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    Mettez vos émotions en musique

    Si elle fait rire, danser, pleurer, elle peut aussi vous transformer. À condition de savoir l’écouter, la musique est un formidable instrument de connaissance de soi à votre portée.

    Publié le 
    11 Juillet 2017
     par 
    Erik Pigani

    Faites-vous, dans votre vie quotidienne, la différence entre «entendre» et «écouter»? Lorsque vous écoutez une chanson ou une œuvre musicale, prêtez-vous attention aux détails parfois aussi subtils que sublimes de l’orchestration? Aux violons qui portent la mélodie, à la guitare qui souligne une phrase, au hautbois qui développe un contre-chant, aux contrebasses qui accentuent un rythme? En fait, la plupart d’entre nous entendent plus qu’ils n’écoutent, car notre société bruyante et survoltée nous incite peu à être attentifs aux détails de notre environnement sonore. Sans oublier l’éducation, souvent peu portée sur le développement du sens de l’écoute… de la musique comme des autres!

    Un problème déjà relevé il y a plus d’une cinquantaine d’années par le psychologue américain Carl Rogers, fondateur de l’approche centrée sur la personne, qui avait dû créer le concept d’«écoute active» comme base de travail pour les thérapeutes. A une époque où la musique nous environne constamment, où quelque cent millions de personnes utilisent quotidiennement un baladeur numérique en Europe, elle est généralement perçue comme un assemblage de sons, une sorte de magma. Agréable, certes. Mais qui ne laisse finalement qu’une sensation de plaisir éphémère.

    Une note d’introspection

    Pourtant, «écouter» la musique, c’est ouvrir la porte à soi-même, car l’écoute attentive provoque instantanément une réaction psychophysiologique de vigilance et de présence à soi. Regardez les chefs d’orchestre, face à des formations symphoniques de soixante musiciens et plus, capables de distinguer chaque instrument, chaque note, chaque ligne mélodique, chaque contre-chant glissé au cœur d’une œuvre magistrale. Regardez, dans le même temps, quel exemple de présence à eux-mêmes ils donnent. Et, au-delà de la technique, combien ils parviennent à faire passer une émotion à travers tout un orchestre. Car là est le secret: avec la musique, plus l’écoute est attentive, précise, plus la qualité d’émotion le sera.

    Exact parallèle avec la technique de l’écoute active de Rogers, qui permet au thérapeute de mieux percevoir les émotions et sentiments de son patient pour l’aider à les formuler, à donner forme aux différents aspects d’une dimension affective souvent non verbalisée. Or, nos émotions, lorsqu’elles sont définies, exprimées et gérées, ont un réel pouvoir de transformation. «Sans émotions, il est impossible de transformer les ténèbres en lumière et l’apathie en mouvement», disait Carl Gustav Jung. Le pouvoir «guérisseur» de la musique est connu depuis l’aube des temps. Il a même permis à cet art de devenir aujourd’hui une pratique à part entière. Les études en neuropsychologie les plus récentes nous ont donné l’une des clés de ce pouvoir: la musique – qui n’a rien d’immatériel, comme on pourrait le croire, car les sons, porteurs de fréquences et de vibrations, agissent directement sur nos cellules – touche et fait réagir de très nombreuses zones de notre cerveau.

    La clé de soi

    Voilà pourquoi elle peut nous faire réagir de mille façons, éveiller des sentiments et des émotions, faire surgir des souvenirs, évoquer des images, faire éprouver des sensations physiques, ou même nous porter jusqu’aux dimensions les plus lumineuses de notre âme. «Elle touche un matériel archétypal si profond que ceux qui la jouent ne s’en rendent pas compte», expliquait encore Jung. C’est justement grâce à ce pouvoir d’éveil de nos émotions qu’elle nous permet d’entrer au plus profond de notre psyché et de nous ressourcer. Pourtant, si la musique est un art universel, chacun d’entre nous la perçoit différemment, avec sa culture, son éducation, sa façon unique d’écouter et, surtout, sa propre structure psychique. En somme, sa façon de voir et de vivre le monde. Donc de l’entendre…

    Créez votre playlist émotionnelle

    Il est des musiques que nous nous repassons en boucle. Mais savons-nous pourquoi? Plongez dans votre discothèque et écoutez ce que vos préférences vous disent. Cet exercice très simple vous permettra d’établir une liste d’œuvres qui vous aideront à vous retrouver.

    1. Dans cette liste d’émotions positives, choisissez-en trois qui vous permettent de vous sentir au meilleur de vous-même. Prenez votre temps pour y réfléchir, écrivez-les et mettez votre note de côté. Gaieté, enchantement, amusement, extase, fierté, satisfaction, joie, bonheur, ravissement, euphorie, soulagement, réconfort, détente, patience, calme, tranquillité, espoir, respect, étonnement, contentement, vaillance, délectation, nostalgie positive, émerveillement, plaisir, jouissance, volupté, tendresse, passion, amour, pitié, bienveillance, compassion, admiration, harmonie, apaisement, sérénité, sécurité, bien-être, courage, ardeur, force morale.

    2. Prenez un moment pour écouter et réécouter, avec la plus grande attention possible, vos musiques préférées ou des œuvres que vous avez envie de découvrir. Pour chacune d’elles, essayez de définir spontanément les deux émotions principales qui la caractérisent en vous référant à notre liste.

    3. Ecoutez une nouvelle fois attentivement l’œuvre choisie pour essayer de répondre à la question: «Pourquoi cette musique évoque-t-elle pour moi cette émotion?» Soyez le plus précis possible.

    4. Lorsque vous pensez avoir établi une liste d’œuvres satisfaisante – une vingtaine est un minimum –, reprenez les trois émotions que vous aviez choisies et comparez-les à la liste des sentiments que vous avez attribués aux œuvres. Vous pourrez ainsi relever les pièces musicales qui correspondent le plus aux sentiments dont vous avez besoin dans les différentes circonstances de votre vie pour vous sentir vous-même, voire pour vous ressourcer. Vous remarquerez aussi que nos émotions positives, soutenues par la musique, ont un réel pouvoir de transformation intérieure.

     

    Rubrique réalisée en partenariat
    avec «Psychologies Magazine»
    dont le numéro 375
    est disponible en kiosque.
    A consulter aussi sur psychologies.com

     

     


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