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Chronique: «La grossesse de Rihanna casse les codes»

La grossesse de Rihanna casse les codes

Rihanna à la sortie du défilé Dior, lors de la Fashion Week parisienne, le 1er mars 2022.

© GETTY IMAGES/EDWARD BERTHELOT

Cela faisait déjà plusieurs années que Rihanna était victime des rumeurs de la presse people dès qu’elle prenait un peu de poids. «Est-elle enceinte?» «De combien de mois?» «Qui est le père?» étaient les titres de ces articles prévus pour être cliqués à outrance. Commenter la vie des femmes à travers leur corps, ce qu’elles portent ou ce qu’elles mangent est une longue tradition patriarcale, qui s’inscrit dans toutes les sphères et domaines de la société. Les célébrités illustrent ces réalités de manière amplifiée, malgré leur médiatisation et leur aura exceptionnelle. Rihanna en est un exemple parfait.

Après la chanteuse Aya Nakamura, qui annonçait discrètement avoir accouché de sa deuxième fille, loin des réseaux sociaux, c’est Rihanna qui a dévoilé sa grossesse en début d’année, à travers un shooting orchestré par ses soins. Avec son baby bump bien visible, ouvert sur une doudoune rose vintage Chanel, un jean taille basse, des bijoux qui ornent son ventre, et un conjoint, le rappeur Asap Rocky, présent mais pas trop. En quelques minutes, les photos sont devenues virales, tous les médias en ont parlé et ses fans l’ont félicitée.

Moi, j’ai tout de suite vu, dans ce que je pourrais appeler une campagne de communication où les marques sont bienvenues, l’envie pour la star de contrôler sa narration: après des mois de spéculation, c’est elle qui annoncerait sa grossesse et qui la vivrait selon ses propres règles.

Cachez ce ventre!

La grossesse de Rihanna est fascinante à observer, puisqu’elle bouscule les normes imposées aux femmes enceintes, qu’elles soient célèbres ou non. Dans l’inconscient collectif, une femme enceinte est une femme qui se préserve. Elle devrait se cacher du monde extérieur pour faire attention, et embrasser son nouveau statut de mère avec une certaine innocence qui se reflète à travers ses vêtements de grossesse. C’est comme si elle devait s’effacer en tant que femme, pour ne laisser la place qu’à son ventre, qui témoigne de cette transition vers la maternité.

Depuis le XIVe siècle, les vêtements de grossesse ont évolué. On est passé de robes amples à dentelles avec des couleurs neutres, pour accompagner une grossesse confortable à la maison, à des coupes plus près du corps, des silhouettes plus flatteuses et des couleurs chatoyantes. La mode et les célébrités sont entrées dans la danse pour faire de la grossesse un jeu, voire un business qui rapporte gros. De qui fera la meilleure annonce ou qui sera la mieux habillée sur le tapis rouge.

La couverture du Vanity Fair américain en 1991 avec une Demi Moore enceinte de sept mois, photographiée par Annie Leibovitz, a marqué un tournant. Depuis, il est devenu très courant de capturer ce moment de vie de manière plus ou moins grandiloquente. On se rappelle alors du post Instagram de Beyoncé en 2017, qui en a fait la photo la plus likée du réseau social cette année-là.

Ou de M.I.A sur scène en 2009, performant comme si de rien n’était.

Trente ans après Demi Moore, Rihanna change encore la donne. Depuis l’annonce de sa grossesse, on l’a aperçue lors d’événements majeurs comme des défilés de mode ou à des lancements de produits de sa marque Fenty. Chaque occasion est bonne pour elle de montrer que sa vie n’a pas changé, ni sa manière de s’habiller.

L’icône de mode l’est restée et continue de porter à son aise des vêtements près du corps, à expérimenter des looks, à porter des talons, à se maquiller, à être sexy. À vivre, tout simplement. N’en déplaise aux personnes qui estiment qu’elle en «fait trop», comme si le fait d’exister en tant que femme noire enceinte devait obligatoirement être un fardeau. L’inverse lui aurait été aussi reproché, donc pourquoi ne pas faire ce qui bon lui semble et désacraliser ce moment? Rihanna nous présente une dimension de la grossesse qui est souvent peu montrée. Celle d’une femme enceinte qui décide que la maternité ne signe pas l’arrêt de sa féminité.

Tout va très bien, merci

Raïssa, directrice artistique d’une trentaine d’années basée à Paris, voit en Rihanna une inspiration. «Depuis le début de ma grossesse, l’une des problématiques qui semble si superficielle étant donné la situation mais qui n’en est pas moins importante, surtout quand on aime la mode, est le fait de rester soi-même et de conserver son identité malgré le corps qui change, les kilos qui s’accumulent, les symptômes qui peuvent handicaper. Je ne m’attendais pas à moins de Rihanna. Elle a su conserver ce qui fait d’elle l’icône qu’elle est: avant-gardiste, et extrêmement sexy. Le corps de la femme enceinte est trop souvent romantisé, mis dans des draps blancs et entouré de fleurs, ça fait du bien de voir qu’il y a des alternatives. J’adore voir son ventre rond. Ses formes de femme enceinte. Je suis totalement dans le même état d’esprit.»

L’injonction à performer la grossesse n’est jamais très loin, comme le rappelait justement l’écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie. Celle également de devoir prouver que tout va bien, omettant tout ce qui est moins élégant, mais faisant partie intégrante de l’expérience, de la fatigue aux douleurs physiques.

En se dévoilant de la sorte, Rihanna ne glamourise pas la grossesse, mais ne la diabolise pas non plus. Elle nous prouve qu’il n’y a pas qu’une grossesse, mais plusieurs, qui se vivent différemment selon la personne qui la vit. Il serait peut-être temps de laisser les femmes jouir de leur corps comme elles l’entendent, grossesse ou non, qu’elles soient anonymes ou célèbres.

Un texte signé Jennifer Padjemi. Journaliste française, elle a publié en 2021 Féminismes et pop culture (Éd. Stock), une ode à la culture de masse comme outil d'émancipation.

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