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«Le Suppléant»: Ce qu'on retient des révélations du prince Harry

«Le Suppléant»: Ce qu'on retient des révélations du prince Harry

Harry décrit ses problèmes de santé mentale et comment il est parvenu, avec l'aide de son épouse Meghan, à les surmonter peu à peu.

© GETTY IMAGES/CHRIS JACKSON

Il a fait scandale avant sa sortie. Le Suppléant, les mémoires longs de 544 pages (éd. Fayard) du prince Harry - coécrits par le prête-plume J. R. Moehringer et parus simultanément en 16 langues le 10 janvier 2023 - a fuité dans une librairie espagnole. Comment rêver d'un meilleur coup médiatique pour la promotion de ces nouvelles révélations du duc de Sussex à propos de sa relation avec son frère le prince William, sa consommation de drogues et d'autres détails croustillants sur son intimité (certains dont on se serait bien passées, on vous l'avoue)?

À 38 ans, depuis sa rupture avec la famille royale en 2020, le fils du roi Charles III semble avoir beaucoup à dire. Même avant qu'il ne saisisse la plume, ses multiples prises de parole ont fait couler énormément d'encre: un long entretien choc avec Oprah Winfrey en mars 2021, lors duquel le couple Sussex révélait les pensées suicidaires de Meghan Markle et le racisme auquel la duchesse était confrontée. Un documentaire en 6 épisodes diffusé sur Netflix en 2022, qui revenait sur la rencontre du couple, leur mariage, leur départ du Royaume-Uni et le harcèlement médiatique auquel il a fait face. Et un entretien télévisé face aux caméras de la chaîne britannique ITV, Harry: l'interview évènement (à voir en replay sur TF1), accompagnant la sortie du livre.

Après des années de silenciation, Harry décide de raconter sans filtre sa propre version de son histoire. Le livre plonge ainsi dans ses souvenirs d'enfance, le deuil de sa mère, sa scolarité difficile, le souffle d'air que lui ont procuré son travail humanitaire en Afrique et son enrôlement dans l'armée, ses problèmes de santé mentale, sa haine de la presse à scandale britannique, ses disputes avec William et sa rencontre avec Meghan. Quitte à alimenter les disputes avec sa famille et les polémiques autour de Buckingham. Voici ce qu'on en retient.

Éternel suppléant, rivalité fraternelle

Le Suppléant face à l'Héritier. Voilà qui pourrait résumer le livre. Complexe d'infériorité? Jalousie de celui qui n'est pas né pour régner? Plus complexe, les mémoires racontent une déchirure fraternelle. L'ouvrage s'ouvre sur une scène lors de l'enterrement du Prince Philip. Harry se dispute avec son frère: «J'ai regardé Willy - je l'ai vraiment regardé, pour la première fois peut-être depuis notre enfance. Tout m'est apparu en bloc: l'expression contrariée qu'il affectait depuis toujours face à moi; son inquiétante calvitie, plus avancée que la mienne; sa fameuse ressemblance avec Maman, qui se dissipait avec le temps. Avec l'âge.

Par certains aspects, il était mon miroir; par d'autres, il était mon exact contraire. Mon frère bien-aimé, mon meilleur ennemi - comment avions-nous pu en arriver là?»

Suppléant, Héritier, ces surnoms ont toujours collé à la peau des deux frères. Harry raconte qu'il est né pour être «le plan B», que son rôle consistait à «fournir les pièces de rechange. Un rein, peut-être.» Lui et William se disputaient souvent, enfants. Ils en venaient parfois aux mains. Ils riaient aussi, beaucoup. L'histoire sonne parfois comme une complainte de cadet: William l'ignorait à l'école, William n'aimait pas quand ils portaient les mêmes tenues...

Adultes, ils se sont rapprochés, ont fait la fête, chassé ensemble, partagé une demeure et l'amour de leur métier de soldat. L'arrivée de Kate Middleton semble avoir opéré un tournant, même si Harry souligne à quel point il apprécie la princesse de Galles.

«La plupart du temps, Willy et moi n'avions rien à faire de toutes ces histoires absurdes d'héritier et de suppléant. mais de temps en temps, je déchantais en me rendant compte qu'en un sens, tout ça comptait beaucoup pour lui.»

«Professionnellement, personnellement, il était soucieux de la place que j'occupais, de ce que je faisais.»

Harry analyse des anecdotes qui paraissent insignifiantes, à propos de critiques pas bien méchantes lancées lors d'une interview ou encore d'une dispute surréaliste à propos de leur travail caritatif («Je t'ai laissé les vétérans, pourquoi tu ne me laisses pas les éléphants d'Afrique?», aurait lancé William). Des manigances volontaires?

L'union de William et Kate consiste en outre en un nouvel adieu, pour celui qui a déjà vu son père se remarier avec Camilla (contre la volonté de ses fils) et s'éloigner. «Le frère que j'avais escorté à l'abbaye de Westminster ce matin-là avait disparu - à jamais», regrette Harry. Lorsqu'il forme un couple avec Meghan, il rêve d'un quatuor de choc. C'est le désenchantement, puisque les nombreuses disputes fraternelles tournent désormais autour de Meghan (dont la fameuse scène où William aurait jeté Harry sur le sol de la cuisine).

Les mémoires terminent sur une boucle, où l'on revient au jour des funérailles de leur grand-père. William s'accroche à Harry, lui déclare son amour: «Je veux simplement que tu sois heureux. Je le jure sur la vie de Maman». Promesse à utiliser uniquement en cas de crise majeure. Mais pour la première fois, Harry comprend qu'il n'a plus confiance en son frère. Il accuse les médias d'avoir brisé ce lien autrefois si fort.

La croisade contre la presse britannique continue

Les tabloïds sont érigés en Méchants suprêmes. Le documentaire Netflix Harry & Meghan décrivait déjà l'effrayant acharnement avec lequel la presse à scandale britannique s'en est prise à la duchesse dès le début de sa romance avec Harry. Harcèlement, racisme, mensonges... Le Suppléant raconte aussi comment les Sussex sont pourchassés, mais surtout comment les médias semblent avoir ruiné la vie de Harry.

Le fils du roi Charles III se souvient avoir été suivi par les paparazzis étant petit. Il se remémore la crainte qu'il a ressentie le jour où il était en voiture avec Diana et William, sa mère au volant et qui roulait dangereusement pour échapper à leurs flashs. Certainement que la mort de Lady Di, tuée en 1997 lors d'un accident de la route alors qu'elle était pourchassée par des photographes, aura fini d'ancrer la haine des tabloïds chez Harry. Mais les médias ne se sont pas arrêtés là. Les ennuis ont recommencé lorsque le prince allait à Eton. L'image du sale gosse aux mauvaises notes, habitué aux frasques, lui collait à la peau.

«Pour eux, je n'étais pas un être humain.»

Un scandale éclate en 2002: le prince aurait été photographié en train de consommer de la drogue. Mensonges, affirme l'intéressé - qui avoue à plusieurs reprises avoir fumé de l'herbe. Il accuse les Royals d'être impliqués: «J'étais dévasté à l'idée que tout cela était en partie l'œuvre de ma propre famille, de mon propre père et de ma future belle-mère. Ils avaient cautionné ces absurdités, pris le risque de ruiner ma vie… pour faciliter un peu la leur.»

Accusations de triche, de racisme, de nazisme (Harry en profite pour éclairer le fameux épisode du déguisement), nombreux surnoms blessants: les tabloïds ne le lâchent pas. Et l'Institution ne l'épaule pas non plus selon lui, refusant de diffuser des rectificatifs pour rester fidèle à sa devise: «Ne te plains jamais».

En dépression après que sa mission en Irak a été annulée, Harry sort beaucoup.

«J'étais au trente-sixième dessous. Les paparazzis, étrangement, l'avaient compris. Plus ou moins à ce moment-là, ils ont commencé à me frapper avec leurs appareils photos, délibérément, pour me provoquer», confie-t-il, ajoutant que les clichés de lui valaient à l'époque 30 000 livres.

Le jeune homme avait pris l'habitude de rentrer de soirée en voiture, prostré dans le coffre. Le Suppléant tente de rétablir de nombreux faits, mensonges ou vérités détournées qui ont été publiés au fil des années sur Harry, puis sur Meghan.

«Bridget Jones» au masculin

L'ouvrage revient plus ou moins en détail sur des relations amoureuses qu'a entretenues Harry avec plusieurs femmes. Chels, Flack, Flea, Cress... À chaque fois, les tabloïds s'en sont pris à ses compagnes, les suivant partout où elles allaient, contactant leurs proches pour glaner quelques informations croustillantes sur le couple.

Harry confie avoir toujours voulu se marier et avoir des enfants jeune. Arrivé à la trentaine, il explique que la presse s'étonne de son statut de célibataire. Il est comparé à Bridget Jones. Il explique également en quoi la question du mariage (et du divorce) est particulière au sein de la famille royale, rappelant de célèbres exemples parmi ses ancêtres. Ou encore comment il a dû demander la permission d'épouser Meghan à la reine Élizabeth, tout comme son père l'a fait pour épouser Camilla - il soulève en outre l'absurdité de cette situation.

Le deuil impossible de sa mère

    Le personnage le plus présent dans ce livre est certainement Diana. Harry fait constamment référence à sa mère, dans des séquences parfois très émouvantes.

    «Oh, comme elle nous aimait, mon frère et moi. D'un amour obsessionnel, ainsi qu'elle l'avait elle-même confié à un journaliste. Et bien, tu sais quoi, Maman? Moi aussi», confie-t-il dans le prologue.

    Et cette obsession se confirme. Au début du livre, il raconte comment son père lui a annoncé le décès de sa mère, alors qu'il avait 12 ans. Harry souligne ne pas avoir pleuré et d'avoir longuement douté de sa disparition. Il raconte ensuite l'enterrement de Lady Di, comment les gens pleuraient, lui serraient la main, les paumes humides. Comme ça le dégoûtait et le culpabilisait, lui qui ne parvenait même pas à pleurer sa mère. «Peut-être m'étais-je parfaitement, trop profondément imprégné de l'éthos familial, selon lequel il était interdit de pleurer - quelques soient les circonstances», se demande-t-il. Puis enfin, une fois ce corps tant aimé en terre, il s'est effondré sur la tombe. Il dit ne pas avoir pleuré pendant des années après cet événement traumatisant.

    Harry relie tout à Diana. C'était à cause de cette souffrance qu'il n'était pas concentré en cours. Il confie ses problèmes de mémoire, comme si c'était un mécanisme de défense pour son cerveau. Il raconte comment il se faisait parfois frapper à l'école lorsqu'il désobéissait aux règles, mais qu'il s'en fichait puisque sa douleur intérieure était bien plus grande. Sa seule façon de respirer à l'époque, affirme-t-il, étaient ses voyages en Afrique, où il poursuivait les travaux humanitaires de Diana. Sa raison d'être.

    Prendre soin de sa santé mentale

    Ce deuil, impossible à digérer, sans possibilité de communiquer franchement avec son père - même si Harry confie de beaux moments passés avec lui et la tendresse qu'ils se portent mutuellement -, a fortement marqué le prince. La disparition de sa mère, mêlée à l'acharnement des tabloïds, l'impossibilité d'une relation intime durable avec une personne, puis le néant après avoir été remercié par l'armée (la guerre, une autre raison de vivre pour lui): tous ces facteurs semblent avoir eu raison de sa santé mentale.

    Il raconte avoir complètement perdu espoir, expérimenté de fortes crises d'angoisse, une apathie, une agoraphobie et que l'idée même que ces informations soient rendues publiques décuple son anxiété.

    «J'ai commencé à craindre le simple fait d'être en présence d'autres êtres humains», conclut-il.

    On lui diagnostique un stress post-traumatique. «Ma guerre n'avait pas commencé en Afghanistan. Elle avait commencé en août 1997.» Harry se confie à son père qui l'envoie suivre une thérapie. Mais son fils préfère éviter les médicaments et les séances ne lui auraient en outre pas convenu. Alors qu'il menait une vie solitaire, il raconte que la méditation l'a aidé, tout comme les drogues psychédéliques, qui lui permettaient de fuir la réalité. Enfin, il annonce que le travail a été pour lui le meilleur des remèdes.

    C'est une fois en couple avec Meghan, un jour qu'il lui hurle dessus sans raison, que le duo discute sérieusement de la santé mentale de Harry. Meghan l'encourage à recommencer une thérapie. «La douleur, ce qui me reste d'elle», rapporte-t-il à sa thérapeute. Petit à petit, les séances lui permettent de canaliser sa colère, de retrouver la mémoire, de se rappeler sa mère, son parfum, des anecdotes de vacances.

    De manière générale, tout semble aller mieux depuis qu'il est en couple avec la duchesse. Pour lui, elle semble exempte de défaut et c'est grâce à elle qu'il se serait dévoilé en tant que personne, permettant de chasser le Suppléant.

    Notre avis sur le livre

    Si Le Suppléant était présenté comme une nouvelle bombe jetée à la Royal Family, celle-ci ne s'en sort finalement pas trop mal. Certes, des membres de la famille et des employé-e-s du Palais sont accusés de coopérer avec les médias, de sorte que telle ou telle personne voit sa cote de popularité se consolider auprès des Britanniques. Mais Harry souligne à de nombreuses reprises à quel point il aime sa famille, qu'il souhaite simplement leur expliquer par cet ouvrage pourquoi il a fui le Royaume-Uni avec son épouse, et enfin, qu'il espère la réconciliation, comme il l'affirme dans l'interview Harry: l'interview évènement.

    Certains passages semblent toutefois contredire ces espoirs, notamment lorsqu'il parle de son frère, ou simplement par le fait de laver son linge sale en public. On voit mal en effet comment critiquer sa famille lui permettrait de renouer avec elle. Enfin, la popularité de Harry auprès des Britanniques semble être au plus bas, puisqu'un récent sondage estime que seul-e-s 26% des répondant-e-s émettent un avis favorables sur lui. Le Suppléant peut également être perçu comme les plaintes d'un garçon privilégié.

    Les confessions du prince Harry sauront certainement toucher le cœur des lecteurs-trices, parfois nous mettre la larme à l'œil. Mais notre impression, sur le fond, est que le jeune homme reste un enfant déboussolé par la disparition de sa mère, et qui ne parvient pas à coller aux codes de la monarchie.

    Reste à savoir maintenant si Buckingham daignera publier une réaction, ou si elle se contentera de subir en silence.

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