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«Ce spectacle a été une expérience fantastique»

Témoignage - Virginie - spectacle de la Cité du Genévrier

Virginie, 21 ans, a adoré participer au spectacle qui célébrait les 50 ans de la Cité du Genévrier - Fondation Eben-Hézer à St-Légier (VD).

© Olivier Crausaz

Le premier mot qui me vient en tête pour parler de cette aventure théâtrale c’est… fantastique! Ça m’a mis tellement de joie et de belles émotions dans le cœur!

Tout a commencé quand la Cité du Genévrier (Fondation Eben-Hézer)* a décidé de fêter ses 50 ans en demandant à René-Claude Emery, qui est un professionnel, de monter une comédie musicale avec nous, les résidents.

L’idée, c’était que chacun d’entre nous (on est 200!) ait un rôle en fonction de ses envies et de ses possibilités, bien sûr: théâtre parlé ou muet, danse, chant, percus, etc.

Aujourd’hui, j’ai 21 ans, mais j’aime me déguiser, concevoir des costumes ou des maquillages et jouer depuis que je suis toute petite. Ma maman dit même que c’est une seconde nature. J’étais donc très heureuse de participer à ce projet.

Surtout qu’entre mes partenaires et moi, ça s’est super bien passé, on a formé une belle équipe. En plus, je me suis beaucoup attachée à mon personnage, qui s’appelait Inana. Elle m’a énormément touchée, notamment parce qu’elle est à la fois triste et heureuse et que je connais bien ces sentiments doubles. Du coup, si j’ai fait quelques propositions de mise en scène de temps en temps, je ne suis absolument pas intervenue sur Inana. Elle m’allait très bien telle qu’elle était écrite!

Il m’a donné des conseils

Ce qui m’a émerveillée, aussi, c’est que pendant les huit mois de répétitions qu’il a fallu pour monter Le miroir des mondes, René-Claude, qui nous a vraiment considérés comme des acteurs et non comme des personnes en situation de handicap, m’a permis de comprendre toutes sortes de choses.

J’avais déjà fait un peu de théâtre dans une autre institution et mon prof de l’époque m’avait par exemple montré comment ne pas avoir le trac par la respiration et la concentration, ce qui m’a été bien utile, en l’occurrence. En revanche, il y a des tas de techniques ou d’éléments que je ne connaissais pas et que René-Claude m’a enseignés. Entre autres choses, en passant par différents exercices, il m’a guidée pour que je puisse être dans mon rôle tout en restant moi-même, ou donné des conseils et des indications sur comment faire vivre un personnage et faire passer ses sentiments au public.

Evidemment, tout ça m’a demandé beaucoup de travail. C’était parfois un peu compliqué de jongler entre mon travail (je suis actuellement dans un atelier buanderie où je fais du pliage et du repassage), ma vie privée, qui n’était pas très joyeuse à ce moment-là, et le théâtre. Mais je suis de nature fonceuse. Même si je n’étais pas à 100% dans mon assiette, je voulais que ça marche, j’ai donc fait ce qu’il fallait.

Apprentissage difficile

D’un côté, tous les soirs, ma maman m’a aidée à répéter mon texte (je suis externe et rentre chez moi en fin de journée). De l’autre, moi qui me braque souvent assez vite, j’ai pris sur moi pour ne pas exploser et garder mon calme même quand il y avait des choses qui m’énervaient ou qu’il y avait de petites tensions et des tiraillements pendant les répètes. Ça a d’ailleurs été un sacré apprentissage!

Et puis j’ai aussi essayé de faire mon possible pour aider mes amis, pour les encourager et les rassurer quand ils stressaient trop.

Je pense par exemple à une scène qui a été très, très dure à mettre en place. Pendant ce tableau, on devait s’énerver les uns contre les autres et se bousculer. Même si l’une des animatrices nous disait: «On met notre costume d’acteur en début de répétition et on l’enlève à la fin», mes collègues n’arrivaient pas à faire la différence entre la vraie vie et le jeu. Pour eux, on était amis et il n’y avait donc aucune raison pour qu’on soit agressifs et qu’on se pousse comme ça. Quand j’ai vu que René-Claude était à deux doigts de supprimer ce passage, j’ai décidé de les prendre en main.

En bref, j’ai organisé des réunions juste entre nous et, en leur faisant faire des exercices pratiques, je leur ai expliqué et réexpliqué que ce qui se passait dans la pièce n’avait rien à voir avec la réalité, que le théâtre, c’est justement dire et faire des choses qui ne nous correspondent pas vraiment et que ce n’est pas parce qu’un personnage se montre agressif que la personne l’est pour de vrai.

Petit à petit, ils ont fini par intégrer ça et, au final, on a pu garder cette scène. Franchement, je suis très fière d’avoir réussi à les booster comme ça!

L’envie est toujours là

Je suis très fière également du succès que nous avons eu. Nous avons joué quatre soirs à à la Salle des Remparts de la Tour-de-Peilz, en octobre 2019, et la salle était pleine à chaque fois. C’était vraiment très touchant d’entendre tous ces applaudissements. Ça me donne bien entendu envie de continuer: j’adorerais refaire un spectacle ici et j’aimerais beaucoup pouvoir présenter un rap, par exemple. Mais juste pour le plaisir, car je n’ai pas du tout de rêves de grandeur. Les paillettes-jet-set, ça ne m’intéresse pas. Il n’y a qu’aux yeux de ma famille, de mes amis et de mon chéri que j’ai envie d’être une star. Parce que ce que pensent les autres, ça m’est bien égal!

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