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«J’aide les aphasiques grâce au chant»

Jaide aphasiques grace au chant

Au fond, ce que j’aime, c’est travailler avec l’humain. J’ai besoin de m’occuper des gens, parce que ça me donne un but. Ce sont de belles rencontres et ça fait du bien quand on a l’impression d’apporter quelque chose à quelqu’un.

© Corinne Sporrer

J’aime chanter depuis l’enfance. Ado, on m’a offert une guitare qui m’accompagnait partout et j’écrivais des chansons. Je chantais tout le temps, sans pour autant vouloir en faire un métier. A 20 ans, j’ai fait un apprentissage d’employée de commerce, mais ça ne m’a pas du tout plu, car je ne supportais pas d’être dans un bureau. Je faisais de la musique en parallèle, j’ai intégré un groupe de rock et ai collaboré à différents projets musicaux au fil des années. Je travaillais à mi-temps et, au début des années 2000, on m’a proposé de donner des cours à l’Espace de pratique instrumentale, à Carouge (GE).

Au départ, je ne faisais pas de la musique pour ça, mais j’ai accepté. J’ai donc commencé à enseigner à des enfants, à des ados. J’ai adoré. J’ai multiplié les expériences en poursuivant avec le coaching vocal et le chant.

Le chant comme thérapie

A l’époque, je mettais aussi de petites annonces dans le journal pour des cours privés. Fin 2007, j’ai été contactée par Pierre-Alain. Chanteur et guitariste, il avait eu un grave accident vasculaire cérébral qui l’avait rendu aphasique et hémiplégique. Sa femme, Marlyse, a vu l’annonce, la lui a découpée et donnée. Il l’a longtemps laissée de côté avant de me contacter. Je n’avais jamais eu affaire à ce genre de cas. Quand on s’est rencontrés, il parlait, parce qu’il avait fait des séances de logopédie, mais il butait beaucoup sur les mots.

Nous avons donc commencé à travailler ensemble. On faisait des gammes, je lui demandais de lire plusieurs fois les textes des chansons avant de les chanter, je l’enregistrais, on écoutait et on répétait. Il trouvait que ça l’aidait, son élocution s’est fluidifiée. Il me disait que je devais développer le concept avec d’autres personnes dans le même cas. Il en a parlé à l’Ageva, l’Association genevoise des aphasiques, a proposé mes services et ils ont accepté. J’ai donc commencé à travailler avec des aphasiques, en groupe, dans leurs locaux. De fil en aiguille, en 2012, Aphasie Suisse a eu vent de la chose et s’est montré intéressée par l’idée de monter une chorale à Genève. Ils m’ont alors mandatée pour ce projet.

Aller plus loin pour les autres

La musique et le chant aident à mieux récupérer la parole. En gros, l’aire de la parole se trouve dans l’hémisphère gauche du cerveau, mais celle de la musique se situe dans le côté droit. Lorsqu’on parle sur des notes, quand on chante, c’est l’aire de la musique qui prend le relais. Les gammes servent aussi à retrouver de la fluidité vocale. Avec certains hémiplégiques, on exerce également la mobilité du visage, par exemple en pratiquant des exercices de voyelles et d’articulation. Parfois, je leur demande de s’exercer à deux ou de chanter en duo. Il est important qu’ils arrivent à s’écouter, à s’entendre. En effet, quelquefois, certains sont un peu démoralisés, parce qu’ils pensent ne pas progresser. Or, les autres sont souvent le miroir de leurs progrès et l’expriment. C’est très précieux pour eux. Bien sûr, je m’adapte en fonction des difficultés de chacun. Certains thérapeutes encouragent leurs patients à suivre le chant en plus des thérapies classiques.

Un jour, coup de tonnerre, Aphasie Suisse n’avait plus de budget pour financer la chorale romande. Il fallait que je trouve une solution pour continuer ce projet.

De plus, j’avais un petit souci avec l’Ageva, géographiquement excentrée, avec peu de nouvelles personnes venant aux cours. C’est alors que Pierre-Alain, qui me suit depuis des années et qui est devenu un ami, me dit qu’il allait voir si on ne pouvait pas monter un projet avec l’hôpital Beau-Séjour, à Genève. Ils ont accepté! On m’a mis une salle à disposition et, depuis, j’y donne un cours d’environ deux heures toutes les deux semaines. C’est gratuit, certains participants sont sur place et d’autres viennent de l’extérieur. En 2018, pour réaliser ça, j’ai créé l’Association pour la rééducation par le chant des personnes souffrant d’aphasie et on a pu trouver du financement. Ce qui est vraiment intéressant, c’est que les proches peuvent également assister et même participer aux cours. Il y a des habitués, on crée des liens et on devient un groupe soudé. C’est également un moment de rencontre durant lequel les gens peuvent échanger sur ce qu’ils vivent. Une sorte de bulle décontractée au sein de l’hôpital où on s’amuse tout en travaillant la confiance en soi. Le fait d’être à Beau-Séjour est une chance incroyable et aussi une reconnaissance.

L’humain avant tout

En parallèle, je travaille également avec des personnes âgées atteintes de la maladie d’Alzheimer dans le cadre d’une fondation. Au départ, j’appréhendais un peu, car je n’ai pas d’expérience dans ce domaine, mais on rigole beaucoup, j’essaie de rendre les exercices ludiques et festifs. Il paraît que les dernières choses qu’ils oublient ce sont les paroles de chansons de leur jeunesse ou de leur enfance. C’est parfois cocasse et je ne suis pas toute seule, des aides-soignants sont présents en cas de besoin. La personne chargée de l’animation m’avait dit: «Ils ne se souviendront peut-être pas de vous, mais s’ils ont passé un bon moment, en vous revoyant ils sauront que ça leur a fait du bien.»

Au fond, ce que j’aime, c’est travailler avec l’humain. J’ai besoin de m’occuper des gens, parce que ça me donne un but. Ce sont de belles rencontres et ça fait du bien quand on a l’impression d’apporter quelque chose à quelqu’un.

On se rend compte parfois que la vie ne tient qu’à un fil. Le but n’est pas de s’apitoyer sur leur sort, au contraire, mais de leur montrer qu’on peut rire, qu’il y a de l’espoir. C’est une belle aventure et je ne conçois plus ma vie autrement. On va poursuivre dans cette voie avec l’association et voir où ça nous mène.

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