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Le monde a basculé il y a un peu plus de deux ans. Nous étions partis en vacances en Grèce, heureux d’être à nouveau parmi les nôtres après des mois de séparation. Depuis notre départ pour la Suisse, en fait, fin 2012, quand mon mari et moi avions décidé de fuir la crise économique qui sévit dans notre pays afin d’offrir une vie meilleure à nos deux enfants.

L’été avait été beau et joyeux

Mais, à la fin de notre séjour, ma fille Adrianna, alors âgée de 8 ans, a changé du jour au lendemain. Elle d’habitude si pleine de vie s’est mise à être tout le temps fatiguée. Elle ne voulait même plus aller jouer au bord de la mer… J’ai tout de suite senti que quelque chose n’allait pas. J’ai d’abord pensé à un manque de vitamine ou de fer. Et, de retour à Vallorbe, où nous habitons, nous avons aussitôt pris rendez-vous chez le médecin. Il lui a fait une prise de sang. Quelques jours plus tard, il nous annonçait la nouvelle: c’était peut-être une leucémie. Je me suis effondrée: ce n’était pas possible! Mon bébé ne pouvait pas avoir cette maladie.

Nous nous sommes rendus d’urgence au CHUV, à Lausanne, pour une série d’examens. C’était le 23 août 2013, je m’en souviens. Pendant que nous attendions les résultats dans le service d’oncologie pédiatrique, j’espérais de toutes mes forces un autre diagnostic. Mais les médecins l’ont confirmé. Ils ont eu beau préciser que la leucémie n’était pas encore à un stade trop avancé et que les chances de guérison étaient grandes: pour moi, ça a été le coup d’assommoir. Mais pas question de pleurer. Pour ma fille, il me fallait être forte. J’ai expliqué à Adrianna que ça allait être dur, qu’elle allait avoir mal et perdre ses cheveux, mais qu’on allait traverser cette épreuve ensemble. Je ne voulais rien lui cacher, pour la préparer au mieux.

Ensuite, tout s’est enchaîné. Nous avons dû rester sur place et démarrer le traitement aussitôt. Deux semaines de chimio intensive, chaque jour, jointe à des antibiotiques et autres nombreux médicaments destinés à parer les infections. Un traitement de choc. Durant cette période, ma fille était couverte de piqûres et passait son temps à vomir. J’avais le cœur brisé de la voir souffrir ainsi. Outre la tristesse et la peur, il fallait penser à tout: l’école, les assurances… sans compter l’aspect financier. Sur place, nous avons pu rencontrer une assistante sociale de la Ligue vaudoise contre le cancer. Elle s’est occupée de tout. Et heureusement! Sans cela, je ne sais pas comment nous nous en serions sortis.

Elle a perdu ses longs cheveux

Deux semaines plus tard, nous rentrions à la maison. Au début, conséquence des médicaments administrés, Adrianna ne pouvait plus marcher. Je devais la porter pour aller aux toilettes, lui donner à manger comme à un nouveau-né… Elle a perdu ses longs cheveux noirs, ses sourcils, ses cils. Elle a tout encaissé, courageusement. Les mois qui ont suivi ont été éprouvants: quand la fièvre remontait et que les plaquettes baissaient, il fallait la ramener d’urgence au CHUV. Sauf les jours de chimio, mon mari, chauffeur de poids lourds, était souvent absent. Je suis donc restée seule aux côtés de ma fille, 24 heures sur 24. Avec le recul, je ne sais pas comment j’ai pu tenir le coup. Mais il n’était pas question de nous apitoyer sur notre sort. Ça ne sert à rien de se dire: pourquoi elle? pourquoi nous? C’est la vie, c’est comme ça. Il faut aller de l’avant. Lutter et tenir.

Dans ce long tunnel, il y avait tout de même de la lumière. Adrianna a pu être scolarisée à la maison très rapidement. Françoise, une maîtresse spécialisée, est venue chaque jour lui donner des cours. Le courant a tout de suite passé entre ma fille et elle. Chaque fois, le temps des leçons, Adrianna oubliait la maladie, retrouvait le sourire et la joie de vivre. Oui, Françoise a été un peu comme un ange envoyé du ciel. Elle est d’ailleurs devenue une amie très chère de la famille.

En août 2014, Adrianna a pu retourner à l’école. Le jour de la rentrée, coiffée de sa casquette pour cacher son crâne quasi chauve, elle était un peu stressée. Mais sa classe lui a réservé un magnifique accueil. Tout le monde, parents des élèves compris, avait été informé par la Ligue vaudoise contre le cancer. Un travail de sensibilisation important: du fait de sa leucémie, Adrianna ne doit pas être en contact avec des personnes malades.

Quel soulagement!

Il y a quelques mois, nous avons appris que son traitement s’arrêterait cet automne. Quel soulagement! Je sais que ce n’est pas fini. Il va falloir rester vigilant. Mais le plus dur est derrière nous. Ma fille a retrouvé une vie presque normale. Elle peut aller jouer dehors avec ses amies. Si elle a dû arrêter la danse classique, elle a commencé le piano. Elle a aussi retrouvé ses cheveux. Ils ne sont plus longs, mais ça n’a plus vraiment d’importance pour elle.

Quand je regarde les photos prises au plus fort du traitement, je réalise le chemin que nous avons parcouru. Et je ne peux m’empêcher d’être fière de ma fille. Elle a été courageuse et forte. Elle dit souvent que c’est grâce à nous, que nous lui avons transmis notre force, notre amour, que ce soient son papa ou moi, son frère, notre famille en Grèce qui, malgré la distance, a été très présente dans cette épreuve, ou encore sa maîtresse à domicile. Elle a beaucoup changé en deux ans, gagné en maturité.

L’avenir? Pour l’heure, je n’y pense pas. Cela fait deux ans qu’on vit au jour le jour. Peut-être que je reprendrai plus tard un travail… Aujourd’hui, je suis juste soulagée et heureuse. Cette épreuve nous a tous rapprochés. Je suis également très reconnaissante du soutien que le corps médical, la Ligue vaudoise contre le cancer ou encore l’école nous ont apporté. Et puis, bientôt, ma sœur et sa famille viendront s’installer ici, à Vallorbe, pour être à nos côtés. Etre entouré de gens positifs et bienveillants, cela reste une des meilleures armes pour lutter contre la maladie.

La Ligue vaudoise contre le cancer organise le 12 septembre prochain, à Pépinet, Lausanne, une grande manifestation de soutien aux enfants atteints de cancer et à leur famille.

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