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«Le vélo nous aide à surmonter la disparition de notre fils»

Temoignage le velo nous aide a surmonter la disparition

«Dans la vie comme à vélo, si on n’avance pas, on tombe. Nous devions agir vite pour ne pas sombrer. Cet objectif nous a permis de nous lever le matin. Ce n’était pas une fuite mais un besoin d’avancer.»

© DR

Aude et moi nous sommes rencontrées en 2015 grâce au rugby. Je jouais à l’Ovalie caennaise et nous l’avons recrutée à Rouen. Notre histoire a débuté de manière très simple et naturelle. Nous avons emménagé ensemble assez rapidement et l’idée d’avoir un enfant est apparue comme une évidence. Nous avons pris le temps de mûrir le projet et nous nous sommes lancées. Comme, en France, il n’est légalement pas possible d’avoir recours à la procréation médicalement assistée en tant que couple lesbien, nous nous sommes tournées vers la Belgique. C’était géographiquement plus pratique que l’Espagne et nous connaissions plusieurs amies qui avaient eu leurs enfants là-bas.

Nous souhaitions être enceinte chacune notre tour. Comme j’ai sept ans de plus qu’Aude, il était logique que je sois la première. La procédure s’est déroulée à Liège et Maël est né le 30 avril 2019. Un bonheur incommensurable que nous avons décidé de réitérer en septembre 2020, en entamant les démarches pour donner naissance à notre deuxième enfant.

Un projet stoppé net en octobre 2020, quand nous avons appris avec horreur que Maël était atteint d’une leucémie foudroyante. Bien décidées à nous battre, nous avons mis notre vie entre parenthèses afin de pouvoir rester à ses côtés et l’aider à guérir. Une cagnotte en ligne a été mise en place par nos amis afin de nous aider financièrement puisque nous avions également arrêté de travailler.

Comme Maël adorait faire du vélo, nous avons eu l’idée d’organiser un tour de la France pour partir à la rencontre des gens qui nous avaient soutenues dans cette terrible période, notamment à travers la cagnotte, dès qu’il aurait recouvré la santé.

Un besoin d’avancer

Malheureusement, la maladie a emporté Maël en novembre 2020. Nous avons malgré tout conservé le projet du voyage. Pour lui rendre hommage. Pour aller de l’avant.

Dans la vie comme à vélo, si on n’avance pas, on tombe. Nous devions agir vite pour ne pas sombrer. Cet objectif nous a permis de nous lever le matin. Ce n’était pas une fuite mais un besoin d’avancer.

Le 24 février 2021, nous avons enfourché nos vélos décorés des photos de notre petit garçon pour un périple de 5800 kilomètres, au départ de Mondeville, près de Caen. Au programme, beaucoup de belles rencontres. Des inconnus qu’on quitte en ayant l’impression de les connaître depuis plusieurs années. Quelques difficultés aussi. Notamment les étapes avec beaucoup de dénivelé. Quand ça grimpe, c’est plus dur. Et quand c’est dur physiquement, ça l’est aussi dans la tête. Mais jamais au point d’avoir envie d’arrêter.

Fin mars, alors que nous nous trouvons près de Toulouse, le couperet tombe. La France est confinée pour la troisième fois, il nous faut interrompre le voyage. Un retour précipité difficile à avaler. Nous aurions largement préféré pouvoir enchaîner d’une traite. Mais on se rend compte aussi que le retour après trois mois d’absence aurait été vraiment compliqué. Retrouver la vie d’avant à la maison est infiniment douloureux et déchirant. Il y a la chambre de Maël, les livres que nous lui avons lu des dizaines de fois, ceux qu’on prévoyait de lui faire découvrir. Quelques vêtements aussi, ceux qu’il est difficile de remiser.

Mais c’est aussi l’occasion de retrouver les amis et la famille. De se souvenir des beaux moments de cette première étape. Parmi eux, le Mont-Saint-Michel. On a vu des gens au bord de l’eau qui attendaient le mascaret. C’est un phénomène naturel assez exceptionnel à regarder. Une onde qui traverse le fleuve lors des grandes marées. Il est arrivé juste au moment de notre départ. On y a vu un petit signe sympa.

A l’image des paysages très contrastés que nous avons parcourus, la mer, la campagne, la montagne, difficile de ne pas établir un parallèle avec les émotions qui nous traversent tout au long de la journée. Des montagnes russes qui vont et viennent, parfois à une vitesse impressionnante. Pour autant, nous avons hâte de pouvoir remonter en selle. Nous comptions le faire dès la levée du confinement, mais il nous faudra patienter. Aude a été déclarée apte à reprendre son poste de professeur d’éducation physique dans un collège, alors que personne ne l’a revue. Notre médecin traitant n’a même pas été consulté.

Sortir de l’impasse

Quelque part, la médiatisation de notre voyage a dû peser dans la balance. Certains doivent avoir de la peine à concevoir notre démarche, qui ne consiste pas à partir en balade, mais bien à prendre le temps, à trouver la force de traverser cette épreuve. Cela étant, nous comprenons que tout le monde n’ait pas le même point de vue.

Pour ma part, je me sens dans l’impasse professionnellement. Je ne me vois pas reprendre mon activité de photographe indépendante comme si de rien n’était. Je n’ai plus le goût à ça. Économiquement, il va pourtant falloir que je songe à reprendre quelque chose, mais quoi? J’attends avec impatience qu’une idée magique me vienne. Éventuellement sur la route, qui sait.

Nous verrons ça début juillet, au moment des vacances scolaires, quand nous pourrons enfin reprendre notre boucle là où nous l’avons laissée. Et puis il y aura l’après-voyage, quand il faudra recommencer une vie normale et vivre le quotidien sans Maël. Pourquoi pas avec un petit frère ou une petite sœur. On en parle, en se disant que ce sera peut-être le prochain objectif, après ce voyage. Il nous en faudra un pour tenir. Peut-être que ce sera celui-là. Peut-être…

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