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Thriller

Auteure de polar: Emmanuelle Robert, la serial killeuse

Emmanuelle robert serial killeuse

Ce qui tient à cœur à l'auteure Emmanuelle Robert: «L’égalité des droits au sens large, sans restriction de sexe, de couleur de peau, d’origine, de religion ou que sais-je, m’est absolument fondamentale.»

© Brigitte Besson / Mise en beauté Sandrine Thomas

À la voir si solaire, enjouée et (bonne) vivante, on peine à imaginer qu’Emmanuelle Robert est une tueuse en série. Et pourtant, si!

De fait, des semaines durant, cette native de La Chaux-de-Fonds, exilée à Montreux quand elle était encore petite, a en effet passé l’essentiel de ses journées à élaborer, peaufiner puis exécuter des meurtres plus horribles et vicieux les uns que les autres. Des crimes de fiction, évidemment.

Dans un éclat de rire, elle assume: «Mon premier roman, Malatraix (Éditions Slatkine, qui vient de lancer le 3e tirage, ndlr), est en effet bien sombre. Mais le registre du polar – un genre que j’adore depuis que j’ai lu les Agatha Christie et la série des Sherlock Holmes quand j’avais 8 ou 9 ans – est l’un des moyens polis de parler des grandes questions de l’existence et, pour moi, d’aborder des thématiques qui me sont chères.»

Dont la nature, qui lui procure un ressourcement essentiel, et les passions humaines, qu’elle a découvertes notamment en dévorant les mythes et légendes grecs et les grands classiques de la littérature, à l’âge où ses camarades ne juraient que par Goldorak. Ou encore la solitude, si tristement d’actualité et qu’elle avait «besoin de thématiser». Mais ce n’est pas tout.

Double appartenance

Car, bien évidemment, elle a mis beaucoup d’elle-même dans la plupart de ses personnages. De son «moi idéal» qu’elle estourbit dès les premières pages à la crapule tueuse dont on ne découvre l’identité qu’après avoir crapahuté entre Lausanne, la Riviera et les sublimes paysages des Alpes vaudoises, tous ses héros de papier lui empruntent de petites caractéristiques. Ainsi l’amour de la montagne qu’elle partage pleinement, les goûts musicaux des uns et des autres, qui sont aussi les siens, ou les gros mots en espagnol et en yiddish – une originalité langagière qu’elle avoue en riant.

De même que la notion de double appartenance qu’elle a elle-même vécue: «J’en ai fait l’expérience à ma toute petite échelle, quand j’étais à l’école. D’un côté, il y avait les Vaudois, et de l’autre… nous, le reste du monde!» s’amuse-t-elle. Avant de reprendre, plus sérieusement:

«Au travers de mes protagonistes, je voulais montrer qu’on peut être très attaché à une région et s’y intégrer parfaitement tout en venant d’ailleurs.»

Autre problématique qui lui tient particulièrement à cœur, et qu’elle aborde avec empathie au fil de son récit polyphonique, l’égalité des chances.

Le droit d'être qui elle veut

Là encore, elle sait de quoi elle parle. Née en 1975 dans une famille modeste, cette intellectuelle pétillante était en effet doublement programmée pour l’échec. Non seulement son milieu constituait un handicap majeur aux yeux de certains profs, mais, de plus, elle était de sexe féminin:

«Je pensais sincèrement que certains métiers m’étaient interdits en raison de mon genre.

Mes rêves de devenir astronaute ou médecin ont été rapidement tués dans l’œuf… même s’il s’est vite avéré que j’étais de toute manière plus littéraire qu’autre chose!»

Tout en jetant un regard tendre sur les posters d’Alice Rivaz et de Corinna Bille qui trônent dans son bureau de la Bibliothèque cantonale et universitaire, à Dorigny, l’écrivaine reprend: «Je me suis acharnée pour pouvoir suivre les études que je voulais, j’ai travaillé pour Amnesty International, puis comme journaliste, avec toute l’ouverture qu’offre ce genre de job, mais il m’a fallu des années pour me libérer de ces fausses croyances. Et pour comprendre que tous ces modèles ne sont que des constructions et que moi, en tant que femme, fille d’ouvrier, même si tout est loin d’être rose en termes d’égalité, j’ai le droit d’être qui je veux, comme je veux. C’est aussi cela que j’ai voulu faire passer dans Malatraix

Emmanuelle Robert a raison: le polar permet décidément de soulever de grandes questions.

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