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«A 18 ans, je suis maçonne»

Nolwenn, devenue maçonne à 18 ans

«Quand on doit porter des sacs de ciment de 25-30 kilos et qu’on travaille dans le froid, il ne faut pas être douillette», Nolwenn, maçonne de 18 ans.

© Corinne Sporrer

Quand je dis que je suis maçonne, en général, on ne me croit pas. Et pourtant, ce métier, c’est ma passion. Je suis tombée dedans quand j’étais petite. Il faut dire que depuis quatre générations, nous exerçons tous cette profession dans ma famille. De père en fils. Moi, je suis une fille, mais ça ne change rien. Ça me plaît. Mon père a une entreprise de construction générale à La Côte-aux-Fées (NE), là où nous vivons dans la maison construite par mon arrière-grand-père. Alors, le ciment, les truelles, la poussière et les briques, je connais bien. Toutes mes vacances et mes week-ends, je les passais avec mon père, dans son entreprise.

A 8 ans je le suivais sur les chantiers et j’observais. J’ai toujours aimé le bricolage et les travaux manuels et, à 2 ans, je posais déjà truelle à la main sur les photos!

Dans ma famille, personne ne m’a poussée à choisir ce métier. Mes parents m’ont toujours dit que le plus important c’était que je sois heureuse d’aller au travail en me levant le matin. A la fin de l’école secondaire, j’ai fait plusieurs stages d’une semaine pour tester différentes professions. J’ai essayé esthéticienne et j’ai plutôt bien aimé, mais la routine me pesait déjà après quelques jours. Je ne me voyais pas faire ça plus tard. J’ai tenté peintre en bâtiment et décoratrice d’intérieur aussi, mais il me manquait à chaque fois quelque chose. Etre maçonne, c’était vraiment mon truc. J’ai donc commencé l’apprentissage pour le devenir.

Tu t’es trompée de classe?

Le premier jour de cours, quand j’ai débarqué en classe du haut de mon mètre soixante-quatre, je n’avais pas vraiment le gabarit. Mais la motivation, oui! Peut-être même plus que les autres élèves, tous des garçons.

Ils étaient perplexes et me demandaient si je ne m’étais pas trompée de salle. Je redoutais un peu les débuts dans cet univers masculin, mais très vite mes camarades m’ont intégrée. Ils m’ont donné des coups de main, mais pas pour porter le matériel! Pendant les trois ans qu’a duré l’apprentissage, en plus des cours, nous avions aussi des travaux pratiques où on se retrouvait dans une halle à faire du crépi, de la chape, du coffrage. On nous donnait un plan et on avait deux à trois jours pour réaliser un ouvrage avant d’être noté. J’adorais ça! J’étais très motivée et ça se voyait.

Témoignage: «On m'a souvent pris pour une fille.»

Mon professeur m’a choisie dans la classe pour participer aux qualifications romande des Brickskills 2017, un concours qui réunit «l’élite de la brique apparente». Tous les samedis, pendant deux ans, j’ai travaillé pour ce défi. Le camarade qui avait aussi été choisi a vite jeté l’éponge, c’était beaucoup de contraintes. Je passais mon temps seule, avec ma musique à fond, à monter des murs. Trois semaines avant le concours, je rêvais de briques! L’épreuve a duré 21 heures en tout et je ne sais pas comment j’ai pu arriver au bout. Je crois que quelqu’un a habité mon corps sur la dernière heure: j’ai monté 70 briques à l’heure au lieu de 35 en temps normal. Mon père était à fond derrière moi et n’en croyait pas ses yeux. Je suis perfectionniste, je vais au bout de tout ce que j’entreprends, à fond, et je ne compte pas mes heures. J’ai eu mon CFC de maçonne cette année, terminant deuxième du canton.

Chaque journée est différente

Contrairement à mes camarades, qui ont fait leur apprentissage dans de plus grosses entreprises, j’ai eu la chance de pouvoir travailler en duo avec mon père et donc de pouvoir toucher à tout. Chaque journée est différente. Comme nous ne sommes que les deux, on fait des travaux chez des particuliers, comme des rénovations de ferme par exemple, qui impliquent de s’occuper de chaque étape, du sol à la charpente.

J’avoue quand même que la première semaine dans mes habits de maçon a été difficile. C’est un métier très physique et il ne faut pas être douillette.

Le froid, le poids des sacs de ciment, la saleté, la poussière, les chaussures de sécurité hyperlourdes… même si mon père a toujours fait attention à ce que je ne m’abîme pas le dos. J’ai vite appris à porter des sacs de 30 kilos sur l’épaule. Quand on débarque les deux sur un chantier, les gens sont parfois surpris de me voir maquillée, coiffée et se demandent si je vais y arriver. Une femme maçonne, c’est peu courant. Peu importe, j’assure. Parfois le regard des autres me pèse un peu quand on va manger à midi dans un centre commercial et que je porte mes habits de travail, mais ça passe vite. Mes amies m’ont toujours soutenue, même si aucune d’entre elles ne se verrait faire ça! C’est en tout cas un sujet de discussion et de plaisanterie quand je sors le week-end avec mes amis. Ils adorent dire aux gens que je suis maçonne et, bien sûr, en me voyant personne ne les croit. C’est un truc à part.

Mon rêve, construire ma maison

En tant que femme, je pense que physiquement je ne vais pas pouvoir faire ça toute ma vie et je prépare déjà la suite. Tous les vendredis, je prends des cours préparatoires à la maturité, surtout pour améliorer mon anglais et mon allemand, afin d’entrer à l’école de chef de chantier de Fribourg l’an prochain. Puis après cette formation, j’aimerais devenir architecte. Même si j’adore mon métier de maçonne et que le chantier va me manquer, j’ai envie d’avoir un peu plus qu’un CFC.

Mon rêve serait de pouvoir dessiner et construire ma maison plus tard.

Depuis toujours, à chaque fois que je passe devant un bâtiment, peu importe l’endroit où que je me trouve, j’observe la manière dont c’est construit, les finitions, les détails… Je vois toujours plus loin que ce que j’apprends.

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