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Retour à la terre

«J'élève des espèces d'animaux menacées»

Temoignage jeleve des especes danimaux menacees suisse

Roxane avec Fanny, la petite femelle qui vient de rejoindre l'élevage de cochons laineux. «Oui, ils répondent à leur nom! Nous les nourrissons d’herbe et d’aliments à façon du moulin, dans lesquels il n’y a ni maïs ni sous-produits végétaux. C’est beaucoup de travail pour un rendement moindre: le cochon laineux est 2 à 3 fois plus long à engraisser que le grand porc blanc.»

© Corinne Sporrer

Voici Fanny, la cadette de nos cochons laineux, elle a 4 mois et son patrimoine génétique en fera une super reproductrice. Pour l’instant elle gambade en liberté avec les autres femelles, Lulu, Mimosa, Encelade; le mâle Kiwi est gardé dans un enclos séparé. Oui, ils répondent à leur nom! Nous les nourrissons d’herbe et d’aliments à façon du moulin, dans lesquels il n’y a ni maïs ni sous-produits végétaux. C’est beaucoup de travail pour un rendement moindre: le cochon laineux est 2 à 3 fois plus long à engraisser que le grand porc blanc. Nous sommes un peu utopistes!

Notre but est de contribuer à la survie d’espèces en danger. Je ne pense pas que les gens imaginent que la poule suisse est en voie d’extinction, mais il y a quelques années, il en restait 50 individus! Nous avons donc repris cet élevage. Nous avons également des oies de Diepholz et des canards de Poméranie qui vivent autour de notre «ferme des amoureux», comme nous l’avons baptisée! Pour tous ces animaux, nous avons obtenu le label de qualité ProSpecieRara (fondation suisse pour la diversité patrimoniale et génétique liée aux végétaux et aux animaux).

J’ai repris l’exploitation de mes parents tardivement, en 2016, à 37 ans. Je suis la cadette de trois filles et nous n’avons jamais beaucoup participé aux tâches agricoles. Vers 12-13 ans, j’ai exprimé l’envie de suivre cette voie, mais mon père m’en a dissuadée. Un métier trop difficile avec de plus en plus de paperasses pour gagner presque rien. En plus, à cette époque, c’était vraiment rare qu’une femme fasse le CFC d’agricultrice.

A 15 ans, j’ai donc quitté mon petit coin de campagne vaudoise pour un apprentissage de commerce au sein d’une banque et ça a été un gros choc culturel. Je ne me sentais pas bien, je pleurais beaucoup, j’avais des angoisses. Je suis allée au bout de mon CFC mais je ne suis pas restée dans l’établissement. J’ai enchaîné ensuite les expériences professionnelles les plus diverses, employée de commerce, stagiaire dans un jardin d’enfants, casserolière dans deux bistros, ainsi que diverses missions temporaires comme au centre de tri postal des colis et chez Kodak, entrecoupées de périodes de chômage. J’ai aussi passé trois mois à Dublin pour obtenir le First Certificate in English. Je souffrais toujours d’angoisses et de dépression et on m’a mise sous benzodiazépines.

Des mauvaises rencontres, un suivi médical inadéquat, j’ai perdu le contrôle et je suis tombée vraiment très bas. Dix ans d’errance marqués par les abus de substances diverses, jusqu’à dormir dans la rue. Je suis retournée chez mes parents et j’ai décidé de me soigner. J’ai fait un sevrage en institution, puis une thérapie cognitivo-comportementale qui m’a aidée à gérer mes angoisses.

Après deux ans, j’ai retrouvé mon indépendance et c’est à ce moment que j’ai rencontré mon amoureux actuel, celui qui m’épaule au quotidien et qui me sauve la vie tous les jours car il sait tout faire! Il faut être débrouille et polyvalent pour survivre dans ce milieu où il y a sans cesse des imprévus, un toit qui s’effondre, une machine qui tombe en panne, un animal malade.

Un métier physique parfois dangereux

Nous sommes des néo-paysans, au départ, nous n’y connaissions pas grand-chose! J’ai suivi les cours OPD, obligatoires pour bénéficier des paiements directs, puis j’ai pu rejoindre la filière CFC en formation pour adulte qu’on appelle article 32. Cela m’a bien aidée pour les démarches administratives qui sont une véritable jungle. Tout est toujours très réglementé et souvent compliqué à dépatouiller. Pour la partie pratique, j’ai appris surtout en observant mon père. Mais j’ai aussi mes limites, question de force et aussi de témérité. Si j’avais commencé toute jeune, je serais peut-être plus inconsciente, mais c’est un métier dangereux. Conduire un tracteur et maîtriser toutes les subtilités des machines n’est pas évident, on peut aussi être blessé par les animaux. Nous avions des bœufs auparavant, ils sont imprévisibles et imposants.

Nous cultivons 50 hectares, en partie en location, essentiellement du blé panifiable, du colza et du tournesol pour les huiles et de l’orge, du maïs et des pois fourragers. Cela exige une importante gesticulation financière. Nous n’avons pas de revenu mensuel. Il y a des grosses rentrées d’argent, au moment des moissons, notamment, encore que ce soit au bon vouloir de la nature. La sécheresse nous a fait perdre une bonne partie de notre récolte cette année. Et puis il y a aussi beaucoup d’argent qui sort…

Nous travaillons 7 jours sur 7 et nous n’arrivons pas vraiment à tourner. Nous voudrions éviter que l’un de nous deux doive reprendre un emploi à côté mais c’est souvent ce qui arrive. Nous n’avons jamais de vacances, mais nous nous accordons des moments pour décompresser.

Pour le prix d’une semaine au soleil, nous avons pris l’abonnement semestriel aux bains d’Yverdon. Nous avons aussi acheté des kayaks pour nous évader le soir sur le lac!

C’est beaucoup de travail mais je le fais avec énormément de plaisir. Je revis depuis que je suis agricultrice. Je rêve de pouvoir étendre encore nos activités, les montrer aux gens pour les sensibiliser à ces problèmes. Je voudrais produire des fruits et légumes ainsi que des plantons pour la vente directe, avoir un labo pour la transformation des produits et une boutique pour les vendre.

Dès que l’autorisation de mettre une serre sur mes terrains sera accordée, je vais développer mon projet en permaculture et y intégrer des espèces en péril, car il n’y a pas que les animaux qui sont menacés et qui disparaissent. Nous avons pris des plants de groseilles par exemple, au goût exceptionnel mais qui sont trop fragiles pour la grande distribution. Nous sommes encore loin de l’autarcie. Il faudrait être au jardin à plein temps et maîtriser les conserves pour pouvoir se nourrir les mois d’hiver. Pas si évident.

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