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Quasi inconnue il y a cinq ans, Jessica Chastain a brûlé les étapes pour devenir, à 38 ans, l’une des actrices les plus demandées de Hollywood. «Bosser, encore et toujours, ça finit par payer un jour.» C’est de sa mère, Jerri, qu’elle tient cette doctrine. Et si Guillermo del Toro lui a offert, dans «Crimson Peak» (ndlr: dès le 14 octobre 2015 en Suisse romande), l’un des rôles les plus noirs et fascinants de sa carrière, elle ne le doit pas au hasard. Des tragédies, Jessica Chastain en a traversé depuis l’enfance, forgeant son caractère et nourrissant aujourd’hui son interprétation. Entre un père absent, une scolarité difficile et le suicide de sa sœur, il a fallu grandir. Et elle a heureusement pu compter sur les deux femmes de sa vie: «Ma mère est la personne que j’aime le plus au monde. Elle m’a tout donné. Et ma grand-mère restera toujours mon exemple. Elles sont les repères les plus importants pour moi.»

Sa mère, Jerri, n’avait que 16 ans lorsqu’elle est tombée enceinte. Quant à son père biologique, le musicien Michael Monasterio, il avait 20 ans à sa naissance et espérait devenir une rock star. Pas de place pour être père. L’actrice ne l’a donc jamais connu, ni même voulu le rencontrer avant sa mort en 2013. Il avait 55 ans. Jessica a toujours refusé de parler de cet homme, ne représentant rien à ses yeux. «Dans la «case» du père, il n’y a aucun nom inscrit sur mon registre de naissance. Pour moi, mon père est l’homme qui m’a élevée, un pompier. Un métier difficile qui était aussi sa passion.» Son beau-père, Michael Hastey, a en effet épousé sa mère et les a élevées, sa sœur et elle, comme ses propres filles. Quant à sa mère, elle travaillait parfois plus de quatorze heures par jour pour payer les factures: «Maman est une cuisinière hors pair. Elle en a fait son métier, puisqu’elle a tenu un petit restaurant durant des années. Sa spécialité est la cuisine végétarienne. Voilà pourquoi je ne mange ni viande, ni poisson. C’est ma décision d’adulte maintenant, mais forcément, je la lui dois un peu.»

Dès que la comédienne a touché son premier million de dollars à Hollywood, elle a aidé sa mère à concrétiser son rêve: «Je lui ai offert un camion pour qu’elle puisse proposer des salades, sandwichs et autres créations végétariennes en se déplaçant d’un quartier à l’autre. Son «food truck» s’appelle «Seed on the go». J’adore son pudding végétarien au thé Chia, et ses tacos aux patates douces.»

De son jardin aux planches

«J’ai attrapé le virus de la comédie grâce à ma grand-mère maternelle, Marilyn, en voyant une comédie musicale. J’avais 7 ans. Dès la semaine suivante, je créais une compagnie de théâtre avec des voisins et voisines de mon âge. On répétait dans le jardin de ma maison.» Pour gagner de l’argent de poche et acheter quelques costumes et décors utiles aux spectacles, Jessica avait trouvé une astuce: «Nous frappions aux portes des maisons du quartier en proposant de les nettoyer pour quelques dollars. Nous n’étions pas très doués en ménage, mais ça marchait… Et si je détestais ranger ma chambre, j’étais prête à tout pour monter une pièce.»

La famille Chastain pensait que la passion de leur fille n’était qu’une passade. Ils avaient tort. «Adolescente, lorsque j’ai annoncé que je voulais être comédienne, mes parents ne savaient pas quoi penser, mais ils ne m’ont pas arrêtée. Ils m’ont dit de travailler dur», se souvient-elle. «J’ai eu beaucoup de mal à l’école et je n’ai pas terminé mes études. Je ne me concentrais pas en cours, j’avais la tête ailleurs», avoue-t-elle. Au lieu d’étudier, Jessica restait chez elle à lire du Shakespeare en rêvant de se retrouver sur scène. Cours de danse, théâtre amateur… Elle enchaîne les expériences et finit par gagner une bourse scolaire, financée par l’acteur Robin Williams. Une chance, puisqu’elle lui permet de reprendre ses études, passer ses diplômes et s’inscrire à l’université. «Julliard a tout changé (ndlr: une école privée de spectacle de réputation internationale, à New York), car j’étais réellement passionnée de littérature.»

Alors que Jessica trouve sa voie, un choc vient bouleverser sa jeunesse. Le suicide de sa sœur Juliette, qui avait un an de moins qu’elle. Elle se tue en 2003, à 24 ans. Jessica refuse d’aborder ce drame en interview. «Le silence vaut mieux que des mots» sera sa réponse face à ce passé douloureux. Fière des valeurs que sa mère et son beau-père lui ont inculquées, l’actrice préfère ne pas se projeter dans l’avenir. Lorsqu’on lui demande si elle veut fonder une famille, elle avance sa philosophie: «J’ai appris qu’il est plus sage de ne rien planifier et de profiter de chaque instant de bonheur.» Celle qui est également l’égérie du parfum Manifesto, d’Yves Saint Laurent, se laisse ainsi porter par la vie. «Impossible de vous dire ce que je ferai dans dix ans… Je ne saurais même pas vous dire où je serai dans un an!»

Des failles et des visages

Celle qui sera à jamais dans son cœur, c’est Marilyn, sa grand-mère. Elle a été sa première fan, son plus grand soutien dans sa carrière, et Jessica déborde d’affection pour elle. «Elle adore m’accompagner à la première de mes films ou venir me voir au théâtre, pour m’applaudir… mais surtout rencontrer mes partenaires. Quand j’ai eu mon premier grand contrat à Broadway, mamy a voulu qu’on prenne une photo d’elle avec Al Pacino, qu’elle a fait encadrer. Elle trône depuis sur sa table de nuit. Et quand je lui ai présenté Matthew McConaughey, vous auriez dû la voir… J’avais l’impression qu’ils s’amusaient à flirter ensemble! Matt la faisait tellement rire…»

Dans tout son parcours, les femmes ont donc été des piliers et, à l’écran, Jessica Chastain le leur rend bien, incarnant avec justesse les qualités mais aussi les défauts de ses personnages. «La fille parfaite, l’amoureuse transie, l’épouse aimante… très peu pour moi», dit-elle, quand on lui demande pourquoi elle a voulu interpréter Lady Lucille Sharpe dans «Crimson Peak». Brune et menaçante, elle est méconnaissable dans le rôle de cette aristocrate manipulatrice. «Me dire que je suis méconnaissable est le plus beau des compliments, car j’aime disparaître derrière un personnage. Lucille se bat pour sauver sa maison et aider son frère au début du siècle dernier, une époque où les filles n’avaient aucune indépendance. Oui, Lady Sharpe est manipulatrice, mais elle a vécu une enfance horrible. La vie n’a rien d’un long fleuve tranquille et je veux montrer toutes ses nuances à l’écran.»

Aujourd’hui, ce n’est pas à Hollywood que Jessica s’est installée, mais à New York. En couple depuis trois ans avec le comte Gian Luca Passi de Preposulo – l’un des dirigeants d’une célèbre marque de confection italienne – elle vient d’acheter avec lui l’ancien appartement de Leonard Bernstein, l’auteur de «West Side Story». Un nid situé entre Time Square et Central Park, juste en face du Carnegie Hall – la plus prestigieuse salle de spectacle de Manhattan. «Quand on me demande de parler de mon homme, je deviens très silencieuse. Je veux simplement protéger notre amour», se contente-t-elle de confier à propos de leur histoire. «Je ne sais pas de quoi le reste de ma vie sera fait et je ne suis même pas certaine de me marier un jour… Le bonheur est bien trop fragile pour prendre le risque de l’étaler sur la place publique.»

Curriculum vitae

1977 Le 24 mars, naissance de Jessica Michelle Chastain, à Sacramento (Californie).

2004 Elle signe un contrat avec un grand producteur de télé – John Wells – et fait ses premières apparitions dans des séries comme «Urgences» et «Veronica Mars».

2012 Elle remporte son 1er Golden Globe pour son interprétation de l’agent de la CIA qui a traqué Ben Laden dans le film «Zero Dark Thirty».

Questions d’enfance

L’odeur de mon enfance L’herbe coupée. Cela me rappelle les étés, lorsque mes parents préparaient des barbecues avec leurs amis à la maison. Maman me promenait aussi souvent dans une poussette dans le quartier et cette odeur fraîche, mais forte, était présente partout.

Ma sucrerie favorite Les Jolly Rancher, des bonbons américains durs, aux fruits, à la fois doux, un peu piquant et aigre. On en voit encore souvent aux Etats-Unis, dans un bol à la réception des hôtels ou des restaurants. Les voir suffit à me replonger en enfance.

Mon doudou préféré Je me souviens d’un lapin en peluche que je prenais dans mon lit pour m’endormir.

Mon légume détesté Le poivron vert. Je n’ai jamais cherché à comprendre pourquoi, mais je pouvais manger des poivrons rouges ou oranges, mais le vert, berk!

Mon premier amour Si l’on parle de l’enfance, il n’y a qu’une personne que j’aimais: ma mère. J’étais en admiration devant elle.

Mon dessert enchanteur Un sandwich avec du beurre de cacahuètes et de la confiture. Quand je rentrais de l’école, c’était la douceur même.

Mes premières vacances Disneyland. J’étais émerveillée… J’avais vraiment le sentiment d’entrer dans un monde magique. Je mettais les pieds dans un parc d’attractions pour la première fois.

Un vêtement dont j’étais fière J’avais des bottes de cow-boy rouges que je portais tout le temps, même quand il y avait du soleil. Je les adorais et refusais de mettre une autre paire de chaussures.

Mon héros préféré Indiana Jones. Je ne sais plus quel était mon âge, mais j’étais très jeune et j’avais adoré ce film. Le plus drôle? Je ne voulais pas être la copine d’Indi dans cette histoire. Je voulais remplacer le héros: jouer Indiana Jones. Les cascades, les bagarres, je m’imaginais faire tout ça. Je me voyais déjà à la place du gars, pas de la fille en détresse.

1. Première séance photo, à 4 ans. 2. A 2 ans, elle sourit dans les bras de sa grand-mère paternelle, dont elle a hérité sa sublime chevelure rousse. 3. Jerri et Michael, ses parents biologiques, lorsque la mère de Jessica était enceinte de trois mois.

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