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Algorithme addictif

Reines de TikTok: ces Suissesses qui mènent le bal sur le réseau

Reines de TikTok: ces Suissesses qui mènent le bal sur le réseau

Le divertissement n’est pas le seul atout de la plateforme: les contenus artistiques ou engagés y fleurissent aux côtés des reproductions de tendances.

© LA MAYO

Ce geste, notre index le réalise automatiquement: swiper de bas en haut, afin de faire défiler de courtes vidéos présentant une infinité de trends. Recettes rapides, chorégraphies virales, sketchs rigolos ou hacks beauté – rythmés par la bande-son la plus cool du moment – sont ainsi visionnés des millions de fois. Véritable tremplin pour les influenceurs, le réseau social transforme aisément les internautes en superstars du web. Il suffit parfois d’une seule vidéo de 15 secondes pour toucher la lune, alors qu’on osait à peine rêver d’étoiles.

Rien d’étonnant, puisque ces contenus brefs et dynamiques ont quelque chose d’addictif: «Le scroll infini et les sélections de l’algorithme provoquent un effet semblable à celui des machines à sous, explique le psychologue FSP Julien Borloz, actif sur TikTok. Comme la plateforme nous propose toujours des vidéos inédites, issues de comptes qu’on ne connaît pas, notre curiosité est constamment attisée. Le format court et le design plein écran nous happent, tandis que ces surprises qui s’enchaînent à des intervalles aussi brefs sont liées à de petits shots de dopamine: l’anticipation de la vidéo suivante nous tient en haleine.» Notons toutefois que le divertissement n’est pas le seul atout de la plateforme: les contenus artistiques ou engagés y fleurissent aux côtés des reproductions de trends. Ainsi, Julien Borloz évoque la campagne de sensibilisation créée en 2020 et menée par des jeunes femmes qui se filmaient en montrant les vêtements qu’elles portaient le jour où elles avaient subi un viol. Poignant.

Nouvelles stratégies

Si TikTok doit son règne à la dévotion des jeunes, d’autres tranches d’âge les y ont rejoints: «La moyenne d’âge des utilisateurs et utilisatrices de TikTok est actuellement de 23 ans, alors qu’elle ne dépassait pas 17-18 ans en 2019, souligne Matthieu Corthésy, spécialiste réseaux sociaux à la HEP Vaud. La plateforme est en train de mettre en place de nouvelles stratégies pour attirer d’autres générations et vient juste d’annoncer que la longueur maximale des vidéos va passer à dix minutes. C’est ce que font toutes les plateformes, dans le but de capter le plus de public possible.» Mais en intégrant ces nouvelles fonctions, TikTok ne risque-t-il pas de perdre son caractère unique et devenir un deuxième YouTube?

«Les réseaux sociaux, surtout lorsqu’ils deviennent aussi populaires, possèdent un cycle de vie, répond notre expert. On le voit par exemple avec Instagram qui est en passe de se facebookiser. Sans doute que le même phénomène se produira pour TikTok et qu’une nouvelle plateforme phare apparaîtra d’ici cinq ou six ans.»

D’ici là, le réseau et ses adeptes ont encore de beaux jours devant eux: en janvier, le magazine Forbes révélait le nom des tiktokeuses les plus fortunées au monde pour l’année 2021, annonçant que les Américaines Addison Rae, Charli et Dixie d’Amelio ont réussi à gagner plus de 55 millions de dollars à elles trois, en collectionnant vues, likes et collaborations. En effet, depuis 2020, la plateforme rémunère ses stars dès qu’elles atteignent le million de vues: la Suisse fait toutefois exception à cette règle, sachant qu’elle ne figure pas parmi les pays ayant accès au fonds américain dédié aux tiktokeurs. S’il est difficile de vivre uniquement de cette seule plateforme, les collaborations avec des marques peuvent toutefois rapidement devenir intéressantes. Et les stars suisses du web ne se gênent pas de briller.

@cococuenod 1,5 million d’abonnés

Nicole Cuenod, 19 ans, Lausanne

D’origine vénézuélienne, cette jeune influenceuse vient de débarquer en Suisse pour étudier les arts visuels. Fan de réseaux sociaux et de dessin, Nicole a combiné ses passions et poste des vidéos sur TikTok depuis près de deux ans. «Mon compte est devenu viral il y a un an grâce à une vidéo appelée Drawing what songs feel like (ndlr: dessiner ce que les chansons font ressentir). Mes followers ont adoré», raconte avec enthousiasme la jeune artiste. Ses vidéos les plus visionnées? Les challenges lors desquels elle dessine des visages au feutre sous une lumière bleue ou rouge. L’un d’eux compte 28 millions de vues. «Ma communauté apprécie les challenges, car ce sont des contenus rapides et engageants qui poussent l’abonné à regarder la vidéo jusqu’au bout, explique Nicole. L’art est un processus qui demande du temps – en général créer un contenu de A à Z prend deux à trois heures – mais sur TikTok il devient attractif et se consomme rapidement.»

Moins répandus que les danses et les sketchs comiques, les contenus artistiques permettent à l’étudiante de se distinguer des milliers de vidéos publiées quotidiennement sur la plateforme. Si Nicole n’empoche pas d’argent de la part de l’application, la visibilité de son compte lui a permis de collaborer avec d’autres artistes. «J’aime TikTok, car tout le monde a l’opportunité de se faire connaître. Et ma communauté est formidable: elle me défend contre les haters.» 

@lanabante, 533’000 abonnés

Lana Bante, 26 ans, Genève

@lanabante Quand ta pote veut pas que tu sois plus belle qu’elle😅 @margauxseydouxx #humour #drole #soiree #suisse ♬ Monkeys Spinning Monkeys - Kevin MacLeod & Kevin The Monkey

Passionnée par l’art de la scène, Lana Bante a débuté sur TikTok en mars 2020. Pour la jeune femme, ce réseau s’est imposé comme une évidence: «J’ai toujours adoré m’exprimer face à un public, j’ai passé toute mon enfance et mon adolescence à enregistrer mes propres émissions de radio, à filmer mes routines make-up et des vlogs. J’ai suivi des cours de théâtre au Conservatoire de Genève jusqu’à mes 18 ans, TikTok me permet d’exercer mon amour pour la comédie au quotidien, je ne peux pas m’en lasser. Et grâce à ma présence sur la plateforme, j’ai rencontré des personnes qui partagent la même passion, comme Margaux Seydoux, qui est devenue une amie très proche et avec qui je crée du contenu désormais toutes les semaines.»

Très vite, les sketchs humoristiques de Lana ont séduit un large public. Selon la principale intéressée, ce succès est notamment dû à sa détermination: «Je poste du contenu chaque jour, même si je suis malade ou que j’ai passé une journée compliquée, confie-t-elle. Rien ne me freine jamais!» En décembre 2021, Lana a démissionné: elle se consacre désormais entièrement à sa présence sur les réseaux sociaux. Et l’essoufflement est loin de l’inquiéter: son esprit fourmille sans cesse de nouvelles idées à mettre en scène. «Je m’inspire des situations vécues avec mon frère et ma sœur, j’observe énormément mes amis et je me permets d’écouter les conversations des inconnus, surtout dans les trains et les bus. C’est l’inspiration parfaite pour TikTok!» 

@noeminikita, 12,6 millions d’abonnés

Noemi Nikita, 19 ans, Aarau

@noeminikita

inst: noeminikita🤍

♬ original sound - Kayla Nicole

Avec ses vidéos dédiées à l’univers de la beauté, Noemi Nikita est la Suissesse la plus suivie sur le réseau social. Pourtant, c’est sur Instagram qu’elle a fait ses premiers pas, à 14 ans. «Mais lorsque j’ai commencé à poster, je ne me sentais pas en sécurité, se souvient-elle. Beaucoup de gens me jugeaient. J’ai alors découvert musical.ly (ndlr: désormais TikTok), que personne n’utilisait dans mon école. J’ai tout de suite adoré cet univers et ses codes! Étant très timide, je peux me cacher derrière mon profil. Et je n’ai même pas besoin de parler avec ma propre voix, grâce à la magie du lip sync (ndlr: synchronisation des lèvres sur des paroles ou des sons)!»

La jeune femme, qui a grandi à Berne, s’épanouit professionnellement sur TikTok: elle gagne sa vie grâce aux partenariats réalisés avec différentes marques. «Mais la plateforme ne me paie absolument pas», précise-t-elle. C’est également par ce biais qu’elle a rencontré Joshua Monis, son petit ami depuis trois ans. Avec ses 13,7 millions de followers, l’Autrichien est également une star du réseau. Et le couple n’hésite pas à se mettre en scène pour faire grimper les likes. «J’adore reproduire les challenges, explique Noemi. Et je puise également mon inspiration via d’autres contenus, notamment sur Pinterest et YouTube.

@delphineroucher, 110’000 abonnés

Delphine Roucher, 24 ans, Lisbonne

@delphineroucher Si je mets ces hashtags je me fais insulter par les zommes vous pensez ? #feministe #feminisme #menaretrach ♬ son original - 🍓

Delphine Roucher s’est inscrite sur TikTok en 2019 car elle trouvait l’application fun et sympa. Mais en 2020, elle décide de délaisser les contenus parfois trop superficiels pour donner une dimension militante à son compte: «Il y avait trop d’homophobie et de sexisme sur la plateforme, j’espérais changer cela, explique-t-elle. Je n’aime pas me taire, j’ai toujours partagé mes opinions.» Toutefois, voyant son nombre d’abonnés baisser, Delphine finit par se lasser. Aujourd’hui, elle ne poste plus que de manière sporadique.

Au départ, TikTok lui a permis de reprendre confiance en elle par rapport aux messages de tolérance et de respect qu’elle souhaitait faire passer. «J’ai reçu des DM de personnes qui me remerciaient ou me demandaient conseil, cela m’a touché.» Mais la jeune femme qui a grandi à Genève a aussi été victime de haters qui n’ont pas hésité à se focaliser sur sa physionomie. «Dès qu’ils n’étaient pas d’accord avec moi, ils s’en prenaient à mon physique. J’en ai beaucoup souffert, ce n’est pas évident d’ignorer ces critiques. Ce n’est pas pour rien que la plupart des influenceurs ne se prononcent jamais sur les sujets polémiques.» Las, Delphine a fini par s’éloigner de l’application, fatiguée de cette haine «omniprésente envers certaines communautés».

@seydouxlidia, 153’600 abonnés

Lidia Seydoux, 34 ans, Fribourg

@seydouxlidia Je t’aime maman ❤️ #humour ♬ son original - Jubterter

Tombée dans l’univers TikTok par hasard, Lidia Seydoux a développé une passion pour les capsules vidéo, dans lesquelles elle propose des sketchs et met en scène sa vie de working mom: «J’ai découvert la plateforme pendant le premier confinement, en 2020, lorsque mon fils et ma sœur m’ont proposé de réaliser des vidéos avec eux, se souvient-elle. J’ai posté notre premier contenu sur Instagram, la vidéo a tout de suite buzzé et j’ai continué à en produire sur TikTok. J’ai adoré le côté drôle, authentique, et ce passe-temps m’a permis d’augmenter ma complicité avec mon fils.»

Rapidement, les contenus et les idées de Lidia ont accumulé des millions de vues, lui apportant beaucoup de visibilité. Or, cette célébrité soudaine possède aussi un côté négatif: «Cela peut inclure un lot de commentaires méchants, par exemple de personnes qui me demandent si mes enfants n’ont pas honte de voir que leur maman est tiktokeuse, explique Lidia. Mais je ne me laisse pas abattre, car je reçois aussi beaucoup de messages gentils, ma communauté est très fidèle et beaucoup de personnes viennent me saluer dans la rue. Et mon fils est super­fier!» Aujourd’hui, Lidia ne vit pas encore de son activité sur les réseaux et préserve son emploi à côté. «Mais je reçois des propositions de collaborations très intéressantes, ajoute-t-elle. Depuis peu, j’ai aussi un agent qui m’aide à gérer tout ça.»

La guerre en Ukraine sur TikTok

@martavasyuta You guys still have time to return home alive #ukraine ♬ Highway to Hell - AC/DC

Elle s’appelle Marta Vasyuta, elle a 20 ans et vient d’Ukraine. Sur TikTok, elle postait des chorégraphies et des playbacks sur les chansons du moment. Le 23 février 2022, tout a changé: les clips de sa vie personnelle laissent place à des vidéos sur la guerre qui fait rage dans son pays, depuis l’invasion russe. Du jour au lendemain, Marta devient une influenceuse suivie par plus de 240’000 personnes. Elle tente du mieux possible de combattre la désinformation en relayant des images de bâtiments détruits, d’explosions et de protestations civiles qu’elle repère sur l’application Telegram. Interrogée par la BBC, la jeune femme confie le défi que constitue la vérification de ces informations. Actuellement à Londres pour ses études, Marta a toujours de la famille en Ukraine.

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