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ensemble au sommet

J'ai participé à un record du monde 100% féminin, à 4000m d'altitude

Recit jai participe a un record du monde 100 feminin a 4000m daltitude

Ellen (devant à gauche) vous raconte cette ascension mémorable, lors de laquelle 80 femmes venues de 25 pays différents ont atteint le sommet du Breithorn (VS).

© JEAN CHRISTOPHE BOTT/KEYSTONE

Rien ne pourrait étouffer nos cris de victoire et de soulagement, pas même les hurlements du vent glacial. À ce moment-là, perchées toutes ensemble à 4164 mètres d’altitude, plus rien ne nous fait peur: nous y sommes, 80 femmes venues de 25 pays différents, rassemblées dans la même cordée, emmitouflées dans nos vestes rouges, le bout du nez gelé et emportées dans les mêmes rires de joie. Il y a trois jours, nous ne nous connaissions pas, et voilà que nous marquons ensemble un record du monde, au sommet du Breithorn (VS), juste avant la frontière de l’Italie. «We did it!» (On a réussi!) entend-on de toutes parts, alors qu’influenceuses et journalistes tiennent fermement leur smartphone, ballonnées par les bourrasques, afin d’immortaliser ce moment.

Après quelques changements de programme dus aux conditions d’enneigement, le challenge «100% Women» organisé par Suisse Tourisme est relevé haut la main. Le but de l’initiative: créer la plus grande cordée entièrement féminine jamais réalisée et, par ce record, offrir une plus grande visibilité aux femmes dans les sports de montagne ou de plein air. Alors que ces activités restent essentiellement masculines, il s’agit de prouver qu’elles sont accessibles aux femmes, quel que soit leur âge et leur niveau. En effet, certaines d'entre nous - dont moi - n'avions encore jamais gravi un tel sommet.

© FLORENCE GROSS/SWITZERLAND TOURISM

Rassemblées par le défi

J’en suis à ma troisième barre protéinée (en altitude, le corps dispose de moins d’oxygène et les efforts physiques sont accrus), mais hors de question de penser au fait qu’il nous faut encore redescendre la pente gravie. Pour l’instant, tous nos sens sont absorbés par la beauté et la puissance de cette nature immaculée. Je me tiens là, les crampons fermement accrochés dans la neige, tournée vers les visages radieux de mes coéquipières. Toutes viennent d’horizons différents et ont bâti des carrières impressionnantes.

À ma droite se trouve par exemple l’historienne, enseignante et chercheuse belge Marie-France Hendrikx, qui a récemment gravi le Cervin dans la même robe traditionnelle que Lucy Walker, première femme à réaliser cet exploit il y a 150 ans (son film, Sur les traces de Lucy Walker, sera diffusé lors du Festival du film des Diablerets en août 2022). À ma gauche, la journaliste anglaise Penelope Eyres, qui a traversé l’Atlantique en aviron avec trois autres femmes, au mois de janvier. Derrière elle se tient Ana Maria Rivadeneira Zambrano, 54 ans, originaire d’Équateur, qui a pour tradition de relever un défi pour marquer la naissance de chacun de ses petits-enfants (à ce jour, elle a ainsi obtenu son diplôme de plongée et nagé avec des requins!).

Dans la cordée se trouvent également plusieurs célébrités, dont l’actrice suédoise Eva Röse, la mannequin thaïlandaise Cindy Sirinya Bishop, la chanteuse suisse Naomi Lareine ou encore Vaimalama Chaves, Miss France 2019. Tout ce beau monde, réparti en petits groupes et accompagné de dix guides, a donc pris le téléphérique depuis la station de Zermatt (VS), le 17 juin, avant de viser les sommets.

Ellen De Meester (à gauche) et Marie-France Hendrikx (à droite). © PENELOPE EYRES

Un travail d’équipe

La marche de 4 heures environ s’est avérée lente, régulière, adaptée aux rythmes de chacune. Comme nous sommes rattachées par des cordes, il est essentiel de créer un flow dans lequel chacune pourra avancer sans souffrir du mal des montagnes. Dans la cordée, certaines femmes chantent, d’autres tentent de respirer dans le rythme de leurs pas, afin de ne pas s’essouffler. L’une d’entre nous s’essaie même au yodel et sa voix se répercute contre les crêtes. Mais, surtout, chacune encourage les autres, applaudit lorsqu’une participante parvient à enjamber une fissure ou l’aide lorsque sa jambe s’enfonce dans la neige profonde (ce qui m’est arrivé à deux reprises!).

© NICOLE SCHAFER/SWITZERLAND TOURISM

La veille, les dix guides, dirigées par l’athlète professionnelle Caroline George, nous ont proposé une journée d’entraînement sur le glacier de Längfluh, à Saas-Fee (VS), culminant à 2869 mètres. Au programme: une jolie balade en crampons sur des surfaces gelées, parcourues de fissures. À une telle hauteur, la neige est mesquine: elle cache habilement ses dangers, les recouvrant d’une couverture blanche. À plusieurs reprises, nous commettons l’erreur de regarder vers le bas, où s’ouvrent d’infinis abîmes gelés. Armées de nos piolets, on ne se sent pas complètement rassurées. Et c’est tout le but, puisque les guides tenaient à nous montrer que la montagne, magnifique sous le soleil, peut s’avérer impardonnable.

Se connecter à soi

Il me semble que la nature, dans toute son imprévisibilité, crée une cohésion incroyable. Comme si, d’instinct, nous sentions que le travail d’équipe est crucial. «J’aime la montagne, car elle m’offre une connexion à moi-même et à la nature que ne permet aucune autre activité», précise Marie-France Hendrikx. Je ne peux que lui donner raison, sachant que le plus grand challenge, pour ma part, était mental: de tempérament assez anxieux, j’avais peur de souffrir du mal des montagnes. Et un sommet de 4000 mètres n’est pas vraiment le lieu idéal pour se mettre à paniquer… Or, grâce à la présence de toutes ces femmes inspirantes, l’anxiété n’avait aucune chance!

«La montagne me donne l’impression de faire partie de quelque chose de plus grand, précise Elsie Trichot Lemordant, guide de montagne. C’est là où je me sens le mieux.»

Une chose est sûre: aucune d’entre nous n’oubliera cette aventure. Le crissement de nos crampons sur la glace restera à jamais gravé en nous, comme un mantra: «Tu es plus forte que tu le crois.»

À partir de l'avant: Elsie Trichot Lemordant, Veronika, Ana Maria Rivadeneira Zambrano, Ellen De Meester © Elsie Trichot Lemordant

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