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Ma conversion à l’islam

Aujourd’hui, avec du recul, je me demande toujours ce qui m’a véritablement amenée à devenir musulmane et à porter le voile. J’avais 30 ans, j’étais fraîchement divorcée avec un enfant, et certainement en quête d’identité. Un jour, j’ai poussé la porte d’une librairie et j’ai acheté le Coran. Je l’ai littéralement dévoré car beaucoup de choses faisaient écho en moi. Après 9 mois d’étude des versets coraniques, comme pour une gestation, j’ai décidé de me convertir à l’islam. J’ai pris contact avec une femme musulmane de ma région afin qu’elle m’initie. Elle est venue à mon domicile et m’a fait prononcer la «chahada», l’attestation de foi. Une fois ce pas franchi, je me suis rendue dans une mosquée où la communauté m’a très bien accueillie. J’ai alors eu le sentiment de faire mon entrée dans une grande famille avec des valeurs qui me correspondaient.

Entière et passionnée, je me suis complètement immergée dans cette nouvelle religion. J’ai pris des cours d’arabe afin de comprendre et parler la langue du Coran. J’ai adopté tous les rituels et toutes les traditions musulmanes. Le changement s’est avéré radical puisque je devais prier cinq fois par jour. Mes journées commençaient à l’aube, avec la première prière à 3 heures du matin en été.

Mais quand ma famille a appris ma conversion, elle a très mal réagi. Ma mère a cru que j’étais devenue folle, car elle sait que je suis de nature très indépendante. Pour elle, c’était impossible que je décide de me convertir à l’islam de mon propre chef. Le débat entre nous a été houleux et nous avons fini par couper les ponts.

Toute ma vie s’est mise à tourner autour de ma foi

Alors que j’étais active professionnellement, je ne rêvais que d’une chose: me marier avec un musulman et me consacrer entièrement à ma famille et à Allah. C’est ce qui s’est en partie produit, puisque j’ai rencontré un pratiquant qui m’a épousée. Sauf que lui ne voyait pas les choses de la même façon que moi. Il souhaitait que je continue à travailler afin d’assurer des revenus réguliers, ce que j’ai fait. Quelque temps après notre mariage, j’ai donné naissance à un fils.

C’est à ce moment-là que j’ai décidé d’assumer au grand jour celle que j’étais en portant le voile. Je savais que cela ne serait pas facile d’afficher mes croyances, mais cela a été encore pire que ce que j’imaginais. Dans la rue, j’ai dû affronter les regards noirs ou fuyants, les gens qui changent de trottoir et les insultes. A moi, Suissesse, on disait: «Dégage, retourne dans ton pays!» Ces agressions permanentes n’étaient pas faciles à vivre, mais d’une certaine manière cela a renforcé ma détermination. Je suis devenue très active dans la communauté. Face aux médias, j’avais le rôle de porte-parole pour défendre la cause des femmes musulmanes. L’islam était devenu «mon petit monde».

Prête à tout endurer par conviction

A côté de ça, ma vie était conditionnée par les obligations et croyances liées à ma religion. Il n’était pas question de sorties au cinéma ou au restaurant. Je n’osais plus serrer la main de quelqu’un et encore moins faire la bise. Si on sonnait à la porte de mon appartement, je devais absolument me couvrir de la tête aux pieds avant d’ouvrir. Mes enfants souffraient du fait que je ne puisse pas aller avec eux à la piscine, «comme toutes les autres mamans». Mon mari a finalement trouvé son compte dans cette «soumission». Il pouvait sortir librement alors que moi j’étais cantonnée à la maison. Nos rapports se sont progressivement dégradés et nous avons fini par divorcer, à l’issue de douze ans de mariage.

Après avoir consacré une quinzaine d’années de ma vie à l’islam, les premiers doutes sont apparus quand j’ai remarqué que mes enfants n’étaient pas traités de la même façon que les autres à l’école. Le fait que mon choix de vie ait des conséquences sur eux m’a beaucoup affectée. Comment pouvaient-ils subir cette discrimination alors qu’ils n’avaient rien à voir dans tout ça? Puis j’ai fait une rencontre déterminante avec un scientifique d’origine arabe, avec qui j’ai eu une longue discussion. Il a soutenu que Dieu n’existait pas, tout en se basant sur des arguments scientifiques.

Selon lui, l’idée de devoir souffrir pour aller au paradis n’était qu’un leurre pour asservir les gens. Cela m’a fait beaucoup réfléchir. Je me suis demandé si le jeu en valait effectivement la chandelle. Ces dernières années, j’avais tout encaissé sans broncher: les insultes dans la rue, les téléphones anonymes, les faire-part de décès dans ma boîte aux lettres, et j’en passe. J’ai donc décidé de conclure un «deal» avec Dieu. Je lui ai dit: «J’ai fait de nombreux sacrifices pour toi, si longtemps, prouve-moi que cela en vaut la peine et que cela a un sens.» Mais je n’ai eu aucun signe de sa part et aucun changement dans ma vie ne s’est opéré. J’ai alors réalisé que je me privais beaucoup pour obtenir quelque chose qui n’arriverait peut-être jamais. J’ai alors décidé de reprendre ma vie là où je l’avais laissée quinze ans auparavant.

Une sensation de liberté

Je me souviens très bien du jour où j’ai enlevé mon voile. J’étais dans ma voiture et je me suis mise à transpirer à grosses gouttes, comme si je venais de commettre un crime. Le vent faisait voler mes cheveux et j’ai éprouvé un sentiment de libération. Je me rendais en France, et pour la première fois depuis longtemps on m’a arrêtée à la douane pour me demander mes papiers: ça ne m’était plus jamais arrivé car ce n’est pas politiquement correct de contrôler une femme voilée. Je me suis sentie à nouveau considérée comme une citoyenne, je retrouvais en quelque sorte mon identité.

Suite à ce choix de reprendre ma liberté, la communauté dans laquelle j’étais intégrée m’a tourné le dos. J’ai ressenti ce rejet comme une trahison. Comme j’avais rompu les liens avec mon entourage durant toutes ces années, j’ai dû tout reconstruire. Cela a pris du temps. Mais aujourd’hui j’ai retrouvé le bonheur de pouvoir voyager, sortir avec des amis et j’ai une vie affective épanouie. Quand je pense à cette période de ma vie, j’ai l’impression de m’être trompée de voie et d’avoir perdu beaucoup de temps. Pourtant je n’ai aucun regret. Mon regard est tourné vers l’avenir.

* Nom connu de la rédaction

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