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Reportage: une journée avec Jessica Ribeiro, infirmière

Reportage: une journée avec Jessica Ribeiro, infirmière

«Lorsque j’ai changé de poste pour celui que j’occupe actuellement, avec des horaires réguliers, j’ai constaté une incroyable amélioration de ma qualité de vie. Je privilégie le temps passé avec mon mari et ma fille [...].»

© Sophie Brasey

6 h

Ce n’est pas le réveil qui sonne, mais les cris d’Ella, 6 mois, qui tirent Jessica Ribeiro des bras de Morphée.

7 h 15

Reportage: une journée avec Jessica Ribeiro, infirmière
© Sophie Brasey

Le bazar de la petite est prêt. Jessica a juste le temps de finir sa tasse de café lorsque sa mère frappe à la porte. Sans possibilité de garde, ni dans sa commune de la Riviera lémanique ni à la crèche du CHUV, Jessica confie Ella à ses parents, son beau-père ou son frère. Toute la famille se mobilise pour donner un coup de main. Car cette infirmière HES travaille à 80%. Et impossible d’occuper un taux plus bas. «Le salaire ne serait pas suffisant», déclare Jessica.

«Comme ce métier est traditionnellement féminin, il est moins valorisé au niveau salarial, par rapport à d’autres formations HES.»

Jessica a toujours souhaité travailler dans le domaine de la médecine, mais ne lui parlez surtout pas de vocation. «Pour moi, ce mot renvoie aux religieuses qui travaillaient gratuitement en se sacrifiant pour les autres. Le métier infirmier a fortement évolué depuis, or la notion de sacrifice a tendance à persister dans la société.»

8 h 15

Reportage: une journée avec Jessica Ribeiro, infirmière
© Sophie Brasey

En cette matinée pluvieuse de novembre, le quartier de la Riponne, à Lausanne, est déjà animé. Jessica s’engouffre dans un immeuble discret. Cela fait deux ans qu’elle travaille au Centre vaudois anorexie boulimie. Ce lundi, Jessica est chargée de l’orientation. Après avoir englouti son petit-déjeuner devant l’ordinateur, qui affiche l’agenda journalier, elle rassemble une pile de dossiers. «Ce sont les nouvelles demandes de prise en charge que je vais évaluer.» L’infirmière passe une bonne partie de la matinée au téléphone, avec les patients, les familles, les médecins, parfois l’école ou le foyer des malades. «C’est tout un boulot d’évaluation clinique, mais également un travail motivationnel.» La jeune femme baisse les yeux sur les dossiers. «Il y en a six aujourd’hui. Je n’arriverai pas à tout traiter», soupire-t-elle. Au début de la pandémie, l’équipe a observé une vague de détresse, surtout chez les jeunes. «Lors de cette période intense, il a fallu absorber le travail supplémentaire, réorganiser les tâches journalières entre collègues», se souvient Jessica. La solidarité, un pilier du métier infirmier.

10 h

C’est l’heure de la collation pour les neuf patientes présentes à l’hôpital de jour. «Je les accompagne, je vérifie leurs besoins et leur explique ce qu’elles vont manger, résume l’infirmière. Une collation peut être compliquée pour une personne qui souffre de trouble alimentaire.» L’instant est parfois fort, symbolique. Comme lorsqu’une ado parvient enfin à manger une pâtisserie laissée de côté pendant des années.

11 h 30

Reportage: une journée avec Jessica Ribeiro, infirmière
© Sophie Brasey

La pesée est un rendez-vous hebdomadaire parfois pénible pour les malades. Un simple objet, source d’une souffrance complexe. Ce matin-là, Jessica observe huit patientes défiler sur la balance. «Je scrute leur réaction face au chiffre et nous en discutons ensemble.» L’infirmière est particulièrement attentive lorsque la personne est en début de renutrition. «Je vérifie l’état physique général. On peut remarquer des œdèmes ou des scarifications. Et il arrive que l’on exécute des soins.» Jessica est polyvalente.

«Au début de la pandémie, les infirmières ont été visibilisées. Toutefois, des clichés persistent sur notre métier: de nombreuses personnes ne travaillent pas en blanc dans un service de médecine à l’hôpital. C’est un job complexe et varié.»

Pour la jeune femme, certaines compétences infirmières sont méconnues. «Nous sommes le lien entre toutes les personnes impliquées dans une situation. En outre, nos aptitudes d’évaluation clinique sont cruciales pour poser un diagnostic médical avec le médecin.»

12 h

Pause de midi express. Jessica doit encore tirer son lait. «Je passe un rapide coup de téléphone à mon père, pour voir si tout va bien avec Ella. Je suis contente de reprendre le travail, mais elle me manque un peu pendant la journée», confie la jeune maman.

13 h 30

Reportage: une journée avec Jessica Ribeiro, infirmière
© Sophie Brasey

Dans un coin de l’étage dédié au centre anorexie boulimie, le grand bureau infirmier est le centre névralgique. Jessica et ses collègues se regroupent autour d’une table pour le colloque de la mi-journée. «Nous y partageons nos observations, nous discutons également des situations particulières et des urgences.» Puis l’infirmière reprend ses dossiers d’admission. Elle discute de chaque situation avec un médecin cadre. «Nous décidons ensemble de la ligne thérapeutique à convenir pour le patient.» Lorsqu’elle œuvre avec un médecin, l’infirmière ne peut pas facturer son temps de travail. «C’est là qu’on voit que notre métier est peu considéré», critique la jeune femme.

16 h 30

Les entretiens téléphoniques avec les nouveaux patients se succèdent.

18 h 15

Un métro, un train et un bus plus tard, Jessica est de retour à la maison. La première tâche domestique qui l’attend? «M’occuper de ma fille. C’est mon mari qui prépare le repas de ce soir», annonce-t-elle. La journée n’est pas terminée: une fois Ella couchée, la jeune femme est de retour devant l’ordinateur. Conseillère communale, elle organise une soirée politique par visioconférence. «Lorsque je travaillais en milieu hospitalier, impossible d’avoir d’autres activités, se remémore-t-elle. Je passais mon temps au travail.»

Devoir être flexible à toute heure du jour et de la nuit, 365 jours par an, avec le rythme irrégulier des horaires, Jessica était privée de vie sociale et a dû mettre son sport entre parenthèses. Victime d’une intense fatigue, physique et psychique, la jeune femme est en arrêt pour épuisement professionnel pendant quelques semaines. Comme de nombreux collègues.

«Lorsque j’ai changé de poste pour celui que j’occupe actuellement, avec des horaires réguliers, j’ai constaté une incroyable amélioration de ma qualité de vie.»

De son propre aveu, Jessica ne retournera pas à l’hôpital. «Je privilégie le temps passé avec mon mari et ma fille, pouvoir organiser des vacances, continuer de pratiquer l’unihockey et poursuivre mon engagement en politique.»

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