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Interview santé

«Les stéréotypes de genre ont un effet néfaste sur la santé des femmes»

Un guide pour valoriser la sante des femmes

«On a encore trop souvent tendance à imputer aux femmes certaines maladies du fait d’une charge mentale trop forte qui développerait certains symptômes jugés à tort purement psychologiques.» - Caroline De Pauw

© DRAFTER123/GETTY IMAGES

En novembre 2021, Femina interrogeait les femmes sur leur santé. Sur leurs douleurs, la ménopause, la maternité, les effets secondaires des médicaments: plus de 3000 participantes ont répondu pour exprimer combien l’écoute manquait sur le sujet. Aujourd’hui, la sociologue française Caroline De Pauw sort un livre aux éditions Mango, La santé des femmes, un guide pour comprendre les enjeux et agir.

Il y est question notamment des spécificités du corps féminin, de ses vulnérabilités, d’intimité, de marketing ciblé et de souffrances physiques et psychiques. Une véritable enquête sociologique avec l’intervention d’expertes qui décrypte et livre des pistes pour faire bouger les lignes vers une véritable égalité de traitement entre les sexes en matière de santé. Interview.

FEMINA Lors de votre enquête, qu’est-ce qui vous a le plus frappée en tant que sociologue?
Caroline De Pauw D’abord, mes propres représentations sur le sujet. Au moment où j’ai commencé à écrire, je me suis dit qu’on en faisait peut-être un peu trop et qu’un livre sur la santé des femmes n’était peut-être pas nécessaire. Mais à force de lire toutes ces études, tous ces éléments factuels et scientifiques, j’ai réalisé qu’il y a vraiment des choses à faire et j’ai été étonnée de la faible importance qu’avait le biologique dans la question de la santé au féminin.

Les stéréotypes de genre et les clichés véhiculés au quotidien dans la société ont un effet néfaste sur la santé des femmes, plus que les questions purement biologiques.

Ce n’est pas être féministe ou militante de dire qu’il y a des différences en termes de qualité de vie, de santé au sens large et qu’il faut les prendre en compte. Elles sont principalement le résultat de constructions sociales qu’il est possible de défaire et il est important d’en avoir conscience pour que les choses changent.

Qu’est-ce qui cloche dans la prise en charge médicale des femmes?
C’est surtout la méconnaissance de certains symptômes qui peuvent être spécifiques aux femmes qui peut poser problème. L’exemple de l’endométriose, qui est devenue cause nationale et un enjeu de santé publique en France, est frappant. Si ce n’est pas encore gagné, les soignants sont beaucoup plus au courant aujourd’hui, alors qu’il fallait parfois attendre jusqu’à sept ans selon certaines études pour qu’une femme soit écoutée et prise en charge lorsqu’elle évoquait ses douleurs.

En revanche, on a encore trop souvent tendance à imputer aux femmes certaines maladies du fait d’une charge mentale trop forte qui développerait certains symptômes jugés à tort purement psychologiques. Cela n’explique pas tout non plus.

Ce n’est pas parce qu’on a une charge mentale trop forte qu’on doit accepter d’être dans une situation de dépression, qu’on doit passer à côté de signes d’infarctus ou à côté d’une vraie souffrance psychique qui risque de dériver vers d’autres addictions. Si les femmes s’écoutaient et étaient davantage entendues, il y aurait moins d’errances thérapeutiques.

La charge mentale n’explique pas tout, mais elle a pourtant des conséquences sur la santé des femmes, non?
Oui, elle pèse sur leur santé et celle de leurs proches. Au sein des familles, la plupart des aidants naturels sont des femmes. Les données le montrent bien au niveau des trajectoires personnelles: ce rôle se met en place dès l’adolescence au moment du choix de l’orientation professionnelle. Les jeunes femmes ont tendance à choisir des métiers qui sont compatibles avec une future vie de famille. De ce fait, elles vont commencer à se limiter en termes d’ascension professionnelle, et donc de niveau et de qualité de vie potentiels. Ces choix vont avoir des conséquences sur leur santé par la suite.

Ce qui les mènerait plus souvent à la dépression que les hommes, par exemple?
Ce n’est pas une question de sexe. Si les conditions de vie sont moins bonnes, vous avez tendance à être sur un terrain plus dépressogène. Or les femmes cumulent les indicateurs de défaveur sociale: elles sont davantage à la tête des familles monoparentales, avec des emplois à temps partiel subis, avec des revenus plus faibles.

Ça n'a rien à voir avec la biologie, mais avec les conditions de vie féminines qui sont plus dégradées que celles des hommes. La dépression est un problème de société et de précarité et surtout pas un problème de femmes et d’hormones, contrairement à certaines croyances véhiculées..

Est-ce que la féminisation de la profession peut avoir un effet positif dans la prise en compte de la question du genre dans les pathologies?
C’est positif. Mais il faut se méfier, car les représentations présentes dans notre société sont aussi portées par les femmes. Il ne faut pas croire que, parce qu’on est une femme, on sera exempte de la figure des infarctus portés par des hommes dans la cinquantaine avec de l’embonpoint qui sont stressés par leur travail. À l’inverse, si on revient sur l’exemple de la dépression dont on pense, à tort, que c’est une question de femmes, certains hommes pourraient être pénalisés car leurs symptômes seront minimisés.

Même si la profession se féminise, entraînant une affinité plus forte pour certaines pathologies dites féminines, cela n’annulera pas toute une série de représentations véhiculées dans la société dans son ensemble et contre lesquelles il faudra lutter.

D’où l’importance de faire bouger les lignes pour tout le monde, hommes et femmes, ensemble. C’est une affaire de société, pas une affaire de femmes.

Les femmes sont de plus en plus intégrées dans les essais cliniques. Est-ce un pas vers une véritable égalité de traitement entre les sexes ou un objectif marketing?
En effet, dans le domaine de la recherche et des études thérapeutiques, les choses s’améliorent. Il faut toutefois rester vigilant sur les médicaments proposés ensuite. En France, quand on voit la boîte de Doliprane rose qui est exactement la même molécule que le Doliprane «normal», mais qui est beaucoup plus cher et qui serait pour des règles douloureuses, ce n’est pas une question de recherche thérapeutique mais bien de marketing sur le médicament. Il faut continuer à être en veille et mobilisé sur ces sujets. Les recherches n’ont pas bougé par hasard, mais bien parce qu’il y a eu un lobbying qui a été fait. Sinon la facilité aurait été de rester avec des essais cliniques sans interférences potentiellement liées à des cycles hormonaux par exemple. Mais c’est positif, ça veut dire que la voix des femmes peut être entendue.

© DR

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