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Indochine: notre rencontre avec Olivier Gérard, alias oLi dE SaT

Indochine Olivier Gerard

oLi dE SaT, alias Olivier Gérard, était initialement un fan du groupe Indochine. C'est en envoyant des cassettes à Nicola Sirkis qu'il a fini par attirer son attention.

© Getty

FEMINA Parlez-nous de ce nouvel album, «13», dont la sortie est prévue pour le 8 septembre 2017.
Olivier Gérard / oLi dE SaT
Nous avons mis deux ans à écrire cet album, ce qui en fait le disque le plus long à réaliser, en temps de composition. Nous nous sommes montrés particulièrement exigeants: on a beaucoup soigné la production, la composition, et Nicola ses paroles, bien évidemment. On a fait appel à un mixeur qui avait travaillé avec Daft Punk: il y a beaucoup d’électro dans les sons, car nous voulions atteindre une résonnance actuelle. Je pense que certains titres, très électro-techno, surprendront le public.

Il s'agissait également de peaufiner l'univers graphique, et notamment la pochette de l'album, réalisée par [le photographe néérlandais, ndlr] Erwin Olaf. Le visuel a toujours joué un rôle très important dans Indochine, et nous sommes honorés qu’Erwin Olaf ait amené cette photo comme une véritable œuvre: initialement, l'image n'avait pas été pensée comme une pochette d’album, mais comme une photo d'exposition.

Il ne faut pas oublier que le groupe a 37 ans. Nous nous posons beaucoup de questions: comment l’album sera-t-il perçu? N’y a-t-il pas de redite? Il s'agit d'un questionnement qui n’était peut-être pas présent il y a une dizaine d’années.

Cela vous tracasse?
«Tracasser» n’est pas le mot, mais c’est là que se trouve notre principale exigence: essayer de se renouveler et proposer ce que nous estimons être nouveau, en sachant qu’Indochine a quand même sa patte et sa marque.

Comment vivez-vous le fait d’être membre d’un groupe dont des millions de fans attendent le nouvel album?
C’est très curieux. Quand nous sommes en tournée, nous sommes sans cesse confrontés à cela. Mais à côté, nous vivons tous nos vies normales, sans évoluer dans le circuit des soirées parisiennes et des «afters»… Nous avons tous des vies plutôt calmes. Parfois, c’est étrange, quand on est subitement confronté à un fan qui, en pleurs, demande un autographe: ce changement de monde est particulièrement troublant.

Car j’ai un quotidien tout à fait normal, je fais mes courses à Auchan comme tout le monde. On ne se rend pas forcément compte de ce qu’on véhicule. Même quand on compose, Nicola et moi, on travaille dans une petite structure, seuls dans un petit studio. On n’est jamais confronté au succès que le groupe peut engendrer, finalement.

Vous avez l’impression de mener une double vie?
C’est un peu ça. Les deux se marient très bien, mais c’est au-travers du regard des fans que nous réalisons que notre travail représente bien plus que de la musique pour eux. Parfois, cela en devient presque un besoin vital, vu la façon dont certains nous en parlent. C'est curieux, mais c’est grâce à cela que le groupe existe depuis 37 ans: ils nous ont portés, même dans les années 90, quand le groupe passait dans le creux de la vague. Ils veulent défendre Indochine à tout prix. Pour certains, il s'agit un peu d'un compagnon de vie: on reçoit parfois des lettres très touchantes dans lesquelles des gens nous disent que tel morceau a sauvé leur vie.

Vous parvenez à réunir plusieurs générations depuis des années. Comment expliquez-vous cela?
C’est l’élément irrationnel: pourquoi ce groupe a-t-il réussi à créer ce lien multigénérationnel? C’est inexplicable. Peut-être parce qu’en vue des arrivées et des départs de certains membres, Indochine a connu plusieurs vies différentes? Peut-être parce que Nicola, le seul maître à bord présent depuis le début, écrit des textes qui touchent infiniment les gens. Mais il me semble aussi, d'après ce que nous en dit le public, qu'il n’y a pas beaucoup d’équivalence en France: un groupe pop-rock qui donne beaucoup d’importance au visuel, alors qu’on n’a pas forcément cette culture de l’image, dans le pays.

Votre pseudonyme est oLi dE SaT, mais est-ce vrai qu'on vous appelle également le «Chat sur Mars»?
Oui, ce surnom vient de l’album «Alice & June», datant de l’époque où Nicola lisait «Alice au pays des Merveilles» à sa fille: il avait trouvé ce personnage-là pour moi, le chat sur Mars. La raison véritable, je ne la connais pas vraiment. Mais le surnom est resté un petit moment, les fans m’appelaient également comme cela.

Initialement, vous étiez vous-même un fan du groupe: avec le recul, en vous souvenant de l’époque où vous envoyiez vos remix à Nicola, dans l'espoir d'attirer son attention, que vous dites-vous?
Je suis quelqu’un qui a les pieds sur terre. J’ai encore du mal à me rendre compte que les gens me reconnaissent, car je ne vis pas du tout dans le «trip» de l'artiste qui cultive cela. Je suis entré progressivement dans le groupe, mais pendant 4-5 ans je ne me sentais pas légitime, surtout lorsqu’on jouait des anciens morceaux d’Indochine.

Avant, quand le public applaudissait, je ne me sentais pas légitime de recevoir ces applaudissements, car je n’étais pas là à l’époque où ces titres ont été écrits. C’était une drôle de sensation, très troublante. Cela a créé un lien entre moi et les fans; je suis un peu comme leur pote, celui qui a réussi à passer de l’autre côté.

Vous incarnez leur rêve! Est-ce qu’ils vous en parlent, parfois?
Ils m'envoient beaucoup de morceaux à écouter, car ils savent que je suis aussi passé par-là. Je me souviens de ce que c’était d’être fan, d’avoir cet âge-là, d’être rempli de rêves.... Du coup, j’essaie d’écouter toutes les compos qu’ils m’envoient.

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Et vous, de qui êtes-vous fan? Quelles sont vos inspirations musicales ?
Je pense que lorsqu'on est mélomane, il y a toujours un ou deux artistes qui vous suivent toute votre vie et vous donnent l’impression que c’est exactement ce que vous vouliez entendre. Pour moi, il s’agit du groupe «Nine Inch Nails». Quand je l’ai écouté pour la première fois, au début des années 90, j’ai eu une révélation. C'est un groupe sans concession, avec un univers graphique très travaillé, et des textes bien écrits, ce qui est plutôt rare dans les paroles anglosaxones (rires). En français, j’aime beaucoup Christophe, Arman Méliès, les textes de Dominique A... Ce qui est curieux en France, c’est qu’il y a beaucoup de talents, mais qu’ils ne sont pas forcément connus du grand public.

Et pour composer?
Je suis très visuel, je travaille beaucoup avec les images: pour moi, chaque son est une image. Dans ma tête, tout est très photographique. Quand je vois un film et que j’en sors tout à fait euphorique, j’ai tout de suite envie d’aller dessiner. J’ai fait des études d’art graphique, ma femme est peintre; je vis dans un univers ou les deux arts sont constamment liés.

En 2015, quand vous avez commencé à travailler sur cet album, quel était le processus?
La seule directive dont Nicola m’ait fait part est qu’il voulait un album court… et c’est raté (rires)! Il trouvait, à juste titre, que de nos jours les gens n’ont plus le temps d’écouter de la musique et qu’il faut que tout aille plus vite. Nous avons tous les deux des enfants, nos filles sont d’ailleurs très amies: et nous voyons que les consommations de musique changent, que les leurs sont à des millénaires des miennes.

Moi, quand j’étais ado, je comptais les jours avant la sortie d’un album, je le mettais sur ma platine vinyle ou mon lecteur CD, je prenais une page blanche et je dessinais en écoutant les paroles. C’était presque une écoute religieuse!

La nouvelle tournée d'Indochine, le «13 Tour», débutera en 2018 avec un passage à l'Arena de Genève le 26 avril 2018. Si Nicola Sirkis annonçait, en 2015, qu'il s'agirait d'une très, très grande tournée, Olivier Gérard n'a pas hésité à confirmer cela: «Comme pour la précédente, nous allons essayer de mêler image et musique avec un concept qui va faire du bruit, explique-t-il. Je pense qu'il va donner le vertige.» Littéralement? lui demandons-nous. Ses yeux brillent, l'espace d'un instant, avec l'enthousiasme malicieux d'un enfant plein de rêves. «Vous verrez bientôt», répond-t-il avec mystère.


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