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5 ans après

L'édito d'Alexandre Lanz: «Les dommages collatéraux de #MeToo»

Edito alexandre lanz

«Emmanuelle Seigner sort de son mutisme pour la première fois depuis l’arrestation du réalisateur à Zurich en 2009. Le décalage de ses propos est détonnant.»

© ANOUSH ABRAR

Il y a pile cinq ans, le mouvement #MeToo éclatait au grand jour suite à l’affaire Weinstein, en octobre 2017. Les femmes violées et harcelées sexuellement levaient enfin le voile sur les violences systémiques dans le milieu du cinéma. Derrière le méticuleux maquis orchestré par Weinstein et celles et ceux qui couvraient ses actes de gros porc dégueulasse, d’autres grands pontes de Hollywood se mettaient à trembler… Mais pas qu’eux. L’onde de choc était mondiale. À mesure que s’ouvrait la boîte de Pandore sur ces sordides arcanes, c’est toute une industrie vieille d’un peu plus d’un siècle qui se mettait à vaciller sur son piédestal.

Le baratin d'Emmanuelle Seigner

Cinq ans plus tard, le mouvement ne s’arrête pas en si bon chemin. Dans le remous de ces vérités sibyllines, l’éclaboussure n’épargne personne.

Les dommages collatéraux provoqués par les prédateurs sexuels ravagent non seulement les vies de leurs victimes, mais aussi – on en parle moins – de leur entourage proche: une maman, une fille, une sœur, une épouse…

Sagement rangée du côté de son époux Roman Polanski – le cinéaste qui fait l’objet de douze accusations de viols, d’agressions sexuelles et de pédophilie – l’actrice Emmanuelle Seigner sort de son mutisme pour la première fois depuis l’arrestation du réalisateur à Zurich en 2009, sous le coup d’un mandat d’arrêt international. Dimanche 16 octobre 2022, elle fait la promo de son ouvrage, Une vie incendiée, dans l’émission Sept à Huit sur TF1. Le décalage de ses propos est détonnant. Loin de moi l’intention de relancer le débat sur l’aptitude à séparer l’homme de son œuvre. Encore moins de juger une femme blessée qui tente de sauver l’honneur de son mari. Sauf que son baratin est public…

Regard désabusé face à la caméra, on la voit s’enliser dans un plaidoyer en faveur de celui qu’elle estime «sali», devenu selon elle «un paria pour satisfaire l’air du temps». Peut-être inconsciemment, elle fait l’éloge de la culture du viol. Âmes sensibles, s’abstenir. Pour justifier l’acte reproché à son époux d’un rapport sexuel non consenti avec Samantha Geimer, alors âgée de 13 ans en 1977, l’actrice dédramatise: «C’était une époque très permissive, le rapport à l’âge a beaucoup changé. On célébrait la Lolita.»

Cette volonté de relativisation contextuelle est insupportable à écouter.

Comme si cela ne suffisait pas, elle en remet une couche: «Moi quand j’ai connu mon mari, toutes les femmes et toutes les jeunes filles voulaient coucher avec lui. C’était un truc de dingue. Il avait 52 ans, mais il en faisait 30. C’était un grand metteur en scène, donc il attirait énormément. Il n’avait besoin de violer personne.»

C’est bien là que le bât blesse, chère Emmanuelle Seigner. Un prédateur n’a pas «besoin» de violer, c’est la violence elle-même qui le fait mousser. Conscientiser cette nuance et cesser de trouver des circonstances atténuantes permettra à la honte de changer de camp définitivement.

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