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Génération Z, génération scoumoune

Generation z generation scoumoune

L’urgence face au changement climatique est pour les 18-25 ans l’enjeu actuel le plus brûlant, selon une vaste enquête d’Amnesty International. Les jeunes se sont mobilisés en masse notamment lors des grèves du climat, menées à travers le monde.

© Keystone / Jean-Christophe Bott
«C’est pas évident de se projeter dans le futur quand on entend sans arrêt que le monde va mal. Mais on peut pas y penser tout le temps, sinon qu’est-ce qu’on ferait de notre vie?»

Comme Elodie, 17 ans, ils sont nés après 1995, ont entre 15 et 25 ans, et appartiennent à ce que l’on appelle la génération Z. Durant leur courte existence, ils ont connu le terrorisme, la crise des subprimes, la menace du réchauffement climatique et aujourd’hui une pandémie accompagnée d’un nouveau cataclysme économique.

C’est dans ce contexte pour le moins chaotique qu’ils s’apprêtent à se faire une place dans le monde adulte. L’idée qu’une génération Covid pourrait être en train d’émerger est évoquée. Les cours à distance, les mesures de sécurité sanitaire pénaliseront-ils les étudiants durablement? Et que dire des jeunes qui vont bientôt pousser la porte d’un marché du travail en pleine déconfiture? Si on en croit l’Organisation internationale du travail, plus d’un jeune sur six a cessé de travailler depuis le début de la pandémie, et ceux qui ont conservé leur emploi ont vu leur temps de travail diminuer en moyenne de 23%.

En mai 2020, Stefan Wolter, professeur d’économie à l’Université de Berne, anticipait une explosion du chômage des jeunes pour l’été. Ainsi que des conséquences à long terme, car le fait d’arriver sur le marché du travail en période de crise vous expose à être pénalisé pendant une décennie par des salaires minorés ou des périodes de chômage.

Bien-être en berne

Mais avant même la propagation du coronavirus, le cœur n’y était pas vraiment pour les Z. En 2018, le baromètre de la jeunesse du Credit Suisse, une enquête portant sur un millier de jeunes de 16 à 25 ans aux Etats-Unis, au Brésil, à Singapour et en Suisse, dessinait le profil d’une tranche d’âge confiante mais étonnamment inquiète face à la numérisation, craignant notamment que les évolutions du marché de l’emploi ne mènent à la disparition de leur profession. En Suisse, ces jeunes se montraient, par ailleurs, préoccupés par la… prévoyance vieillesse.

Hyper-connectée, la génération Z semble aussi particulièrement anxieuse. L’est-elle toutefois plus que celles qui l’ont précédée? C’est ce que suggèrent les chiffres de l’American Psychological Association, rapportés par le magazine Newsweek. Si 45% des Z se disent en très bonne, voire en excellente santé mentale, c’est moins que les Y (56%), les X (51%) et les baby-boomers (70%). Par ailleurs, 81% des Z admettent être stressés par l’argent (contre 61% des adultes en général) et 77% par le travail (contre 63%).

En Europe, la santé mentale des jeunes inquiète aussi. La dernière enquête de l’Organisation mondiale de la santé sur les écoliers relève un sentiment de bien-être mental en baisse dans de nombreux pays entre 2014 et 2018. En automne dernier, les résultats d’une comparaison de l’état de santé mentale des générations Y et Z, menée par des chercheurs des universités britanniques de Liverpool et de Londres, pointaient également une dégradation. Les Z souffriraient plus de troubles dépressifs que leurs aînés au même âge (+6% en dix ans).

En Suisse, selon une étude de la Haute école zurichoise de sciences appliquées, publiée en début d’année, 9 jeunes sur 10 s’estiment en bonne voire excellente santé. Toutefois, on observe chez eux une vulnérabilité en termes de santé psychique liée à l’utilisation des médias numériques, comme le fait de chatter sur les réseaux sociaux ou de publier des contributions visibles par tous. Sans surprise, le changement climatique n’arrange rien à cette anxiété latente. Sollicités dans le cadre d’une enquête conduite pour le compte d’Amnesty International en décembre 2019 sur 10 000 jeunes de 18 à 25 ans provenant de 22 pays, les Suisses, comme les autres, ont le plus fréquemment cité ce thème parmi les principaux enjeux actuels. Les mobilisations de la grève du climat ont d’ailleurs poussé beaucoup de Z dans la rue. Mais alors qu’ils s’engagent en nombre pour contrer la menace climatique, les voilà contraints d’encaisser le Covid qui, s’il semble les épargner physiquement, produit d’autres effets. Selon les résultats préliminaires d’une enquête conduite par l’Université de Lyon, les 16-29 ans apparaissent comme ceux dont le score de bien-être aurait le plus baissé durant le confinement. Confiance en soi entamée, sentiment d’inutilité… Quelles traces laissera sur eux ce nouveau coup dur?

© David Cliff / Getty Images

Monique Ryf, responsable Suisse romande fondation Pro Juventute: «Les jeunes ne sont pas entièrement pessimistes»

Est-ce que les «Z» appartiennent à une génération «maudite»?
Le contexte actuel est internationalisé, il est très différent de ce que l’on a pu vivre à d’autres époques. La crise du Covid va certainement engendrer une période difficile pour les jeunes. D’une part pour ceux qui cherchent une place d’apprentissage pour l’automne, mais aussi pour ceux qui ont terminé une formation et qui auront sans doute plus de difficultés à trouver une première place de travail.

Néanmoins, il faut souligner que ces jeunes ont aussi grandi dans un environnement avec moins de limites que celui des générations plus âgées. En termes de frontières notamment. Ils sont prêts à bouger, ces digital natives sont prêts à travailler un peu n’importe où tant qu’ils ont accès au numérique et cela leur donne d’autres opportunités, d’autres perspectives. Au fond, chaque génération a connu des crises successives.

Aujourd’hui, les jeunes ne sont pas entièrement pessimistes. Ils savent qu’ils ne trouveront pas forcément un travail avec un contrat à durée indéterminée, qu’ils ne resteront probablement pas dix ans dans la même entreprise, mais je ne crois pas non plus que ce soit ce qu’ils souhaitent.

Ils ont l’âge des idéaux, est-ce encore possible d’en avoir à l’heure de la crise climatique?
On voit un peu les deux extrêmes dans cette génération. Les manifestations sur le climat ont mis en lumière des jeunes qui sont très préoccupés par ce qui arrive à la planète et qui s’engagent fortement. Alors qu’une autre partie d’entre eux continue à consommer de manière égoïste, de prendre l’avion pour un week-end à gauche ou à droite, même si on ne peut pas vraiment le leur reprocher, parce que les générations précédentes le font. Il y a donc une sorte de grand écart qui, toutefois, ne me semble pas propre à cette génération.

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