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J'ai testé pour vous: la quête de l'ikigaï

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Trouver son ikigai est cette sensation de faire une activité qui nous passionne, pour laquelle nous nous sentons utiles et avec laquelle nous pouvons être rémunérées.

© Getty

«Prêt.e à oublier le bouton snooze?», annonce la page (accueil) du site fire-up.ch. «Trouve ta raison d’être, celle qui va te donner énergie et motivation, ta raison de te lever le matin!» C’est ce que promet l’ikigaï, concept japonais qui signifie raison d’être ou joie de vivre. C’est également l’outil choisi par Betty Unternährer et Julie Charef pour lancer leur activité de coaching sous l’enseigne de Fire Up.

«Trouver du sens, tant au niveau personnel que professionnel, est une question d’actualité et nous souhaitons aider les autres à y répondre», expliquent le pétillant tandem féminin.

Sortir de la spirale métro-boulot-dodo et trouver son modjo? On a signé tout de suite!

Fichue zone de confort

Pour transmettre les bienfaits de l’ikigaï, Betty et Julie ont choisi la forme collective et établi un programme sur un mois, soit trois ateliers de deux heures et demie à quatre heures, complétés d’un entretien individuel de deux heures. Je me suis donc retrouvée un mercredi soir dans un espace de coworking garni de grandes feuilles, stylos, cahiers, stickers et snacks chocolatés à volonté, avec un groupe de gens en pause dans leur carrière ou en quête d’un nouveau défi.

Pas fan de la promiscuité, j’ai dû prendre sur moi pour participer et échanger avec mes camarades, au demeurant adorables et bienveillants. Et c’est l’un des buts de cette démarche: sortir de sa zone de confort. Dès le premier cours, les barrières tombent grâce à quelques exercices à faire à deux, comme s’interviewer mutuellement pour que ce soit votre voisine de table qui vous présente au groupe.

Au fil d’activités et d’étapes ludiques, mais néanmoins exigeantes, on remplit le schéma de l’ikigaï. Il se présente en quatre cercles entremêlés façon diagramme de Venn. On y liste respectivement:

- ce qu’on aime faire

- ce pour quoi on est compétent

- ce pour quoi on pourrait être payé (en argent ou en reconnaissance)

- ce dont le monde a besoin...

Au centre se trouve l’ikigaï, le Graal. Le processus reste réaliste, il ne s’agit pas de tout quitter pour aller faire du fromage en Ardèche ou des caïpirinhas à Itacaré. Selon la philosophie japonaise, on applique la technique des petits pas, pour que la transition se fasse dans les meilleures conditions et sans douleur.

«Pour nous, trouver notre ikigai c’est avoir cette sensation de faire une activité qui nous passionne, pour laquelle nous nous sentons utiles et grâce à laquelle nous pouvons être rémunérées. C’est la maxime: «Choisis un travail que tu aimes, et tu n'auras pas à travailler un seul jour de ta vie», résume le duo de Fire up.

Bien qu’une des activités de l’atelier implique une baguette magique (la création d’un «moodboard» exprimant la vie dont on rêve), il n’y a pas de miracle. Ce travail d’introspection demande pas mal d’investissement et le changement désiré ne se fera pas tout seul. Au final, j’en ai appris pas mal sur moi-même, notamment grâce au test de l’ennéagramme, qui permet de définir son type de personnalité, ainsi que les métiers et secteurs d’activités associés. J’ai pris conscience que j’étais sans doute capable de faire un tas d’autres choses de ma vie, même si mon ikigaï tourne sans surprise autour de l’écriture!

Spécificité culturelle

Au-delà de son aspect ludique et exotique, l’ikigaï s’apparente à un bilan de compétences, «une étape qui devrait faire partie du parcours professionnel de toute personne, selon Koorosh Massoudi, maître d’enseignement et de recherche à l’institut de psychologie de l’Université de Lausanne. Ce spécialiste du monde du travail officie au service de consultations psychologiques de l’Unil, un bureau installé au centre-ville de Lausanne et ouvert à tous pour des bilans de compétences, justement, et des conseils en matière d’orientation et de gestion de carrière. Il est au premier rang pour constater que la quête de sens préoccupe de plus en plus d’employés sur un marché devenu très instable.

Dans ce climat, les divers courants de développement personnel promettent monts et merveilles! «Nos outils sont plus valides scientifiquement, mais ils ont un côté froid. Ils parlent moins aux gens que les méthodes alternatives ou créatives qui ont une aura magique, reconnaît Koorosh Massoudi. Pourtant les similitudes sont multiples. Dans les deux approches, on s’interroge sur ce qu’on aime et ce pour quoi on peut être payé. L’ikigaï insiste sur le côté émotionnel, «ce pour quoi je suis fait». Historiquement, la psychologie de l’orientation s’est toujours intéressée à la vocation, ce qui est pareil.»

L’ikigaï est très ancré culturellement. Si en Asie, on parle du concept d’harmonie, l’Occident préfère le terme de «fit», soit d’ajustement au milieu professionnel. Ainsi, plus que trouver un job idéal, on essaie d’optimiser sa capacité à trouver sa place, à retomber sur ses pattes en cas de problème.

«Tout miser sur un emploi est dangereux car quand on le perd, on perd tout, met en garde Koorosh Massoudi. Les candidats au burn-out sont souvent des gens surinvestis dans leur travail. L’une des clés du bien-être passe par un certain détachement, un désengagement, ce qui peut paraître paradoxal.»

Et là, les Japonais ont tout compris! La partie «ce dont le monde a besoin» du schéma ikigaï prend ici tout son sens. «Cet aspect revient en force chez nous, constate le psychologue. Au Japon, il a toujours eu sa place. Il y a une culture de l’abnégation propre à ce pays, alors qu’ici on reste très individualiste. S’interroger sur ce qu’on peut apporter au groupe, à la société, permet de donner du sens à l’activité.»

Julie et Betty ont également été séduites par la spécificité culturelle de la méthode qu’elles ont choisie pour leurs ateliers. Elles sont persuadées que l’ikigaï est LA réponse à la toxicité du monde du travail actuel:

«En fait, ce concept est arrivé dans nos contrées parce que les Européens étaient fascinés par la résilience des Japonais, même lors de graves catastrophes. Quand on leur demandait leur secret, ils répondaient: Ikigai. Savoir que nous contribuons à plus grand que soi, que nous sommes sur le bon chemin donne de l’énergie et du courage au quotidien pour traverser les difficultés.»

Hémisphère droit du cerveau

Les ateliers de Fire up comportent également une partie créative. L’exercice du «moodboard» n’a pas été facile pour tout le monde. Il permet pourtant de visualiser le but à atteindre.

Philosophe et formatrice d’adultes depuis 26 ans, Claude Evelyne Wilhelm croit fermement aux vertus des approches créatives lors des phases de transition professionnelle. Dans son centre lausannois, Intervalle, elle pratique tant des bilans classiques que d’autres moins conventionnels, s’adaptant aux besoins de la personne. «Le fait de recourir à des outils stimulant la créativité intuitive permet aux personnes d’ouvrir d’autres portes, parfois inattendues et surprenantes, développe l’art-thérapeute. Cela permet de contourner les habituelles définitions de soi et les barrières du mental. Avec des outils qui ne font appel qu’au langage verbal et au mental, on risque de passer à côté de soi-même, en n’utilisant qu’une moitié de notre cerveau. Les approches par l’image, la métaphore, la visualisation créatrice, permettent d’utiliser TOUT notre cerveau.»

Avec ces méthodes, Claude Evelyne Wilhelm répond à cette quête de sens, de valeurs qui motivent. «En se reconnectant à notre partie créative, nous allons directement rencontrer notre «vrai Moi», cette partie en nous qui sait; ce qui est juste et bon pour nous, bien sûr, mais aussi quel est notre don et ce que nous avons à apporter au monde. Et alors là, OUI, on retrouve des raisons de se lever le matin!»

Informations pratiques

Dates des prochains ateliers sur fire-up.ch
Pour aller plus loin: Vivre l’instant présent avec l’ikigaï, Odile Noël-Shinkawa, Editions Eyrolles

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