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    Et si on arrêtait de vouloir être parfaites?

    Cindy Ghys, coach en développement personnel, publie «J’arrête d’être parfaite» (éditions Eyrolles). Le programme? Arrêter, enfin, de culpabiliser parce que l’on n’a pas la famille rêvée ni le poids idéal. Et libérer, délivrer les femmes pour leur permettre d’atteindre la meilleure version d’elle-même en stoppant cette course à la perfection. Interview.

    Publié le 
    10 Avril 2018
     par 
    Muriel Chavaillaz

    FEMINA Pourquoi vous adressez-vous uniquement aux femmes dans votre livre? La recherche de la perfection est-elle avant tout une affaire de filles?
    Cindy Ghys
    C’est ma spécialité de comprendre et de m’adresser aux femmes. Ma clientèle est essentiellement féminine, j’assume totalement cela dans mon livre, c’est un parti pris. Mais je remarque que le perfectionnisme touche également les hommes, ils sont aussi intransigeants, se soucient du détail, veulent que les choses soient faites d’une manière et pas d’une autre. C’est un problème mixte, mais du fait de la charge mentale et de la pression que l’on subit au quotidien, il touche davantage les femmes.

    Comment reconnaît-on le mauvais perfectionnisme?
    C’est celui qui nous pourrit la vie, qui nous empêche de partir en week-end car ça ne va pas être parfait, qui nous défend de recevoir une amie parce que l’on n’a pas lessivé tout le sol dans la maison ou cuisiné un gâteau soi-même. Ce perfectionnisme nous retient de réaliser des choses que l’on aimerait pourtant bien vivre. On se l’interdit à cause du regard de l’autre, de la peur que tout ne soit pas parfait, pas à la hauteur.

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    Quelle est la différence avec l’excellence?
    C’est très positif d’avoir envie de faire les choses bien, d’avoir de l’ambition, de vouloir toujours faire mieux. C’est pour cette raison qu’il y a beaucoup de progrès dans notre société. Le souci, c’est lorsque cette perfection devient un seuil inatteignable: on n’est jamais satisfait, jamais content. On vit alors dans une insatisfaction constante.

    En visant plutôt l’excellence, on va faire de son mieux mais en ayant conscience qu’il peut y avoir des imprévus, des imperfections, des choses qui ne se déroulent pas comme on l’avait imaginé. On est dans la satisfaction du moment présent. Le perfectionnisme, au contraire, est un voleur de joie.

     

     

    Comment enseigner cette philosophie à nos enfants pour leur éviter d’entrer dans cette course à la perfection?
    Lorsque les enfants sont scolarisés et qu’ils ramènent des bulletins avec des notes, on a parfois tendance, en tant que parents, à comparer ces derniers avec ceux de leurs camarades, de demander combien Jules ou Hélène a obtenu. On le fait aussi facilement avec les frères et sœurs dans une fratrie. Il faut veiller à ne pas rentrer dans cette comparaison qui va faire croire à l’enfant qu’il est dans une compétition constante et que ce qu’il fait n’est jamais assez bien. Il vaut mieux instaurer un dialogue, lui demander ce qu’il pense de sa note, s’il en est content ou déçu.
    Avec mes filles de 4 ans et 2 ans et demi, j’essaie de leur enseigner au maximum la bienveillance. Dernièrement, la petite est revenue de la crèche en me disant: «Maman, j’ai pleuré car j’ai dessiné sur la table». Elle a ruminé cela durant toute la soirée. Je lui ai alors dit: «C’est OK de se tromper. Maintenant, tu sais qu’il ne faut pas le faire, tu peux t’améliorer pour la prochaine fois.» Apprendre et progresser pour faire mieux ensuite, tel est le message.

    Comment faire pour ne plus redouter l’échec?
    Il faut voir cela comme un muscle, une habitude. L’inaction renforce la peur de l’échec, l’action renforce la confiance. Je conseillerais de commencer par de tout petits challenges, comme demander au restaurant un plat qui n’est pas sur la carte. On prend le risque qu’on nous réponde que cela n’est pas possible, mais ce n’est pas la fin du monde. C’est la même chose avec quelqu’un qui n’a jamais fait de sport et qui doit reprendre sa santé en main: on ne va pas lui conseiller de courir directement un marathon.

    Plus on est dans l’action, plus on prend de risques, on évolue petit à petit. On muscle ainsi sa confiance en soi.

    Votre méthode de l’«escalier de la réussite» consiste à lister les paliers qui nous séparent d’un objectif. Comment réaliser cela concrètement?
    Passer par l’écrit est primordial, cela permet d'avoir une vision de toutes les étapes à franchir. J’ai une cliente qui rêve d’ouvrir un orphelinat au Burkina Faso, mais elle a l’impression que cet objectif est inatteignable. Ensemble, on a esquissé les différentes phases du projet. La première, par exemple, était de se rendre à la bibliothèque pour lire des témoignages de gens qui l’ont déjà fait, puis de se renseigner sur les associations qui existent, d’organiser un voyage sur place, etc. On planifie ensuite tous les petits pas et cela devient bien plus concret. Ouvrir un orphelinat, cela s’apparente à un Everest! Mais lorsque l’on décortique cet objectif, cela se révèle bien plus réaliste, on avance petit à petit jusqu’à atteindre le sommet de la montagne.

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    Vous conseillez de lâcher prise sur les couverts mal rangés, les traces de calcaire dans le lavabo. Que faire si l’on n’y parvient pas, si de savoir que son appartement n’est pas nickel nous rend malade?
    Il faut se poser la question de ce qui est le plus important pour soi. Si avoir un intérieur irréprochable est capital, il ne faut pas lâcher prise. Mais si l’on regrette de ne pas passer davantage de temps de qualité avec son mari, d’écrire un livre ou de réaliser n’importe quel autre projet et que le temps manque, il va bien falloir lâcher quelque part, déléguer. Si les tâches ménagères nous empêchent de nous réaliser pleinement, il est alors nécessaire de répartir son temps différemment.


    «J’arrête d’être parfaite» de Cindy Ghys (éditions Eyrolles), en librairies.

    #FeminaOpinion: On n'en peut plus de la «femme parfaite» d'Instagram

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