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«Je vis de ma passion: le dessin de poyas»

Vecu Simon Poya Corinne Sporrer

«Je côtoie chaque jour les grands espaces depuis ma feuille de papier. Je donne vie à cet univers parallèle fantastique et si proche de nous en même temps.»

Quand j’étais petit, je passais mon temps à reproduire des dessins animaliers, une passion transmise par mon père. J’étais aussi un grand fan d’aventures et de mondes magiques, que je crayonnais souvent. A l’époque, je ne pensais pas que j’en ferais un jour mon métier. D’ailleurs, lorsque est venu le temps de choisir mon apprentissage, la seule chose que je savais, c’est que je ne voulais pas être derrière un ordinateur.

Je me suis lancé dans une formation de polymécanicien. L’idée de fabriquer des pièces me plaisait bien. J’ai travaillé pendant 3 ans comme monteur CNC, des machines-outils numériques. J’aimais beaucoup, mais j’avais envie d’autre chose… plus… je ne sais pas… d’un travail qui correspondait davantage à qui j’étais vraiment. J’ai hésité. Longuement. Une école d’ingénieur? Continuer dans la technique? L’architecture? Le design industriel? Par hasard, je suis tombé sur une annonce de l’Ecole d’arts appliqués de La Chaux-de-Fond. Ça m’a tout de suite parlé.

Des collections entières pour rien

J’ai terminé l’Ecole en 2012, seuls deux d’entre nous avaient obtenu le diplôme. Ce n’était pas facile, mais j’étais fasciné par la création de designs de montres, l’esthétique, la constance qu’il y avait derrière. J’ai alors cherché un emploi dans l’horlogerie. J’ai envoyé au moins 150 offres partout: grandes, petites entreprises, bureaux de design, répondu au peu d’annonces publiées. Je n’avais jamais le profil: «C’est vous, mais pas vous». Et il ne s’agissait pas seulement d’envoyer un CV. Non! C’étaient des dossiers complets, des collections qu’il fallait imaginer, créer. Tout ça pour rien.

Le secteur commençait tout juste à reprendre du poil de la bête. Personne ne voulait prendre le risque de parier sur un jeune fraîchement sorti de l’école. J’étais tellement déçu, déçu par ce milieu, par le fait d’avoir investi autant dans une formation qui n’aboutissait à rien. Une vraie frustration. Je suis alors rentré en Gruyère.

Licenciement

A ce moment-là, j’ai ouvert une page Facebook avec mes projets, ArtSimon. Je suis retourné travailler dans mon ancienne boîte, mais au département marketing. J’avais quand même acquis de nouvelles compétences depuis. Ma page Facebook a alors commencé à attirer de plus en plus de monde. C’était fou. Je ne crois pas que j’aurais pu faire connaître mes dessins sans la viralité des réseaux sociaux. Je recevais de plus en plus de demandes. Petit à petit, j’ai pu baisser mon temps de travail.

Et puis un jour, je me suis fait licencier. Mon entreprise fusionnait avec une autre. Le département marketing a été sacrifié. Rechercher un emploi dans l’horlogerie? Je n’en avais pas la force. Tous ces dossiers pour qu’à la fin on m’annonce: «Vous êtes finaliste pour une place de stage d’une année non payée» et ne même pas l’obtenir. Je ne voulais pas revivre ça. Un boulot à temps partiel dans l’industrie? Ça ne me disait pas non plus. Alors, je me suis lancé.

Je me demande d’ailleurs si ce licenciement n’était pas une perche. Le risque n’était pas énorme. Pour dessiner je n’ai besoin de rien. Du papier, mes crayons, une table. Je me disais: «Allez, essaie six mois!» Au bout de six mois, j’avais tellement de travail que j’ai continué. Ça fait maintenant deux ans et les commandes continuent de tomber.


Les poyas, j’en ai toujours dessiné. Il y en avait une chez mon grand-père. C’est marrant, car je n’ai jamais monté les vaches à l’alpage ni participé à une désalpe. Mais les dessins de poyas allient tout ce que j’aime: la nature, la montagne, les animaux. C’est aussi beaucoup de travail, de 200 à 300 heures pour une pièce. C’est un art qui est très présent dans l’âme des gens d’ici et du canton de Fribourg. Par contre, moi, je les dessine au crayon papier. J’aime redonner naissance à cet art en y ajoutant une touche de modernité. D’ailleurs je ne sais pas si je respecte le cahier des charges de la poya.

Quand je parle aux anciens, personne n’arrive à me dire exactement ce qu’il faudrait y inclure: un char à l’avant, à l’arrière, des cloches? Je ne sais pas. Alors je laisse le choix aux gens et je tente de faire vivre leurs envies dans mes dessins. S’ils veulent que leur vache favorite, Marguerite, soit représentée, je la représente.

Se laisser surprendre

C’est important, pour moi, de continuer à perpétuer la tradition. La poya fait partie de notre ADN et j’ai envie d’aider à sauvegarder ce patrimoine. Toutefois, le style à plat d’antan, à l’égyptienne, c’est clairement terminé. Il faut savoir saisir l’air du temps et j’ai de la chance, mon style épuré plaît. Je souris quand je pense qu’aujourd’hui j’ai beaucoup de contacts avec des personnes de l’horlogerie, beaucoup plus qu’à l’époque où j’aurais tout fait pour travailler dans ce secteur. Ils achètent mes œuvres.

Ce travail, c’est vraiment le mieux que je puisse faire. Je ressens toujours la même liberté quand je dessine que lorsque j’étais enfant. Ça reste une grande aventure.

Je côtoie chaque jour les grands espaces depuis ma feuille de papier, je donne vie à cet univers parallèle fantastique et si proche de nous en même temps. Je voyage chaque jour, parfois pas très loin, je dessine souvent le Moléson! Mais je ne m’en lasse jamais et je continue à me laisser surprendre.

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