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Si vous lisez «L’Hebdo», vous savez qu’elle vient de déménager, événement stressant prétexte à des chroniques aussi stimulantes qu’enjouées. Elle reçoit donc «Femina» dans la nouvelle maison de la famille recomposée d’Isabelle Falconnier et de Christophe Passer, journaliste lui aussi, et de leurs enfants respectifs. Dans les hauts de Lausanne, un triangle plat et lumineux – baies, terrasse, puits de lumière sur la zone cuisine – accueillant quoique pas totalement aménagé, qu’elle a rarement vu de jour.

Car elle part tôt et rentre tard. Particulièrement en période de Salon du livre, dont elle mène la présidence de front avec ses deux emplois, 60% à la Ville de Lausanne, en tant que déléguée à la politique du livre, et 40% à «L’Hebdo» pour la rubrique Livres. Mais ne lui parlez pas de ses «trois jobs»: elle n’y voit qu’«un seul domaine de compétence dans des contextes divers». Rien de surhumain, dit-elle, à déployer ainsi connaissance, savoir-faire et talent, car elle est organisée, multitâche, zappant sans peine d’une fonction à l’autre, capable d’écrire n’importe où. Et lisant sans cesse, partout.

Tous les romans!

Le livre est le fil conducteur de sa vie, et ça a commencé tôt; le travail, une des expressions de sa personnalité, et ça aussi a commencé tôt. Influence maternelle ou paternelle? Les deux, bien sûr: à ces enseignants leur fille doit son côté bourreau de travail («j’imite mon père, avec une dimension de plaisir et de relationnel qui me nourrit») et le goût forcené de la lecture. «Ma mère, grande lectrice, m’a appris à lire avant l’école enfantine et je me suis emparée du livre très tôt et très fort. Je ne me souviens pas de ma vie sans lecture.» Sa mère l’emmène au Bibliobus, dont Isabelle devient aussitôt une cliente compulsive. Des romans! Tous les romans.

La famille vit à Blonay, à côté des grands-parents maternels qui cultivent le potager avec leur fille. («Elle n’a pas acheté une salade en cinquante ans.») Encore une influence formatrice, en contrepoint des conflits avec le père, autoritaire et strict comme il sied à l’instituteur devenu commissaire de la police vaudoise à la défense civile. C’est beaucoup contre lui que l’adolescente se forge.

Mais ce sont de joyeux souvenirs d’enfance qu’Isabelle déroule, «garçon manqué grimpant aux arbres avec mes cousins. Le côté féminin est venu plus tard.» Beaucoup de nature, balades en forêt et en montagne, au lac aussi. Pléiades, Rochers-de-Naye, Alpes, et le mobilehome des grands-parents paternels à Salquenen. Des vacances sous tente, d’Italie en Grèce. Du sport en pagaille, vélo, ski, badminton, société de gym de Blonay – et la course à pied avec son père. Aujourd’hui, c’est plus sporadique; mais qu’elle parte en montagne et la voilà «transformée en petite chèvre».


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On ne l’imagine donc guère petite fille sage et consciencieuse, bonne élève pour plaire à ses parents. «A l’écart des bandes de filles bien habillées, caquet ouvert.» Une grande timide, en fait. Elle, l’intervieweuse aguerrie, la journaliste intrépide? «Beaucoup de gens choisissent un métier thérapeutique! Ça m’a forcée à aller de l’avant.»

N’empêche que jusqu’à ses 20 ans elle n’ouvrait pas la bouche. Sauf pour poser des questions: ado, on la surnommait Mademoiselle Pourquoi. Par l’effet d’une curiosité jamais assouvie, car il lui fallait tout comprendre, et aussi parce qu’il est plus facile de questionner que de parler. «Une bonne technique de drague», note-t-elle avec un sourire.

Voir le verre à moitié plein

Etudiante en lettres à Lausanne, elle s’offre deux pauses d’un an. Un voyage – Turquie-Asie, puis Amérique latine – avec son premier copain, puis un séjour Erasmus à Aberdeen. Au retour, il lui reste peu à faire pour obtenir sa licence lorsque «La Presse-Riviera/Chablais» propose à sa pigiste occasionnelle une place de stage. Fin des études! Si un léger regret pointe, c’est son perfectionnisme: Isabelle Falconnier «déteste ne pas finir le job». Pourtant, se jeter dans la vie active était la bonne décision, car elle touchait depuis longtemps au journalisme, d’abord universitaire puis à Radio Acidule, avec Fathi Derder, futur journaliste radio puis conseiller national, le père de ses deux enfants. Elle l’épousa enceinte de 8 mois. (Si elle s’est récemment remariée, après plusieurs années de vie commune, avec Christophe Passer, ce n’est plus du tout par conformisme. Il lui a fait sa demande à New York, au River Café: «Quelle plus belle preuve d’amour que de dire oui?» Mais elle garde son nom.)

Le journalisme la tient – elle est à «L’Hebdo» depuis 1998 – et lui ouvre des portes, Ville de Lausanne, Salon de Genève. Sans aucun calcul, «les choses s’enchâssent, je me laisse porter par un courant», mais non sans volontarisme. Par un amour du travail qui doit davantage au plaisir qu’au sens du devoir très protestant incarné par ses parents.

Isabelle Falconnier décrit un «élan naturel», une joie de vivre qui viennent en partie de sa tendance spontanée à voir le verre à moitié plein. Elle cultive l’hédonisme et l’amitié (notamment par la cuisine, où elle improvise avec délectation) et se réjouit d’avoir reçu «une personnalité très résiliente». Le décès tragique de son frère cadet lorsqu’elle avait 25 ans l’a marquée profondément. «On se construit ensuite en fonction de ça, on se protège… La vie est trop courte pour se la gâcher!»

Questions d’enfance

Une odeur d’enfance La première herbe coupée, autour de la maison, quand on marche dessus.

Mon premier amour J’avais 13 ans; mais Thivent était éperdument amoureux d’une autre camarade de classe. Avec qui il vit toujours.

Mon jouet fétiche L’ocarina que je trimballais partout, je jouais en boucle la mélodie de Heidi. J’étais «enfant», interdit de rire!

Mon bonbon préféré Aucun. Mais j’aime le chocolat, les trucs dans lesquels on croque.

Mon dessert enchanteur Le tiramisu. Le secret, c’est le contraste entre le moelleux, le voluptueux de l’appareil mascarpone-œuf, et le corsé, le fort du mélange café-alcool du biscuit. Arrêtez-moi: je serais capable d’en parler pendant des heures.

La phrase que l’on me répétait et qui m’agaçait «Arrête de poser des questions!»

Les premières vacances Camping en famille, à la mer en Italie. La liberté absolue.

Le héros qui m’a fait rêver Ado, les artistes-aventurières de la trempe d’Ella Maillart et Isabelle Eberhardt.

Isabelle bébé, avec ses parents, tous deux enseignants.
Gamine joyeuse, avec son frère Christian, décédé quand Isabelle avait 25 ans.
A l’occasion d’un 1er Août dans son village de Blonay, elle avait revêtu le costume vaudois.
Du rire, du soleil et la vie qui pétille, sur les quais de Vevey, vers ses 5 ans.

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