témoignages

    En voulant être une maman parfaite j’ai fait un burn-out

    A la naissance de son deuxième enfant, Emmanuelle* a perdu pied. De cette plongée dans l’abîme, elle est remontée. Apaisée, grandie, prête à tendre la main à d’autres...

    Publié le 
    25 Avril 2016
     par 
    Nadja Wälti

    Ayant toujours porté en haute estime le rôle de maman, je me réjouissais d’avoir des enfants. Ainsi, à 31 ans, j’ai eu le bonheur de donner naissance à un petit garçon adorable. Deux ans plus tard, j’accouchais d’une petite fille. Et les difficultés ont commencé. Elle pleurait beaucoup, la pauvre. Maman angoissée, je cherchais à comprendre la raison de ces cris déchirants mais, selon le pédiatre, elle n’avait rien. C’est donc que cela venait de moi? Quelle culpabilité! Pour tenter de consoler mon bébé, je la tenais constamment dans mes bras... Jusqu’à ce qu’on découvre, quand elle avait 3 mois, qu’elle était allergique aux protéines bovines et souffrait le martyre à chaque digestion!

    Après avoir changé son alimentation, tout est rentré dans l’ordre. Pour ma fille. Moi, tenant à être une maman parfaite, j’étais sur tous les fronts. Dès que la petite faisait la sieste, je jouais avec mon aîné pour qu’il ne se sente pas délaissé. Quand ma cadette a eu 6 mois, j’ai repris mon travail. Et j’ai commencé à perdre du poids. Je me suis mise à souffrir de crises d’angoisse et d’insomnies. Lors d’un séjour en famille chez des amis, cela a atteint son paroxysme: je n’ai pas fermé l’œil de la nuit. Ils dormaient tous, et moi je luttais contre des sueurs et des vertiges.

    Ce que je vivais était si loin de la représentation du bonheur maternel que j’en avais honte. Pis encore: j’avais l’horrible sensation de ne plus savoir qui j’étais, d’avoir complètement perdu le contrôle de ma vie. Parfois, mes réactions me faisaient peur. J’ai commencé à avoir des idées noires, des pulsions suicidaires qui ne me ressemblent pas, moi qui en temps normal suis de nature joyeuse. J’essayais tant bien que mal de sauver les apparences, évitant de montrer à mon entourage que j’étais en train de sombrer. Je m’acharnais à être une mère irréprochable. Alors que je tenais à peine debout, je continuais de vouloir à tout prix confectionner des purées maison à ma benjamine. Et quand il m’arrivait de craquer et de fondre en larmes devant mon fils âgé de 3 ans, je m’en voulais terriblement. Il me faut dire au passage que, pendant toute cette période, ce grand petit homme s’est montré exemplaire...

    Allô maman bobo

    Durant toute mon enfance, j’avais entendu mon père répéter: «La fatigue, c’est dans la tête!» Il a fallu que je sois vraiment au fond du trou pour reconnaître que j’avais besoin d’aide. Je n’allais pas pouvoir m’en sortir seule. C’est là que je suis allée voir une psychiatre. Laquelle, vu mon état, m’a obligée à me mettre en congé maladie. Dans un premier temps, et sur une courte période, elle m’a prescrit des somnifères – j’allais enfin dormir! Puis des antidépresseurs, qui m’ont permis de lâcher prise.

    Dans ce chaos, heureusement, j’ai pu compter sur le soutien de mon mari. Pour lui, c’était juste une mauvaise passe. Il a été pour moi comme un roc au milieu de la tempête. Parfois, je lui demandais de me serrer très fort dans ses bras, car j’avais l’impression de ne plus exister. Ma mère elle aussi est venue à la rescousse. Pour m’aider à m’occuper de mes enfants durant la journée. Une fois, je l’ai appelée au milieu de la nuit: je lui ai demandé si je pouvais venir dormir avec elle. C’était très étrange de me retrouver comme une petite fille à ses côtés dans le lit. Mais à ce moment-là j’avais besoin qu’on prenne soin de moi.

    Peu à peu, grâce à une prise en charge thérapeutique, j’ai commencé à voir le bout du tunnel. Mon état s’est amélioré. J’ai pu reprendre mon travail à temps partiel. Moi qui jusque-là ne laissais pas transparaître mes faiblesses, je n’ai pas craint de montrer ma fragilité à mes collègues. Un jour, en larmes, je les ai remerciés pour leur tolérance. L’étonnant, c’est l’effet ultrapositif que cela a produit. Pour tous. Depuis, nous parlons plus ouvertement et nous abordons des sujets plus personnels.


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    Moment de douceur

    Il a fallu du temps pour que je sorte définitivement de cette période sombre. J’ai fait quelques rencontres qui m’ont mis du baume au cœur. Ainsi de ce bel après-midi de printemps où, allongée dans l’herbe avec ma fillette couchée sur moi, je savourais un sentiment de paix que je n’avais pas ressenti depuis longtemps. Une vieille dame s’est alors approchée de nous. Elle m’a dit combien cette image la touchait et m’a demandé l’autorisation de nous prendre en photo. J’ai senti que c’était important pour elle, alors j’ai accepté. Et elle m’a remercié de lui offrir ce moment de douceur. «Moi, je peux donc offrir un moment de douceur?», me suis-je dit...

    Et puis j’ai entrepris une thérapie. Pour comprendre les raisons de cette dépression post-partum. Avec l’aide d’une thérapeute spécialisée dans l’hypnose, j’ai retrouvé le sommeil. Et la joie de vivre... Aujourd’hui, avec le recul, je sais que cette expérience douloureuse a été bénéfique. Elle m’a permis de faire un travail réconciliateur. De comprendre, aussi, qu’en prenant soin de moi, je prenais soin de mes enfants.

    Je suis beaucoup moins exigeante envers la vie et envers moi, désormais. J’ai appris à m’écouter, à lâcher prise sur le cours des événements. Avant mon burn-out, je me sentais souvent en décalage et je prenais peu de plaisir à faire les choses. Maintenant, je savoure l’instant. Grâce à cette dépression, j’ai redéfini mes priorités. J’accepte d’être moins parfaite, d’en faire moins à la fois, ou moins vite, en respectant mes limites.

    Enfin, j’ai eu envie de tendre la main aux nombreuses femmes – plus qu’on ne le croit, car l’épuisement maternel reste assez tabou – qui traversent un passage à vide à la naissance d’un enfant. Avec une amie psy, j’ai donc créé un groupe de soutien au sein d’Info-Entraide Vaud. Les mères en difficulté peuvent y exprimer librement leurs émotions, leur vécu, sans aucun jugement. Pouvoir de nouveau sourire à la vie, sortir de son isolement et mettre des mots sur ses maux est si essentiel!

    Pour plus d'informations sur le groupe de soutien: Info-Entraide VD, tél. 021 313 24 00.

    * prénom d’emprunt.

     

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