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    Liberté d’importuner: les réactions de 5 Romandes

    Signée notamment par Catherine Deneuve, la tribune fustigeant les excès de #metoo a fait réagir au-delà de l’Hexagone. Certaines l'ont dénoncée, d'autres ont salué cette prise de parole libératoire. Et chez nous?

    Publié le 
    22 Janvier 2018
     par 
    Propos recueillis par la rédaction

    La publication dans le quotidien «Le Monde», d’une tribune soutenue par 100 femmes a remis la campagne #balancetonporc au cœur de l’actualité. Notamment signée par la journaliste et essayiste Elisabeth Lévy et l’actrice Catherine Deneuve, le texte prend acte de la «légitime prise de conscience des violences sexuelles exercées sur les femmes» tout en en dénonçant les excès.

    Il évoque ainsi «une campagne de délation et de mise en accusation publique» d’hommes sans possibilité de se défendre. Il appelle à ne «pas confondre drague maladroite et agression sexuelle», tout en défendant une «liberté d’importuner», vue comme indispensable à la liberté sexuelle. Enfin, les signataires enjoignent chacune à ne pas s’enfermer dans un rôle de «victime perpétuelle».

     

     

    Violemment attaquée par de nombreuses femmes engagées, cette prise de position a été largement qualifiée de rétrograde et dangereuse, comme l'évoque le tweet ci-dessus.

    Myret Zaki, rédactrice en chef de «Bilan»

    Myret Zaki, rédactrice en chef du magazine Bilan
    © Michel Perret

    C’est une tribune qui, dès ses premières lignes, salue la «légitime et nécessaire» prise de conscience des violences sexuelles sur les femmes.

    Mais c’est une tribune qui dénonce avant tout un climat. Un climat sujet à l’arbitraire, aux propos généralisateurs et diabolisateurs. Un climat où toutes les opinions ne sont pas libres de s’exprimer, où semblent s’être réinvités la parole sacrée, le blasphème et l’excommunication. Le silence des hommes en dit long d’ailleurs dans ce débat, dont il trahit les limites.

    C’est une tribune qui dit «gare aux excès», rappelant que des hommes ont fait repentance publique et perdu leur emploi avant d’avoir été jugés.

    C’est une tribune, enfin, qui dénonce un débat monopolisé par celles qui victimisent, incriminent et se scandalisent. Et qui s’interroge si on peut, en tant que femme, exiger à la fois la protection et l’égalité.

    Cette invitation à réfléchir ne mérite pas d’être caricaturée, ni balayée d’un air outré, si typique de cette posture moralisatrice qui crispe le débat.

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    Amina Cadelli, chanteuse (Flèche Love)


    © Guillaume Mégevand

    Etre importunées plusieurs fois par jour nous vide de notre énergie, nous finissons par nous y habituer, par trouver ça normal. C’est ce qui s’est passé pour les femmes signataires de cette tribune.

    Elles défendent le droit d’être importunées, d’être niées. Comme si nous devions accepter l’intrusion intempestive, la violence quotidienne.

    Que des femmes écrivent une telle tribune, qu’elles se résignent à être éreintées, cela me rend triste mais cela ne m’étonne pas. Pouvons-nous leur reprocher d’avoir assimilé les dynamiques de leur domination, alors que tout tend dans la société à ce que nous réagissions ainsi?

    Faut-il pour autant clouer au pilori celles qui ont assimilé ce qu’on leur a demandé d’assimiler? Il y a comme une volonté de scinder les femmes, encore et encore. La réponse est la sororité.

    J’ai de la compassion pour Catherine Deneuve et les autres signataires. Comme le disait René Char, la lucidité est la blessure la plus proche du soleil, et tout le monde n’est pas prêt à se brûler la rétine…

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    Yasmine Char, directrice de l’Octogone et écrivaine


    © Sophie Brasey

    Qu’elles me paraissent d’un autre monde ces femmes qui, sous prétexte d’élever le débat, estiment qu’il ne faut pas s’offusquer d’un frotteur dans le métro, nous enjoignant à l’envisager comme l’expression d’une grande misère sexuelle, voire comme un non-événement! Au nom de quoi faudrait-il, Mesdames, une fois de plus que nous prenions sur nous? Oui, il est judicieux d’élever nos filles de sorte qu’elles soient suffisamment informées (…) sans se laisser intimider ni culpabiliser mais quid de l’éducation des garçons? Vous n’en faites mention nulle part. C’est les tenir en bien piètre estime. Permettez-moi donc de disposer de votre «droit à importuner», non pas pour mettre la main au cul des hommes, mais plutôt dans le but de leur inculquer des valeurs.

    Que cela se passe à l’école ou dans le cercle familial, veiller à tout prix à ce que des mots comme liberté et respect soient bien entendus afin qu’ils circulent proprement, avec fluidité, autrement que par le biais de sales mains baladeuses.

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    Martina Chyba, journaliste et chroniqueuse


    © Jay Louvion

    J’aime les hommes.

    J’aime Schiele, j’en ai 5 dans mon salon (pas des vrais hélas).

    J’aime être séduite.

    J’aime la liberté sexuelle. Entre adultes consentants et dans le cadre de la loi.

    Mais justement. La liberté sexuelle c’est être libre de ne pas être «importunée». Ni gênée, ni emmerdée, ni harcelée, ni agressée, ni violée. Oui, une main inconnue sur mes fesses me dérange. Quand je drague un mec, je ne lui touche pas les testicules.

    Ce qui serait vraiment «galant», ce serait que les hommes gardent leur quéquette dans leur pantalon, leurs mains dans leurs poches et leur langue dans leur bouche tant qu’on ne leur a pas expressément dit oui. Et que l’abus de pouvoir dans les milieux professionnels (tu baises ou je te vire pour faire simple) soit impitoyablement sanctionné.

    Tout ceci étant valable pour les femmes aussi, bien sûr. Si nous sommes des homo à peu près sapiens, ça devrait quand même nous laisser une belle marge de jeu. Non?

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    Léonore Porchet, députée Verte au Grand Conseil vaudois


    © Keystone/Jean-Christophe Bott

    Les signataires confondent puritanisme et consentement. C’est tellement ignare des revendications féministes que c’en est affligeant.

    Oui, nous aimons et avons envie de sexe. Et c’est parce que nous aimons faire l’amour que nous voulons l’égalité entre les partenaires. Parce que ce n’est qu’avec cette condition que les fantasmes peuvent se réaliser librement, et donc avec plus de désir et de plaisir.

    Non, nous ne nous complaisons pas dans notre statut de proie, nous cherchons à en sortir. Nous soutenons qu’être femme, c’est se battre contre un système patriarcal hostile, au sein duquel nous sommes des guerrières du quotidien. Et nombre d’hommes se battent à nos côtés, car l’égalité les libérera aussi d’injonctions insupportables.

    Les violences sexistes sont bien un risque constant dont nous sommes la cible. Qui nous traumatisent parfois, parfois non, cela dépend des femmes

    et des attaques. Mais qui sont à chaque fois inacceptables. Notre parole et la solidarité de toutes et tous en viendront à bout!

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    Barbara Polla, médecin et galeriste

    Elle est une des deux signataires suisses, avec sa fille Roxane Varone, de la tribune parue dans Le Monde.


    © Magali Girardin

    Les auteures du texte, notamment Peggy Sastre, sont des femmes que j’estime. Elles introduisent dans ce dossier une plaisante voix discordante. Cela permet une libération de la parole ce qui, en l’occurrence, est une bonne chose. Nous sommes dans une phase d’accusation, de compensation.

    J’appelle de mes vœux l’esquisse de solutions, afin d’aller vers un sexe apaisé, de conquérir un plaisir réciproque. Je regrette la formation de clans qui opposent les femmes.

    Dire que certaines sont pour ou contre le viol, c’est ridicule. Forcément que nous sommes toutes contre. Quant au statut soi-disant privilégié des signataires, qu’est-ce que ça change? Les victimes de Harvey Weinstein ne sont-elles pas, en grande partie, des privilégiées? Leur souffrance a pourtant fait écho dans toute la société.

    Il faut que les femmes se retrouvent, même avec des avis divergents, au-delà de la question de classe.

     

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