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«J’ai bâti ma vie autour du fouet artistique»

«J’ai bâti ma vie autour du fouet artistique»

Il me reste tellement de choses à apprendre! J’aimerais, un jour, partir pour l’Australie. Leurs championnats de whipcracking sont les meilleurs du monde et des enfants de 10 ans y ont une technique supérieure à la mienne! Côté spectacle, j’assure, mais il me reste encore une belle marge de progression côté sportif.

© Corinne Sporrer

J’en ai aussi compté 86, mais il faut que je vérifie sur la vidéo avant d’annoncer la réussite du record.» En août dernier, à Newark, en Grande-Bretagne, j’ai vécu quelques-unes des plus longues minutes de ma vie. Le représentant du Guinness Book a en effet tenu à prendre tout son temps avant de confirmer que j’avais réussi à battre le record du monde de claquements en jonglant avec trois fouets!

C’est que le fouet artistique, ou whipcracking, dans le jargon essentiellement anglophone du métier, fait partie de ma vie depuis mes 15 ans. Depuis le jour où j’ai découvert, assise dans les gradins d’un cirque zurichois, un des grands de la spécialité. Il avait une allure, une classe, une élégance, une originalité telles que j’ai tout de suite senti que c’était ça que je cherchais.

Il faut dire que je me dirigeais vers une formation dans le secrétariat, mais j’avais aussi envie de quelque chose de différent, de hors du commun.

Du coup, lorsqu‘à la fin de l’école obligatoire, ma maman m’a proposé une année sabbatique avant de commencer mon apprentissage, j’ai demandé à pouvoir faire un stage de quelques jours au cirque Helvetia. J’y suis restée 4 ans!

Bien sûr, au début je tirais les cafés et puis, après, j’ai tâté de tout: jonglage, souplesse , partenaire d’un numéro réunissant des chiens et des canards, bulles de savon, trampoline… chaque année, il fallait du neuf. Du coup, je me suis à nouveau intéressée au fouet. J’en avais acheté un mexicain dans un magasin d’équitation mais, trop long et avec un manche tournant, il ne convenait pas. En outre, techniquement, je ne savais pas vraiment comment m’y prendre. Je stagnais.

Après le cirque Helvetia, j’avais plus envie que jamais de changer, de bouger, de créer. Seulement, il me fallait un numéro. Je n’avais pas le niveau en jonglage ni en fouet. J’ai donc monté un numéro de tissu aérien, une discipline qui nécessite deux longues bandes d’étoffe accrochées au plafond. J’ai alors tourné dans plusieurs cirques, en Suisse et à l’étranger, mais aussi dans des discothèques, des casinos, sur des bateaux de croisière ou lors de dîners spectacles.

Je me suis vite rendu compte que pour avoir plus de chances d’être engagée, il me fallait plusieurs cordes à mon arc. C’est alors que j’ai acheté des fouets réellement adaptés à la discipline et que je me suis entraînée sérieusement. Dès 2009, des tutoriaux ont commencé à être publiés sur le web et des forums de passionnés donnant des conseils techniques se sont ouverts, ce qui m’a permis de vraiment progresser.

Le Roger Federer du fouet

J’ai commencé par intégrer un peu de whipcrackingdans le spectacle d’un parc d’attractions allemand où j’alliais bagarres de cinéma, chute dans l’eau, tissu aérien et numéro avec un oiseau de proie. A mes moments perdus, je m’entraînais pour monter un show de fouet complet et, en 2012, je suis devenue la seule femme d’Europe – et peut-être du monde – à me produire ainsi. Je tournais dans un cirque en Angleterre lorsque j’ai eu l’occasion de rencontrer Adam Winrich, qui est un peu le Roger Federer du fouet artistique.

Lui et Pete Gamble, le responsable du whipcrackingà la convention anglaise de jonglage, ont partagé avec moi leurs techniques et m’ont ouvert des horizons nouveaux, comme le targeting, qui consiste à attraper ou couper un objet d’un coup de fouet sonore. On m’a même offert de co-organiser la convention de la discipline! Petit à petit, je me faisais un nom dans le milieu et on me proposait des contrats jusqu’en Turquie.

Tous ces spectacles mettaient à mal mes fouets. Mon compagnon m’a alors poussée à les fabriquer moi-même. J’ai hésité. Pour moi, il fallait être un spécialiste blanchi par les ans et l’expérience pour réussir un tel tour de force. Encouragée par son optimisme, toutefois, je m’y suis mise.

Ça a été ardu, mais grâce à l’aide d’artisans, très heureux de partager leur savoir, j’ai réussi – après une dizaine d’échecs – à concevoir le fouet idéal pour mon numéro.

Tant de choses à apprendre

J’ai commencé à tresser dans ma caravane, entre les spectacles, et j’ai continué une fois de retour à Châtel-St-Denis (FR). J’utilise des lanières en paracorde, un nylon léger et résistant. Tout au bout, on y accroche le cracker, une ficelle vrillée qui, en passant le mur du son, produit le craquement si particulier du fouet. Au fil des ans, les amateurs ont été de plus en plus nombreux à m’en demander. A tel point que mes fouets sont désormais en vente jusque dans un magasin destiné aux pros du western, à Las Vegas, et que Patrick Gruss Bouglione, l’artiste qui m’a inspirée, m’en a acheté un.

Le plus enthousiasmant dans tout ça, c’est qu’il me reste tellement de choses à apprendre! J’aimerais, un jour, partir pour l’Australie. Leurs championnats sont les meilleurs du monde et des enfants de 10 ans y ont une technique supérieure à la mienne! Bien sûr, côté spectacle, j’assure, mais il me reste encore une belle marge de progression côté sportif. C’est un tel plaisir d’entrer sur scène au son de la musique, de claquer mon fouet en rythme et de sentir le public qui applaudit dans le même élan! Parallèlement, c’est génial de transmettre sa passion.

Lorsque quelqu’un découvre qu’il peut faire ses premiers claquements, c’est un moment magique.

Dans ce milieu, j’ai rencontré des personnes fantastiques qui ont partagé leur savoir avec moi, qui m’ont donné tellement de choses que je sens le besoin de partager à mon tour. J’ai le sentiment qu’il faut être passionné par ce qu’on fait pour transmettre une discipline. Finalement, les personnes qui s’intéressent à des choses hors du commun sont souvent elles-mêmes hors du commun et ont beaucoup à partager.

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