Même si elles font des petites blagues de temps en temps, mes copines kiffent et l’une d’elles m’a même dit:

«Je t’admire, tu oses faire des choses que tout le monde n’oserait pas faire!» Peut-être. Je ne me pose pas ce genre de questions.

Trois soeurs d’un coup

Concrètement, mon histoire avec la lutte date de 2007, alors que j’avais 7 ou 8 ans. Après avoir vu la transmission d’une Fête fédérale à la TV, mon frère aîné, Xavier, avait décidé de s’y mettre. Du coup, je voulais faire comme lui! Manque de chance, on m’a dit non, parce que «ce n’était pas un sport de filles». C’était frustrant, mais bon… j’ai rongé mon frein et j’ai fait d’autres choses – notamment de la natation de sauvetage et du kick-boxing durant trois ans.

Et puis vers 2010, j’ai enfin pu me lancer. A l’époque, on allait souvent en famille en Valais – on avait un mobile-home là-bas – et mon frère s’entraînait au club de Savièse. La reine de lutte qui s’occupait de lui nous a proposé, à mes deux sœurs et moi, de faire l’échauffement et l’entraînement avec eux. On a tout de suite dit oui.

C’est comme ça que Brigitte (l’aînée de la fratrie), Lynda (la plus jeune) et moi on s’y est mises le même jour… et qu’on s’est aussi prises au jeu!

Ça commence à prendre

Ce n’était pas très simple de s’entraîner ni de participer à des combats dans le cadre de Fêtes. Aujourd’hui, on est une vingtaine de lutteuses romandes (sur environ 150 dans tout le pays) mais dans ces années-là, il n’y avait pratiquement que nous trois et quasi pas de clubs romands qui acceptaient d’avoir des femmes sous leurs couleurs. Heureusement, petit à petit, ça s’est un peu ouvert et cette année, par exemple, on a 4 ou 5 Fêtes de lutte en Suisse romande. Ça n’a l’air de rien mais c’est énorme quand on pense que quand on a commencé, il n’y avait quasiment jamais rien pour nous!

Je ne veux pas dire que mes sœurs et moi avons été pionnières, mais d’une certaine manière, quand même…

dans les années 90, il y a eu deux-trois Romandes puis, pendant plus de dix ans, personne. En débarquant vers 2010, on a donc dû tout recommencer à la base. Dans les faits, mes parents se sont énormément impliqués pour nous quatre (depuis, mon frère a dû arrêter la lutte, notamment en raison de blessures, ma phobie!) et pour promouvoir la lutte féminine. Parallèlement, les gens ont commencé à voir les sœurs Foulk partout et tout le temps. D’une certaine manière, on est devenues des modèles pour celles qui ont envie de lutter. Elles se disent: «Puisqu’elles en font, pourquoi pas nous?» Visiblement, ça commence à prendre, puisque de plus en plus de filles s’y mettent. D’ailleurs, une Association romande de lutte suisse féminine vient d’être créée et ses responsables essaient de mettre en place un suivi des sportives et des entraînements réguliers. Tout ça, c’est bien sûr très sympa, mais j’avoue que, pour l’instant, ce qui compte le plus pour moi… c’est de lutter!

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