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«Belonne et Bobine sont mes animaux de compagnie»

Photo corinne sporrer Vecu Emilie et ses vaches

Pour m’occuper de Bobine et Belonne j’ai la chance d’être entourée de vrais éleveurs – dont certains font partie de la famille – qui me conseillent et m’aident, notamment pour les documents administratifs, car il me reste encore beaucoup à apprendre.

Rien ne me destinait à adopter deux vaches d’Hérens, à 1200 m d’altitude, dans le val d’Illiez (VS). Née à Orléans (F), fille de médecins, j’ai grandi dans une famille où la culture, l’histoire et la politique tenaient le haut du pavé. Passionnée d’art, mais aussi un peu scientifique dans l’âme, je me suis orientée vers un bachelor en expertise et commerce de l’art, axé sur le mobilier et les objets d’art. Peu à peu, je me suis spécialisée dans la verrerie française et plus particulièrement dans les flacons de parfum du début du XXe siècle, leur histoire, leur provenance.

L’expertise, c’est mener une enquête, souvent passionnante et cela étanchait ma curiosité toujours en éveil. Parallèlement, j’ai entrepris un Master of Arts, History and Busines of Art and Collecting à l’Institut d’études supérieures des arts, à Londres, en partenariat avec l’Université de Warwick. Diplôme en poche, je comptais rester en Grande-Bretagne, lorsqu’une offre d’emploi s’est présentée.

Ayant travaillé dans les ventes aux enchères à Paris dans ma spécialité, je connaissais un peu tout le monde dans le milieu des flacons de parfum historiques et j’ai même collaboré à l’écriture de trois livres sur le sujet. Alors, quand un grand collectionneur établi en Suisse romande a voulu monter un musée, il m’a contactée. C’était une mission de quelques mois, mais la collection était importante et les recherches historiques à effectuer étaient larges. Il s’agissait également de faire un inventaire et d’indiquer des pistes pour des achats futurs. Bref, un job passionnant.

Qu'est ce que je fais là!

C’était aussi l’occasion de découvrir un nouveau pays. J’étais logée à Val-d’Illiez. Je me souviens de mon arrivée, un dimanche de février, moi la citadine, la Parisienne, la Londonienne… la route n’arrêtait pas de monter, la nuit était tombée et je réalisais que les lumières des villes s’éloignaient lorsque la voiture s’est finalement arrêtée. Je croyais avoir pensé à tout: la vignette, les pneus d’hiver… mais je me suis retrouvée dans un coin totalement isolé, seule au monde. Tout semblait fermé et mon futur patron, pressé, a rapidement fait demi-tour. Le lendemain matin, ma fenêtre donnait sur une vue magnifique, mais je me demandais bien où j’étais tombée.

Du coup, j’ai été prise d’une frénésie de voyages: les châteaux d’Argovie, le Tessin, la Landsgemeinde, la lutte suisse… jusqu’à cette proposition d’assister à un combat de reines. Peu au fait, je comprends rennes et je me demande ce que ces animaux viennent faire là. J’ai été agréablement surprise. Je craignais d’assister à une sorte de tauromachie des Alpes et j’ai découvert des éleveurs proches de leurs bêtes, des vétérinaires aux petits soins, des vaches pas forcées de combattre et fières de parader lorsqu’elles gagnaient. Le tout dans une bonne ambiance.

Peu à peu, j’ai rencontré du monde et notamment mon compagnon, qui est de Val-d’Illiez. Du coup, mon intégration a pris des allures de 100 mètres! Je me suis mise à apprendre un peu de patois et à m’intéresser à la vie du coin. Comme le frère de mon ami est éleveur, avec leur maman, ils m’ont fait monter les vaches, des holsteins, à l’alpage. J’étais un peu perdue, mais elle m’a dit quoi faire et c’était passionnant de participer de l’intérieur. Avant ça, les rares fois où j’avais croisé des vaches, on m’avait bien recommandé de ne pas sortir de la voiture. C’était un sacré changement!

Nous nous sommes apprivoisées

Par ailleurs, le père de mon ami possédait une vache d’Hérens qui avait fait deux veaux. Je lui donnais régulièrement du pain. Un jour, elle a été vendue et ça m’a fait bizarre, j’avais pris l’habitude de la voir et je m’y étais attachée. Il restait toutefois ses deux filles, qui étaient parquées dans un pré, pas très loin de notre maison. Je les voyais tous les jours, mais j’en avais peur. Je restais derrière le fil et les caressais un peu. Nous avons pris une bonne année à nous apprivoiser mutuellement.

Maintenant, je passe du temps avec elles, je leur parle et je les caresse, elles ne sont d’ailleurs – elles non plus – plus aussi peureuses qu’au début. Lorsqu’elles me voient venir, elles arrivent au galop. Pour m’occuper de Bobine et Belonne j’ai la chance d’être entourée de vrais éleveurs – dont certains font partie de la famille – qui me conseillent et m’aident, notamment pour les documents administratifs, car il me reste encore beaucoup à apprendre.

Cadeau de Noël

Les parents de mon ami m’ont volontiers laissé m’en occuper. Toutefois, à un moment, Bobine n’étant pas portante, elle a failli être vendue. Ce jour-là, j’ai tenu sa tête dans mes mains et j’ai pleuré. Je m’étais promis de les sauver toutes les deux, mais je me rendais bien compte que je pourrais bien échouer. J’ai négocié, proposé de tout financer afin de les garder. Non seulement ils ont accepté, mais mon ami et son père m’ont offert Bobine et Belonne à Noël dernier.

Depuis, elles sont portantes et vont faire leur veau courant novembre.Tous les matins et tous les soirs, comme d’autres promènent leur chien, je vais les voir, je vérifie l’eau, je change la paille de leur couche et leur donne à manger. Lorsqu’elles sont à l’alpage, je monte presque chaque jour pour voir si elles vont bien. Je les gratte, les caresse, leur donne du pain.

Elles montrent qu’elles aiment ça, viennent quand on les appelle, donnent des coups de langue, de vrais animaux domestiques.

La passion, tout est là!

Le matin, lorsque je prends mon café devant la maison, elles meuglent pour dire bonjour. Les voir vivre, contentes, ici ou à l’alpage, sans blessures malgré les combats avec leurs congénères, me satisfait. Finalement, j’ai les mêmes responsabilités que si je possédais deux chiens: comment faire pour partir en vacances, les bobos du quotidien, la nourriture, l’hygiène, en somme leur bien-être…

Du coup, je suis restée ici, même après la fin de ma mission temporaire. Je suis galeriste d’art contemporain à Montreux. C’est une activité passionnante que d’encadrer des artistes, les accompagner, croire en eux et faire le maximum pour que d’autres personnes y croient aussi et achètent leurs œuvres. Bien sûr, c’est un peu le grand écart entre deux mondes. Toutefois, je crois que ce qui les lie, c’est mon insatiable curiosité et, finalement, la passion que je porte aux autres, aux artistes comme à mes animaux de compagnie. Tout est là.

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