culture

    «C'est pas bien, mais...», la B.D. qui dénonce la culture du viol

    Publiée le 27 novembre 2017 sur Facebook, la toute nouvelle bande-dessinée de l'artiste française Emma s'attaque à un sujet qui la hante depuis l'enfance. Appuyée par des anecdotes personnelles, elle s'interroge cette fois sur le comportement de certains hommes, en matière d'agressions sexuelles considérées comme «banales». 

    Publié le 
    5 Décembre 2017
     par 
    Ellen De Meester

    «C'est pas bien, mais... ce n'était pas un viol»: voilà le genre de réflexion qu'Emma voudrait proscrire. Dans une nouvelle série de planches publiées via les réseaux sociaux, la dessinatrice féministe de 36 ans met en évidence la facilité avec laquelle certains comportements irrespectueux sont considérés comme «banals» ou «pas graves», tant ils ont été intégrés aux codes de la société. Mains aux fesses, baisers volés, insistance et chantage émotionnel figurent parmi les habitudes reléguées à la normalité, et que vivent régulièrement de trop nombreuses femmes. 

    «Ce mythe est très présent dans nos sociétés: les hommes ne sauraient pas se contrôler, et pour éviter les "problèmes", ce serait donc aux femmes d'être moins attirantes. Ca s'appelle la culture du viol», résume l'illustratrice.

    Cette culture, Emma la subit depuis l'enfance. Lorsqu'elle n'était encore qu'une jeune écolière, elle se rendait à midi chez une «nourrice», accompagnée de plusieurs de ses camarades. Une fois attablée chez cette femme (qu'elle n'aimait pas beaucoup, puisqu'elle la forçait à finir ses épinards!), la fillette qu'elle était devait supporter les marques d'affection excessives du frère de sa gardienne. «J'avais le sentiment aigu que quelque chose n'était pas normal... mais j'étais visiblement la seule», constatait-elle, en voyant que ses camarades de classe ne trouvaient pas cette attitude déplacée. Et qu'en disait la nourrice? Rien. Hormis que comme l'enfant était «mignonne», elle avait un peu «provoqué la situation». Tout ça, c'était «normal». 

     

     

    La culture du consentement

    Afin d'étayer davantage son propos, Emma puise une seconde fois dans ses souvenirs personnels, revenant notamment sur sa première expérience sexuelle: son copain, qu'elle décrit comme «un mec lambda avec des tendances abusives», ne supportait pas qu'elle n'ait «pas envie» de sexe, et se mettait alors à la faire culpabiliser. «J'avais tellement intégré que c'était comme ça que je ne me suis pas vraiment défendue», ajoute la dessinatrice. 

    «J'ai compris que pour lutter contre la culture du viol, il ne suffisait pas de faire la chasse aux violeurs de parking. Il fallait aussi discuter avec les hommes de nos vies: nos frères, nos amis, nos partenaires... et leur apprendre à rechercher non pas du sexe à tout prix, mais du sexe clairement et librement consenti.»


    © Facebook EmmaFnc

    La nouvelle bande-dessinée n'a pas tardé à s'attirer une valse de commentaires, et de créer une discussion animée, sous la publication d'Emma. Quelques internautes masculins se sont légèrement offusqués, écrivant que le fait de communiquer une envie sexuelle à sa partenaire ne relève pas d'un comportement irrespectueux ou abusif, ou qu'il est délicat d'appliquer le terme «viol» à des faits moins graves. La dessinatrice leur a répondu que le problème venait avant tout de leur façon de communiquer cette envie, en tentant de faire culpabiliser et céder l'autre. 

    La question est infiniment sensible, éternellement débattue, et la définition des termes trop floue. Mais une chose est sûre: ainsi que l'explique la bande-dessinée, les violences sexuelles ne sont pas toujours commises par des «étrangers cachés dans des parkings». L'abus peut avoir lieu dans son propre salon. Et peu importe le contexte, il ne devrait jamais être toléré de se passer de consentement. 


    © Facebook EmmaFnc


    © Facebook EmmaFn


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