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«Positive sketching»: la méthode qui veut nous rendre plus optimistes

Positive sketching methode optimiste

Spoiler: Les experts assurent qu'il n'est même pas nécessaire de savoir bien dessiner pour appliquer la technique!

© My life Journal

D'un trait de stylo assuré, Cornelia Kauhs trace un petit dessin sur le coin de sa feuille. «C'est plus facile si je vous le montre directement», nous explique cette sketcheuse professionnelle, basée à Lausanne. Son cahier de notes, recouvert de croquis simples, de lignes et de lettres en 3D, ne ressemble à aucun autre. On y découvre un pan de son univers, une prise de notes qui lui est complètement propre. Un problème prend la forme d'un petit cactus parsemé d'épines, tandis qu'une nouvelle idée se transforme en ampoule. Un but à atteindre est, quant à lui, représenté par un chemin ondoyant, tout au long duquel sont écrites les étapes nécessaires à la réalisation de l'objectif. «Tout le monde sait dessiner ça», souligne-t-elle, en tournant les pages.

Plutôt que d'utiliser des mots, qui finissent par se ressembler tous, Cornelia Kauhs exprime sa pensée de façon plus personnelle, plus imagée. Pourquoi? Pour visualiser les idées ou les projets, afin de mieux les réaliser. Aussi enseigne-t-elle cette méthode à diverses grandes entreprises ou organisations, lassées des Powerpoint et désireuses de trouver une méthode plus stimulante pour leurs employés:

«Lorsque j'assiste à leurs réunions, afin de résumer l'ordre du jour sous forme de dessins, j'aide les entreprises à reformuler un problème de façon positive, ajoute-t-elle. En représentant un objectif futur de façon à le rendre visible, on guide la pensée et on visualise plus facilement le cheminement susceptible de nous mener au succès.»

Proche du «Mind mapping», qui consiste à trier des informations en vrac, afin de pouvoir s'y retrouver plus facilement, la pensée visuelle peut s'adapter à un simple usage quotidien. En effet, si Cornelia en a fait sa profession, le «sketching» peut s'adresser à tout le monde et promet de révolutionner nos agendas, listes de courses, présentations ou ardoises. Fans de «Bullet Journal», friands de liberté et de pages blanches à remplir, cet article vous est dédié!

Le sketching, au service de la pensée positive

Pour la psychologue Isabelle Pailleau et le formateur en pensée visuelle Philippe Boukobza, auteurs de l'ouvrage «Positive Sketching» (Ed. Eyrolles), la fusion de la communication visuelle et de la pensée positive peut avoir un réel impact sur notre épanouissement. Dans leur livre, ces deux experts montrent comment l'utilisation quotidienne de ces petits dessins et symboles est susceptible de guider notre pensée vers des réflexions plus optimistes: et puisque les pensées donnent naissance à des émotions, tout notre état d'esprit s'en trouverait requinqué!Dans leur ouvrage coloré, parsemé de jolis dessins simples à réaliser, ils démontrent que la méthode s'adresse à tout le monde et proposent quelques exemples de prise de notes («sketchnoting») ou d'organisation de la pensée. Nous leur avons posé quelques questions sur leur méthode.

Interview d'Isabelle Pailleau et Philippe Boukobza

FEMINA Comment définiriez-vous la méthode du «positive sketching», et en quoi se distingue-t-elle du «mind mapping»?
Isabelle Pailleau Le mind mapping est une technique de représentation graphique d’idées et de relations entre ces idées. Il s’agit d’un schéma centré qui développe une arborescence avec des branches, des mots clés et des pictogrammes. Le positive sketching, en revanche, est une approche différente, une forme plus libre d’expression visuelle qui souligne l’importance des mots et des symboles visuels positifs, afin d’agir positivement sur son état d’esprit et sur notre vision de nous-mêmes, des autres et du monde en général.

Est-elle accessible aux personnes qui sont persuadées d'être «nulles en dessin» ou ne se considèrent pas comme étant très visuelles?
Isabelle Pailleau
Ouiiiiiiii! Personne n’est «nul en dessin». C’est un jugement de valeurs. Il ne s’agit pas de dessin au sens académique mais de «gribouillage» plus ou moins élaboré.

Nous pouvons tous nous reconnecter à notre capacité à représenter les choses telles que nous les voyons. La pratique améliore ensuite notre graphisme. Un seul mot d’ordre «oser!» et suspendre le jugement au profit du plaisir que l’on trouve dans cette pratique.

Comment la méthode peut-elle a favoriser les pensées positives, au quotidien?
Isabelle Pailleau
Si j’alimente mon cerveau au quotidien avec des informations anxiogènes, déprimantes et douloureuses, je vais avoir une vision du monde très négative et qui jouera sur mon moral. Je ne verrai le monde que sous ce seul prisme. Si au contraire, j’alimente une vision du monde plus positives, mon attention va se porter sur ce qui m'est favorable, au fur et à mesure. C’est un principe de la psychologie positive et une découverte neuroscientifique qui met l’accent sur la manière dont nous percevons les choses: «L’important n’est pas ce qui nous arrive mais la façon dont nous regardons ce que nous arrive», disait Confucius.

Cette méthode permet donc de créer un petit univers visuel qui nous est propre: cela a-t-il des effets sur notre confiance en nous?
Isabelle Pailleau
Oui, c’est le but recherché. Nous avons tous une banque d’images qui nous sont propres et qui nous font du bien (un cœur, une étoile, un arbre...). Lorsque nous les utilisons régulièrement, nous renforçons notre sensation de bien être qui a une influence directe sur la manière dont nous nous percevons, ce qui renforce la confiance en nous. Cela alimente un cercle vertueux…

Dans quelles situations quotidiennes peut-on mettre en pratique la méthode, afin d'en tirer des bienfaits?
Isabelle Pailleau
Faire un petit résumé de la journée, par exemple, permet de mettre de la distance et de se focaliser sur le positif. malgré les ennuis qui ne manquent pas de nous titiller parfois. On peut aussi l'utiliser pour se projeter positivement dans les activités à venir.
Philippe Boukobza
Il peut être intéressant également de constituer une banque de mots positifs et une bibliothèque d’images positives que nous allons pouvoir insérer dans nos prises de notes visuelles.

Comment mettez-vous en peuvre la méthode, dans votre vie quotidienne?
Isabelle Pailleau
J’organise mes activités à venir en les «sketchnotant» dans un carnet. C'est-à-dire que je prends mes notes sous forme de dessins ou d'arborescences colorées. Aussi, je dessine tous les jours un personnage qui illustre une idée légère, je raconte mes vacances sous forme de sketching...
Philippe Boukobza
Pour ma part, je diminue ma charge mentale en commençant ma journée par une carte à bulles, afin de visualiser les tâches de la journée: un vrai soulagement visuel pour mes neurones! Comme Isabelle, je réalise régulièrement des «sketchnotes» colorées. Tout cela me rend attentif aux images et symboles positifs que je remarque autour de moi et que je redessine dans mon carnet pour enrichir ma banque d’images positives.

Que conseilleriez-vous à une personne qui aimerait tenter la méthode, mais qui ne sait pas très bien où commencer pour changer ses habitudes de prises de notes?
Isabelle Pailleau
Je lui conseillerais de démarrer sur des petites choses à faible enjeu, avec lesquelles elle peut se faire plaisir. Et de s’acheter un joli carnet, des crayons, des feutres… tout matériel qui lui donne envie de dessiner. Je conseillerais aussi de lire un livre sur la question ou de suivre une session de formation en sketchnoting si elle veut transformer sa prise de notes au quotidien, surtout si elle vise des enjeux plus importants.

J'ai testé: le Positive Sketching

Une semaine complète de dessins: cap' ou pas cap'? D'emblée, je sais que le perfectionnisme est mon ennemi numéro un. Isabelle Pailleau avait bien souligné le danger du «critique intérieur», rappelant qu'il est facile de se décourager, lorsqu'on veut «atteindre un niveau d'excellence». Je me vois déjà balancer une feuille froissée en boule à la poubelle, mais jure de persévérer.

Première tentative: la liste de courses. Habituellement très pressée, je note tous les aliments en vrac sur une feuille de papier ou sur mon téléphone, sans réfléchir à mon parcours dans le magasin. De cette manière, je finis évidemment par oublier au moins trois produits (ce sont souvent les yaourts). Alors, pour changer, j'essaie de griffonner ma trajectoire dans le supermarché, en ajoutant des petits symboles pour signifier les rayons (une carotte, un œuf, un morceau de fromage...), à côté desquels je note tout ce dont j'ai besoin. Résultat? Les yaourts sont bien tranquillement assis dans mon frigo!

Au travail, le verdict est sans appel: je suis trop lente pour prendre l'intégralité de mes notes sous forme de «sketchnotes». Malgré le fait que j'aime beaucoup dessiner, il m'est impossible de recopier toutes les informations qu'on me donne de cette façon. Déjà faut-il trouver le symbole nécessaire à représenter l'info, mais, happée par le perfectionnisme, je suis incapable de me contenter d'un dessin bref. La solution est apparue naturellement, au fur et à mesure que je le temps pressait: je réalise à présent mes petits symboles tout en haut de chaque page de mon agenda, avant d'écrire normalement mes tâches de la journée, juste en-dessous. Et depuis, lorsque je prépare une séance, mes feuilles de notes se retrouvent systématiquement recouvertes de joyeux arabesques. J'ai l'impression d'être une héroïne de bande-dessinée!

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