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Trois générations nous racontent leur vie de maman

Fêtes de mères: trois générations nous racontent leur quotidien de mamans

D'Anne-Marie, à gauche, 93 ans, à Zélie, en passant par Emma, 37 ans et Claire, 70 ans, ces trois générations de femmes d'une même famille ont vécu des vies bien différentes.

© Anne-Laure Lechat

Dans le petit jardin de l’appartement lausannois d’Emma, qui sert de cadre printanier aux prises de vues de cet article, c’est l’effervescence. Pendant qu’Anne-Marie, 93 ans, sourit à l’objectif en majesté sur une chaise de jardin, Emma, 37 ans, tente d’empêcher Zélie, endimanchée pour l’occasion, d’entreprendre le terrassement du parterre de fleurs. Claire, 70 ans, la grand-maman, en parfaite incarnation de la génération sandwich prise entre parents vieillissants et petits enfants remuants, est attentive au bon équilibre de sa maman tout en veillant à occuper Lucien, 5 ans, un peu jaloux de cette attention soudaine portée aux membres féminins de sa famille.

Ce clan, où quatre générations de femmes et de filles se succèdent, est un parfait exemple de ces tribus actuelles où, allongement de l’espérance de vie oblige, les âges cohabitent. Un même sang, mais des trajectoires très différentes pour la lignée de mamans, chacune représentative des mœurs de son époque. Lorsqu’on évoque la charge mentale, ce concept sociologique qui fait le buzz et délie les langues des mères au bord de la crise de nerfs, Emma s’identifie immédiatement. Tandis qu’Anne-Marie et Claire s’interrogent.

Charges multiformes

La définition classique, mise en forme par la chercheuse québécoise Nicole Bais, parle du «travail de gestion, d’organisation et de planification qui est à la fois intangible, incontournable et constant, et qui a pour objectif la satisfaction des besoins de chacun et la bonne marche de la résidence». On le voit, il s’agit sans doute du lot commun de toutes les mères, hier comme aujourd’hui. Au fil des ans, toutefois, entre retour au travail des mères, recherche de partage des tâches dans le couple et développement personnel, les choses se sont compliquées.

Ainsi l’Office fédéral de la statistique relève-t-il que la proportion des mères qui travaillent n’a fait qu’augmenter depuis les années huitante pour même tripler depuis 1990. Aujourd’hui, à l’image d’Emma, fleuriste à 40%, deux tiers des jeunes mères ont un emploi. C’était loin d’être le cas au début du siècle dernier quand Anne-Marie, mariée et maman à 18 ans, a commencé sa vie de femme au foyer.

A cette époque également, en plein baby-boom, le taux de fécondité flirtait avec le chiffre de trois enfants par femme alors qu’il ne dépasse guère 1,6 aujourd’hui.

Au boulot les papas et à la maison les mamans où, la tête dans le guidon, du ménage aux enfants, les mères de l’époque n’avaient guère le temps de penser à elles, comme nous le raconte Anne-Marie (lire p. 12), dont l’époux, fonctionnaire à Lausanne, rentrait à leur maison de Cully (VD) pour le repas de midi. Emma, elle, jongle entre son boulot, sa maison, et ses aspirations personnelles. Mère à 32 ans, elle a eu le temps, comme sa maman Claire, d’avoir une vie de femme avant d’avoir ses enfants et aspire, tout en savourant le moment présent, à la retrouver un jour… car c’est peut-être aussi cela vouloir en finir avec la charge mentale: laisser libre cours à cette petite part d’égoïsme qui sommeille en nous. Vouloir être une femme, et pas seulement une mère. Bonne fête à toutes!


© Anne-Laure Lechat

Anne-Marie friedli, 93 ans; «Quand mon mari rentrait, tout était prêt», et sa fille Claire

De son enfance à Chexbres (VD), où elle est née et a grandi, Anne-Marie ne garde que de bons souvenirs, entourée de son papa cantonnier, de sa maman garde-barrière et de ses deux frères aînés. Un mode de vie simple, très proche de celui qu’elle-même a connu lors de sa vie de femme.

«A 18 ans, j’ai rencontré mon mari à un bal de société locale, puis nous nous sommes mariés.»

Pour s’installer, le couple n’a pas à voyager bien loin, c’est à Cully (VD) qu’ils occupent immédiatement un appartement sis dans la maison de la belle famille. En 1948 naît Pierre, en 49 Claire puis en 50 Jeanine. Un enchaînement qui surprend de nos jours: «J’étais jeune, en bonne santé et à l’époque on n’avait pas la pilule je vous rappelle! J’ai quitté mon emploi d’assistante dentaire tout de suite sans même me poser la question. C’était comme ça.»

A la maison, Anne-Marie assure et assume toute la bonne marche du foyer: «Quand mon mari, fonctionnaire à l’État de Vaud, à Lausanne, rentrait le soir, tout était fait. On avait un jardin pour se nourrir, je cuisinais, je cousais les vêtements, je surveillais les leçons des enfants.» Les vacances? «La paie de fonctionnaire ne permettait pas de faire grand-chose à cinq. Et on n’avait même pas de voiture. On allait au bord du lac ou on partait à pied à la tour de Gourze, mais c’était bien. La vie en famille était ce qu’il y avait de plus important. La vie sociale était moins riche que maintenant.»

Côté stress, Anne-Marie concède ne pas en avoir ressenti énormément: «Les fins de mois étaient parfois un sujet de conversation avec mon mari. On en discutait ensemble le soir et si quelque chose ne rentrait pas dans notre budget, on ne le faisait pas, c’est tout.»

Selon une étude mondiale, les femmes travaillent plus que les hommes


©Anne-Laure Lechat

Claire chollet, 70 ans; «J’ai voulu que mon travail soit reconnu», et sa fille emma

«Ma maman a été parfaite, jamais dans l’angoisse ni la surprotection», déclare Claire à propos de celle qui s’est consacrée corps et âme à les élever, elle et ses frères. Leur différence? «Elle était très organisée et jamais tellement stressée en apparence. Moi, je suis d’un caractère plus anxieux, donc, dans les petits couacs de la vie, c’était parfois un peu plus difficile.» Laborantine de formation, Claire quitte sans hésitation ce métier qu’elle a exercé pendant 7 ans pour élever ses deux enfants, Vincent et Emma, nés en 1980 et 1981. Toutefois, elle travaille avec Henri, fils de vigneron, qu’elle a épousé en 1973.

A ses côtés, Claire s’investit à fond, que ce soit au moment de créer leur propre domaine dans les années 70 ou de reprendre les terres familiales de Villette (VD), des années plus tard. «C’était une époque plus facile à vivre, on trouvait facilement de l’aide, des financements pour boucler des budgets et concrétiser des idées. Sur le domaine, j’ai rempli plein de rôles différents: suivre la comptabilité, aider aux travaux du printemps, assurer les repas du personnel, faire déguster les clients… un vrai métier, dont j’avais parfois l’impression que les enfants ne mesuraient pas l’importance, car j’étais finalement toujours disponible pour eux à la maison.» Côté poids des responsabilités, Claire estime qu’elles étaient peut-être mieux partagées que ce qu’avait connu sa maman:

«Mon mari n’était jamais très loin, mangeait avec nous midi et soir et a une personnalité plus calme et optimiste, donc il était bien disponible s’il fallait discuter avec les enfants.»


©Anne-Laure Lechat

Emma chollet, 37 ans; «La charge mentale, c’est surtout le fait de devoir tout anticiper», et sa fille zélie

En couple depuis 13 ans avec Florent, le papa graphiste de ses deux enfants – Lucien, 5 ans, et Zélie, 2 ans – qu’elle a rencontré pendant ses études d’arts appliqués, Emma est aujourd’hui fleuriste à 40%, à Lutry (VD). Elle juge cette activité professionnelle en dehors de la maison indispensable à son épanouissement personnel; même si, parfois, elle avoue «envier le côté calme de la vie de ma mère et de ma grand-maman, elles se posaient moins de questions, vivaient plus naturellement».

Des questions justement, la jeune maman s’en pose. «La charge mentale qui nous incombe souvent à nous, les femmes, c’est ça, le fait de devoir tout anticiper, prévoir la semaine, réagir lorsqu’ils sont malades. C’est parfois épuisant! Et puis maintenant, on ne peut pas se permettre de se concentrer uniquement sur la gestion de la maison.» Même si elle concède que, comme bon nombre de néo-papas, son compagnon assure au quotidien. «On a un bon partage des tâches. Je fais la cuisine parce que j’aime ça, lui est plutôt ménage et, quand il s’agit des enfants, il n’y a rien qu’il ne sache faire. En ce qui concerne le budget familial, il s’acquitte des gros paiements et je suis plutôt dans tout ce qui est courses, entretien des enfants.»

Passionnée de couture, Emma, qui aime aussi le sport, remarque qu’il est parfois compliqué de trouver du temps pour soi ou pour une vie sociale en dehors de la maison. «Les enfants sont petits et ça va changer, mais faire des choses en couple, ou avec nos amis sans les enfants, c’est mission quasi impossible pour le moment, même si les grands-parents sont toujours disposés à donner un coup de main.» Très proche de sa famille dont elle aime les rituels, Emma juge indispensable l’ouverture sur l’extérieur.

«Les personnes d’une autre génération considèrent parfois que c’est un peu dommage que les enfants soient à la crèche avec des inconnus. Moi, je pense que c’est une chance qu’ils puissent aussi tisser des liens avec des personnes en dehors du cercle familial.»

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