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Objet du désir

Chaussettes, le retour en grâce

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La chaussette, partout cet hiver 2020, fait rire ou fulminer les Parisiennes et donne envie aux Américaines de déambuler négligemment dans les rues de Paname… Même Lily Collins, l’Emily de la série Netflix Emily in Paris a adopté le combo plutôt osé mi-bas et talons, façon color block.

© Imaxtree

Simple sous-vêtement nous permettant de garder nos fragiles petits pieds au chaud, la chaussette? O que non! Ou peut-être oui, mais ça, c’était avant. Sur les catwalks d’abord, elle est devenue un it-accessoire comme les autres, au même titre qu’un sac ou qu’une chaussure. Il suffit de baisser le regard sur les pieds des mannequins de Prada, Miu Miu ou Chanel pour s’en assurer. Elle est ensuite descendue des podiums pour venir se glisser sur les chevilles des influenceurs, ultra-voyante, parfois bardée de logos. Et la voilà désormais mise en vedette jusque dans les rues helvétiques, sur les mollets des hommes comme des femmes, quel que soit leur âge. «Il faut toujours commencer par chercher s’il y a des raisons pratiques à une tendance, analyse Stéphane Bonvin, longtemps journaliste et consultant mode, toujours passionné. Et il y en a une: depuis 7-8 ans, beaucoup d’hommes portent les pantalons très courts, qui s’arrêtent bien au-dessus de la cheville. Du coup, la cheville se voit beaucoup plus, elle devient une zone du corps qu’on ne peut pas négliger, et même qu’on peut parer ou utiliser pour raconter des histoires, faire passer des messages.»

Mais il y a chaussette et chaussette, attention. Celle de sport, blanche, cartonne ainsi particulièrement chez les plus jeunes. «La tendance, dans ce cas, vient de la culture sport, car les tenues sportswear ont envahi le vestiaire citadin, d’abord avec les baskets et ensuite – logiquement – avec les chaussettes», ajoute Elizabeth Fischer, professeure à la HEAD, la Haute Ecole d’art et de design, à Genève. Et le retour en grâce des années 90 a encore accéléré le mouvement. «La chaussette de tennis blanche fait partie de cette mode des années 90, courte ou haute, portée avec des baskets et un jean clair», observe ainsi Gabrielle Baggio, styliste auprès du bureau de tendance Peclers, à Paris.

Miuccia, figure tutélaire

La chaussette fantaisie, elle aussi, vit un nouvel âge d’or, avec ses marques populaires phares, comme Happy Socks, ses pièces iconiques (celles de la maison Gucci, avec le hashtag #guccisocks pour en attester) et ses figures tutélaires, comme Miuccia Prada, papesse de la mode italienne qui a, la première, starifié la chaussette, sur elle-même comme sur les silhouettes des défilés Miu Miu. «Miuccia est la vraie icône, la grande patronne des chaussettes, elle s’amuse avec, détourne les codes bourgeois de cette pièce», apprécie Elizabeth Fischer, responsable du département design bijou et accessoires à la HEAD.

Mais au-delà d’un simple effet de mode, la raison de ce succès sans précédent s’expliquerait aussi par une certaine… saturation.

«Tout, dans notre univers de l’image, devient saturé de signes, note Stéphane Bonvin. Il n’y a plus une zone du corps, une partie de la maison ou des loisirs qui ne soit exploitée par les designers.»

La chaussette participerait ainsi de cette tendance à vouloir que tout, dans la vie, soit mis en scène, paré, mis en valeur… «et instagrammable! De la couleur de sa prise électrique à celle de sa brosse à dents», ajoute notre expert.

Dans cet univers saturé, la chaussette a l’avantage supplémentaire d’être abordable. «On le voit notamment chez les 15-25 ans, c’est un accessoire accessible pour s’offrir une pièce de luxe, comme Balenciaga ou Off-White quand on n’a pas le budget pour acheter un pull de la marque», précise encore Gabrielle Baggio.

Birkin en Birkenstock

Après, ce n’est pas parce qu’un accessoire s’est démocratisé qu’il va falloir se ruer sur des chaussettes à têtes de lapin, surtout si on doit porter un costume trois-pièces au travail. «La mode est toujours contextuelle, précise Elizabeth Fischer. Oui il y a des trends, mais Miuccia Prada peut se permettre des choses qu’une femme dans les hautes sphères de la pharma ne pourra pas.» Et, outre les codes vestimentaires de certaines professions, il s’agit aussi d’être en accord avec son identité. «Etre à la mode, c’est une chose, il faut ensuite être en phase avec son propre style, ce que j’appelle sa signature, explique Carole Grimm, conseillère en image. Jane Birkin en Birkenstock et chaussettes? Ça marche. Par contre, ce ne sera pas le cas avec une Pamela Anderson, au hasard. Maintenant, quoi qu’il en soit, avoir la tête de son chat ou de son chien sur ses chaussettes, je ne suis pas sûre que ce soit une excellente idée de cadeau de Noël…»

Tête de chat mise à part donc, c’est là encore un des secrets des chaussettes: affirmer son style, tout en discrétion. «C’est un support facile et discret qui peut permettre d’assumer ses convictions ou son appartenance à une cause», assure Gabrielle Baggio. Motifs arc-en-ciel pour évoquer la cause LGBT+, messages militants, clins d’œil plus anecdotiques, tout est possible. «Je pense que le plus important est de rester fidèle à soi-même et, surtout, d’assumer cette touche d’originalité, résume David Fernandez, alias Notanitboy, un des rares influenceurs mode mâles de Suisse romande. D’ailleurs, même dans les milieux plus conservateurs, comme la politique ou la finance, on voit de plus en plus d’originalité de ce côté-là.»

Trouver la bonne chaussette ressemblerait donc à un travail d’équilibriste, rendu plus délicat du fait que cette pièce d’habillement se situe à l’intersection entre le public – le pied – et l’intime – la jambe. «Si un homme ou une femme exhibe ou soigne l’apparition de sa chaussette, indirectement, il ou elle attire l’attention sur la peau, sur la jambe dessous le tissu du pantalon, conclut Stéphane Bonvin. C’est un signal qu’on met en scène la vie de la peau.» Qu’on se le dise: la séduction passe aussi par la chaussette.

Sur les podiums

Défilé Chloé automne-hiver 2020-2021 © Imaxtree

Sur le catwalk des dernières fashion weeks, c’est le it-accessoire du moment. Davantage qu’un sac ou un bijou, tout autant qu’une chaussure, la chaussette ou le mi-bas réaffirment la silhouette.

Oser les contrastes

Défilé Miu Miu automne-hiver 2020-2021 © Imaxtree

Elle est sans discussion la figure tutélaire, l’icône de ce retour de hype. Miuccia Prada, l’âme de Miu Miu, a fait de la chaussette son dada. Son petit plaisir? mélanger des pièces épaisses, voyantes, parfois même roulées sur la cheville, avec des escarpins plus sophistiqués. Un décalage depuis adopté et adoubé urbi et orbi par les influenceuses mode.

Les rues de Paris

© Getty Images

Elle fait rire ou fulminer les Parisiennes et donne envie aux Américaines de déambuler négligemment dans les rues de Paname… Lily Collins, l’Emily de la série Netflix Emily in Paris a adopté le combo plutôt osé mi-bas et talons, façon color block.

Mes chevilles ont quelque chose à dire

© RATP

Dans notre univers de l’image, saturé de signes, les marques doivent trouver de nouveaux supports pour faire passer leur message. Dernière en date, la RATP, qui gère les transports publics dans la région parisienne, a sorti pile pour les Fêtes des chaussettes avec le lapin Serge, cette mascotte qui explique dans les rames de métro comment ne pas se faire pincer par les portes qui se referment.

Arme de séduction

© Instagram Emrata

Evidemment, certains followers d’Emily Ratajkowski ne l’auront peut-être pas remarqué, mais à sa manière, le mannequin américain a totalement suivi la tendance en arborant sur son compte Instagram des chaussettes de sport blanches – et rien d’autre – pour faire savoir que sa première grossesse se passait bien. Ce symbole sportswear fait désormais partie intégrante du vestiaire citadin, tout comme la basket, voire, chez les plus jeunes, le pantalon de training.

Birkenstock

© Instagram Birkenstock

«On entre là dans un registre périlleux, prévient David Fernandez, NotanItBoy sur Instagram. Certains seraient prêts à crier au scandale, toutefois ce combo peut donner des super-looks, mais il faut assumer!» Oui, la combinaison Birkenstocks et chaussettes, façon hipster nonchalant, pourrait bien séduire de ce côté-ci de la Sarine. Presque un style de vie à porter à son pied.

Chaussettes Gucci

© Instagram Chiquegucci

#Guccisocks, c’est le hashtag qui s’emballe sur les réseaux. La paire de chaussettes arborant le logo de la maison italienne s’arrache sous diverses déclinaisons (à paillettes, couleur chair, verte). «La chaussette permet de se faire un look griffé pour pas cher, c’est vraiment l’accessoire ultime ces jours-ci», assure Carole Grimm, conseillère en image.

Chaussettes rigolotes

© Gabrielle Henderson / Unsplash

C’est LA grande question des socks-addicts: peut-on tout se permettre? Pour Gabrielle Baggio, styliste pour le bureau de tendance parisien Peclers, c’est très subtil. «Une version flashy ou à motifs peut mettre en avant un look plutôt minimal et simple. La chaussette Bob l’éponge avec un costume strict risque de faire décalé ou faute de goût, mais si elle est assumée et en accord avec le look, pourquoi pas!»

La force est avec lui

Le premier ministre canadien Justin Trudeau a inventé la diplomatie de la chaussette. Fan de Star Wars, on l’a spotté avec Chewbacca ou C-3PO à ses chevilles, mais pas que. Couleurs arc-en-ciel pour la cause LGBT, souhaitant un joyeux Aïd aux musulmans, aux couleurs de l’OTAN, rien ne l’arrête.

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