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Escapade: le boom des vacances nordiques

Oui, l’éden sur terre existe. Et tout le monde l’a vu au moins une fois, ne serait-ce que représenté sur un écran: des plages immaculées sans un chat à l’horizon, des bleus profonds, des bestioles bizarres voire un poil dangereuses, des kilomètres carrés de forêts vierges venant tremper leurs branches jusque dans la mer, un air chaud à 30 degrés… Euh, minute, comment ça, chaud? Vous n’avez pas dû insérer le bon DVD dans le lecteur. Car si chaleur il y a, elle se cantonne à votre manteau. Les baies éblouissantes, elles, sont celles de la banquise. Le bleu profond, celui des icebergs et des glaciers. Quant aux cocotiers, ils ressemblent furieusement à des sapins.

Normal: pour le voyageur, en 2015, le paradis terrestre rêvé est surtout un paradis blanc. Les pays froids, ultimes escales du désir? Bora-Bora et ses lagons peuvent presque aller se rhabiller. Les chiffres sont d’ailleurs là pour convaincre les sceptiques: alors que la croissance du tourisme tourne autour des 4% en moyenne dans le monde, elle atteint les 6% pour les destinations nordiques, qui comprennent la Scandinavie, mais également la Finlande, le Canada et autres contrées batifolant avec des mercures au fond du thermomètre. C’est même carrément l’explosion pour l’Islande, qui désormais enregistre à elle toute seule 24% de visiteurs en plus chaque année. «On observe clairement une augmentation des départs vers ces régions, confirme Anja Dobes, chargée de la communication chez le voyagiste Hotelplan Suisse. Ce boom est bien identifiable depuis ces trois dernières années.»

Bastions de la sécurité

Certes, il convient de mettre quelques guillemets à cette nouvelle ruée vers le nord. Les best-sellers pourvoyeurs de soleil et de climats généreux, façon Maghreb, Thaïlande ou Costa Rica, demeurent des chouchous des touristes. Mais les pays perchés sur la cime du globe connaissent un afflux inédit. Qu’est-ce qui a pu changer dans l’esprit des voyageurs pour les aiguiller à ce point vers les ours polaires? Il suffit de poser les yeux sur le site du Département fédéral des affaires extérieures, dont les recommandations passent de plus en plus pour des gyrophares rouge pivoine. «Beaucoup de destinations phares du tourisme des années 1990 et 2000 ont dégringolé à cause de l’insécurité, commente Rafael Matos-Wasem, géographe et professeur à la Haute Ecole de gestion et tourisme de la HES-SO Valais. Et les effets de la crise de 2008 ont accentué le phénomène.» Sans oublier les menaces récentes mais de plus en plus palpables du terrorisme. Face à cette planète guettée par la violence, aux dérapages imprévisibles, les Etats nordiques font figure de bastions de la sécurité et de la stabilité. Bref, ils inspirent confiance.

Et ouvrent même des voies pour envisager l’avenir avec espoir. Presque un luxe en ces temps troublés, comme l’analyse la philosophe lausannoise Alexandrine Schniewind: «Les populations du nord, en particulier les Scandinaves, nous fascinent car elles ont réussi à rendre leur vie chaleureuse dans un contexte difficile, souvent rude. On sent bien cette attirance via l’engouement actuel pour le design, le mobilier, ou encore la littérature de ces pays. Ils véhiculent des notions de simplicité, de confort et de pragmatisme sur fond de proximité de la nature.» Un retour à l’essentiel, en somme. Avec la triade magique paysage inviolé-silence-isolement, raréfiée sous nos latitudes et celles des tropiques. «Pour réunir ces trois conditions aujourd’hui, il n’y a quasi pas d’autres choix que de s’orienter vers le nord», souligne la spécialiste.

Durant l’Antiquité déjà, les contrées glacées titillaient les grands penseurs. Ils regardaient ces régions comme les limites de la Terre, habitées par les Hyperboréens, peuples insaisissables, mythiques, à mi-chemin entre les humains et les dieux. Même le célèbre philosophe Friedrich Nietzsche, au XIXe siècle, voyait en eux des individus authentiques, épargnés par la décadence et les dérives de la modernité.

Aventure intérieure

Dans la société superactive qui est la nôtre, habitée par le stress, par les addictions aux gadgets, le cap vers le nord a en effet quelque chose du pèlerinage. Un voyage réalisé autant à l’extérieur qu’à l’intérieur de nous-mêmes. «Ceux qui partent vers les régions froides sont évidemment attirés par l’aspect esthétique des paysages, mais ils cherchent aussi un ressourcement, à faire le vide face à une société de consommation saturée», explique Valérie Kohler, docteure en sciences économiques et sociales, et auteure d’une thèse sur le tourisme arctique à l’Université de Genève. Une quête aux allures presque mystiques, qui fait penser à celle d’un Paul Gauguin en Polynésie, le peintre pensant avoir découvert dans les Maoris une sorte de vestige de l’humanité originelle, sauvegardée des corruptions de la civilisation. «De nos jours, il y a quelque chose de ça dans le tourisme au Grand-Nord, note Valérie Kohler. Le nord, c’est le nouvel exotisme. On lui accole des notions telles que sauvage ou primitif. On l’envisage comme la dernière contrée mystérieuse de la planète, au point de la fantasmer. Et des choses anodines ici paraissent soudain exceptionnelles là-bas!»

Trolls & Cie

Le spectacle des aurores boréales, lui, se pare d’une dimension finalement plus magique et fantastique que scientifique. Et la moindre légende entendue devient un appel à la rêverie. Dès lors, il est facile de comprendre pourquoi certaines destinations ont décidé de mettre en avant leurs cultures ancestrales et les religions millénaires qui les accompagnent. En Islande, on assiste ainsi à un impressionnant revival des trolls et autres entités fabuleuses, et on n’ouvre l’Edda (un recueil de récits mythologiques) qu’avec vénération et respect. En Sibérie ou en Alaska, les pratiques chamaniques sont étudiées, valorisées, dépassant largement le simple bureau des ethnologues pour aller émerveiller les voyageurs.

Au travers de cette redécouverte du naturel et du merveilleux qui sommeille en chacun de nous, le seul écueil est sans doute de fantasmer sur les pays nordiques plus que de raison. Et d’y voyager trop à l’intérieur de soi, loin des réalités, des fragilités. «Je me souviens avoir vu, au Groenland, des touristes qui achetaient des cartes postales montrant des ours blancs et des immensités de banquise, raconte Valérie Kohler. Problème: il faisait 20 degrés et nous étions entourés de verdure.» Si l’appel de la forêt saupoudrée de neige est salutaire pour nos métabolismes en surchauffe, il tend déjà à se transformer, lui aussi, en tourisme de masse. Et la contre-culture du voyage nordique, synonyme de tranquillité, d’écologie, de responsabilité individuelle, pourrait bien perdre son âme. Dommage, souligne Rafael Matos-Wasem, parce qu’une fois qu’on «est entassés les uns sur les autres, il n’y a plus beaucoup de place pour la spiritualité».

L’Islande, l’hiver et les femmes

En termes de genres, les voyages vers le nord font plutôt preuve de parité. A peu près autant de messieurs que de dames mettent le pied dans la toundra, sur la banquise ou les pavés de Stockholm. A l’exception de l’Islande, peut-être, disent les statistiques de ces quatre dernières années. Durant la période hivernale, davantage de femmes que d’hommes se rendent sur l’île de glace et de feu. Avec l’arrivée des beaux jours, l’écart constaté disparaît progressivement. Besoin accru de sentiment de sécurité chez les voyageuses en solo? Recherche de paysages épurés pour méditer? Sans doute un peu de tout ça…

Les émergents

Depuis quelques années, plusieurs contrées nordiques se sont mises à faire de l’œil aux visiteurs. C’est notamment le cas de l’Islande. Ses paysages surréalistes, ses volcans faussement assoupis, ses cascades et sa star locale, Björk, ont contribué à faire de ce havre de basalte perdu dans l’Atlantique un incontournable du tourisme planétaire. Même succès croissant pour l’Alaska. Le 49e Etat américain a beau avoir ajouté son étoile au drapeau US en 1959, son atmosphère se révèle assez éloignée des Etats-Unis continentaux. On y découvre une nature quasi vierge, avec l’époustouflant parc de Denali en son cœur: les 6000 mètres immaculés du Mont-McKinley se voient à plusieurs centaines de kilomètres à la ronde.

Les classiques

Avec son immense territoire, ses chaînes de montagnes et ses lacs qui ne semblent avoir été créés que pour composer de superbes posters, le Canada demeure une destination de choix pour les amoureux du nord. On y va pour observer une faune variée (lynx, grizzly, ours noir et polaire, couguar), mais également les aurores boréales, dont la période idéale s’étend d’octobre à mars. Pour aller taquiner ces drapés nacrés dans le ciel nocturne, la Scandinavie est aussi très indiquée, de préférence au-dessus du cercle arctique, dans la Laponie finlandaise, suédoise ou norvégienne. Autres grands musts des régions septentrionales, les capitales Stockholm, Oslo et Helsinki continuent de capter la majeure partie des explorateurs du nord.

Les outsiders

Il n’y a pas que les pays scandinaves dans la vie! Face aux destinations fréquemment choisies par les voyageurs, certaines contrées commencent à laisser émerger la pointe de leur iceberg. Parmi elles, le Groenland, encore assez confidentiel, mais aussi les grands espaces de la Russie, et plus précisément la Sibérie. Souvent perçue comme un monotone océan de terres, cette dernière recèle en réalité de nombreuses perles, dont le lac Baïkal, le plus profond du monde. En hiver, sa surface gèle, permettant le passage des véhicules. Dans le passé, on y a même fait circuler des trains! Autre spot en plein essor: le Kamtchatka, une péninsule volcanique sur la côte pacifique. Sauvage, extrême, mais encore onéreuse.

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Les émergents: l’Islande avec ses paysages surréalistes, ses volcans faussement assoupis et ses cascades.

© Getty Images/First Light
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Les outsiders: le lac Baïkal en Sibérie est le plus profond du monde. En hiver, sa surface gèle, permettant le passage des véhicules.

© Getty Images/Moment RF

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