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Emmanuelle Seigner: «J’ai perdu mon innocence lors de l’arrestation de Roman»

Femina 46 Emmanuelle Seigner

L'actrice Emmanuelle Seigner lors de la 70e édition du Festival de Cannes en mai 2017.

© Getty Images

A l’occasion de la sortie du thriller psychologique «D'après une histoire vraie», Emmanuelle Seigner nous reçoit à Zurich, une ville à jamais flétrie pour le couple qu’elle forme avec son réalisateur, Roman Polanski. En 2009, celui-ci y fut en effet arrêté, alors qu’il s’apprêtait à y recevoir le prix d’honneur du festival du film. L’actrice s’en souvient comme si c’était hier: «Je devais tenir bon pour Roman et pour nos enfants. Il n’y avait pas d’autre option pour moi!»

En l’espace d’une nuit, alors que son mari dort à la prison de Winterthour, la Française voit sa vie basculer. Elle se transforme alors en pierre angulaire de la famille: «On me disait que j’étais effrontée quand j’étais jeune, car je pouvais facilement dire non si je n’avais pas envie d’un projet, par exemple. On m’a aussi souvent reproché mon côté provocateur. J’ai très longtemps gardé une forme d’inconscience qui me permettait de vivre selon mes désirs, mes pulsions. Mais j’ai perdu cette innocence lors de l’arrestation de Roman. Je n’ai plus jamais été la même depuis.» Elle s’arrête, boit une longue gorgée d’eau, et poursuit: «Je me suis alors organisée pour faire un maximum d’allers-retours entre la Suisse et Paris. Je vous avoue que le simple fait d’en parler tout en étant à Zurich fait remonter de terribles souvenirs.»

Malgré leurs 33 ans d’écart, le couple Polanski-Seigner est une affaire qui roule depuis près de 30 ans. Ils sont les parents de deux jeunes adultes, Romane, 24 ans, et Elvis, 19 ans. «Je ne vais pas vous mentir. Voir leur père arrêté, mis en prison, puis être obligés de rester dans notre maison de Gstaad, a été une des périodes les plus traumatisantes vécues par nos enfants. Mon rôle de mère a pris le dessus sur l’épreuve. Je devais rester forte pour ma famille, même si j’ai craqué plus d’une fois.»

A-t-elle toujours été une femme forte derrière son apparence de douceur et de timidité? «Je vais vous raconter mes débuts dans le cinéma. Je crois que ça résume bien le type de carapace que je me suis construite pour faire face à l’adversité. J’ai rencontré Jean-Luc Godard dans un hôtel et il m’a engagé sur le coup pour mon premier film, «Détective», avec Johnny Hallyday. Pendant le tournage, j’ai vécu l’horreur. Il n’arrêtait pas de dire qu’il m’avait choisie parce que j’avais un beau cul. Il me prédisait aussi une grande carrière dans le cinéma porno. J’avais 18 ans, donc, voilà…»

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Ils veulent nous briser

Ces derniers mois, plusieurs femmes ont voulu porter plainte contre Roman Polanski pour des faits qui seraient survenus dans les années 1970. Emmanuelle Seigner fait face la tête haute: «Je vais vous dire quelque chose que je garde en moi depuis des années: je ne comprends pas ces gens qui cherchent à ressasser des histoires qui ont plusieurs décennies. Ils veulent briser notre famille, mais pourquoi? Aux États-Unis, même la femme qui avait accusé Roman ne demande qu’une chose, qu’on arrête avec cette affaire car elle aussi voudrait poursuivre sa vie paisiblement, sans qu’on ramène régulièrement un truc de plus de 40 ans sur le tapis.» L’actrice fait référence à Samantha Geimer qui avait accusé le réalisateur de l’avoir violée en 1977. Depuis des années, la victime demande à la justice américaine que cette affaire soit classée définitivement.

«Je n’ai jamais été le genre de fille qui se laisse manipuler», poursuit Emmanuelle, comme pour insister sur sa force de caractère. «J’ai commencé ma carrière de mannequin à 14 ans, par hasard, lorsqu’un photographe m’a arrêtée au jardin du Luxembourg, à Paris. C’était la mode des femmes-enfants, comme Brooke Shields aux USA, et ça a été ma chance. Mais, même jeune, je tenais à prendre les décisions importantes moi-même. La mode, c’était fun car ça m’a aidé à gagner beaucoup d’argent très jeune. Mais j’ai continué mes études et passé mon bac. Je bossais comme modèle le week-end et les vacances, point barre. C’était mon choix!»

Incarner une victime

Pour la cinquième fois, mari et femme se retrouvent des deux côtés de la caméra dans «D'après une histoire vraie». «Notre couple est d’autant plus fort que nous aimons collaborer ensemble. Et je dis bien collaborer car Roman a beau être un grand metteur en scène et donc le chef sur le plateau, il me laisse toujours exprimer des idées, former des opinions. C’est moi qui ai découvert le livre de Delphine De Vigan, puis proposé à Roman de l’adapter sur grand écran. Il y a quelque chose dans cette histoire qui m’a fait penser à ses premiers films comme «Rosemary’s Baby»… et j’espère qu’il aura autant de succès [rires].» Comme pour boucler la boucle, la comédienne nous confie avant la fin de l’entretien: «En fait, mon mari me voit comme une femme forte mais je voulais incarner cette auteure vulnérable, car on me propose rarement d’incarner la victime à l’écran.»

Son actu Dans «D'après une histoire vraie» (en salles depuis le 1er novembre 2017), elle incarne une auteure tourmentée par une fan (Eva Green) qui prend de plus en plus de place dans sa vie et manipule son esprit.

Ce qui la dope «La musique. Mon fils Elvis produit des morceaux techno et électro à la maison. J’adore l’écouter bosser, même si je vous avoue que nous n’avons pas les mêmes goûts musicaux (rires). Moi, c’est plutôt Iggy Pop et Lou Reed

Son don inattendu «Le yoga. Je suis certaine qu’il y a plein de femmes qui sont bien meilleures que moi mais je me suis découvert une passion pour cette forme de mise en forme et on me dit que je suis douée!»

Sur sa shamelist «Le ski. Chaque année, nous passons les Fêtes à Gstaad. Toute la famille adore le ski, sauf moi.»


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